Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Nacer Bendrer : "Je condamne fermement ces faits de terrorisme"

Mercredi 16 janvier 2019 par Belga et G.K.

Après la défection du 7e juré et la récusation d’une jurée suppléante, cousine germaine d'un enquêteur considérée par conséquent comme non impatiale, les audiences ont pu reprendre à 13h30 avec l’interrogatoire de Nacer Bendrer.

Me Gilles Vanderbeck, avocat de Nacer Bendrer

« Je suis choqué d'être ici parce que je suis innocent (...) Je condamne fermement ces faits de terrorisme, c'est ignoble et terrible pour les victimes. Ceux qui ont fait ça, ce sont des 'enfants de putain' », a clamé ce mercredi après-midi Nacer Bendrer, co-accusé devant la cour d'assises de Bruxelles de l'attentat au Musée juif de Belgique, accusé d’avoir fourni à Mehdi Nemmouche les armes utilisées lors de la tuerie. « J'ai dit toute la vérité », a-t-il assuré. « Je n'ai rien à voir dans tout ça », a dit le Marseillais de 30 ans, invité par la présidente à donner son regard sur cette affaire. Il reconnaît avoir menti lors de ses premiers interrogatoires, mais il souligne s'être entre-temps excusé. « Je ne suis pas un enfant de choeur, j'ai fait des conneries, je l'assume, mais je ne suis pas un terroriste », a conclu Nacer Bendrer.

Arrêté le 9 décembre 2014, Nacer Bendrer a été libéré sous conditions en Belgique en novembre 2016. Il a alors été expulsé du territoire. En France, il est assigné à résidence le 20 décembre 2016, dans le cadre de l'état d'urgence instauré à la suite des attentats de Paris de novembre 2015.

« Je devais pointer trois fois par jour: à 7h30, à 14h30 et à 20h00 », a-t-il témoigné devant la cour d'assises. « Je me suis inscrit à Pôle emploi. J'ai trouvé un travail dans la menuiserie comme poseur de fenêtres », explique-t-il. En mars 2017, il a obtenu un contrat à durée indéterminée.

« J'ai pris un appartement avec ma compagne », poursuit-il, voulant démontrer qu'il a tout fait pour se réinsérer après sa libération. Le 27 avril 2017, Nacer Bendrer a écopé d'un an de prison pour non-respect de son assignation à résidence et est incarcéré depuis.

Son avenir, le co-accusé le voit aux côtés de sa compagne, avec laquelle il entretient une relation depuis sept ans. Il a assuré que celle-ci viendrait bien témoigner devant la cour.

Parmi les éléments importants à retenir tout au long de l’après-midi, on citera la trace relevée sur la porte du musée qui a soulevé de nombreux débats. Mardi, la défense l'a présentée comme une preuve de l'innocence du principal accusé, Mehdi Nemmouche. « La trace relevée sur la porte ne correspond pas à un endroit touché par le tueur », a admis ce mercredi le procureur Yves Moreau. Une trace ADN a été relevée sur la porte du local d'accueil du Musée juif, duquel on ne pouvait « ni inclure ni exclure » l'ADN de Mehdi Nemmouche, selon les expertises.

Pour la défense de Mehdi Nemmouche, cela prouvait l'innocence de son client, car les images des caméras de vidéosurveillance sembleraient montrer que l'auteur du massacre ne portait pas de gants.

Or, à la relecture de l'acte de l'accusation, le procureur s'est rendu compte que la trace avait été relevée à un endroit que le tueur n'avait pas touché. « L'auteur des faits n'a pas touché ni le 23 mai (lors d'un éventuel repérage, ndlr), ni le 24 mai » le côté intérieur du local d'accueil, sur lequel la trace ADN a été relevée, a-t-il admis devant les jurés. « Nous n'essayons pas de vous piéger, cette trace n'est pas culpabilisante », a-t-il martelé. « Nous vous disons cela aujourd'hui dans un effort de transparence », a-t-il conclu.

Me Masset, avocat du Musée juif, relève un PV dans lequel les enquêteurs demandent à Nemmouche comment il peut savoir que Bendrer n'a rien à voir dans ce dossier s'il est innocent. À ce moment-là, les enquêteurs observent que Nemmouche s'est énervé. Me Masset demande donc à Bendrer quel est son sentiment à ce moment-là. Bendrer répond : « Les enquêteurs ont raison ». 

Me Lys, avocat de l'Association française des victimes du terrorisme, demande à Bendrer s'il se rappelle quelles étaient les équipes sur le terrain, puisqu’il affirme avoir suivi le match de Champion League du 24 mai 2014 en soirée. « Oui, Real de Madrid face à l'Atletico ». Me Lys explique que ce match était important pour les Belges puisqu'un des gardiens était Thibaut Courtois et portait ce soir-là un brassard noir en signe de respect. Bendrer rétorque : « Franchement, je ne me rappelle pas. Je me rappelle du score, mais pas le brassard, je n'ai pas fait attention ». 

Un silence confondant

Le silence maintenu par le principal accusé Mehdi Nemmouche, ce mercredi, a suscité les commentaires du procureur général. « Je pense que ça doit être la première fois, ou l'une des premières fois, dans les annales judiciaires qu'un accusé qui plaide son innocence refuse de parler », a déclaré le procureur Yves Moreau, mercredi après-midi devant la cour d'assises de Bruxelles. « A vous d'interpréter ce comportement », s'est-il adressé aux jurés.

Le procureur a également fustigé le « côté bazooka » de la défense de Mehdi Nemmouche, lors d'un commentaire sur l'acte de défense lu mardi par les avocats de Mehdi Nemmouche.

« On a sorti des armes lourdes et on tire sur tout et sur tout le monde sans le moindre respect pour qui que ce soit. On canarde fort et sans nuance, on ne respecte rien. J'espère que vous ferez preuve de plus de nuance, au jour le jour, durant ce procès », s'est-il adressé aux jurés.

« La défense de Mehdi Nemmouche demande des choses tout à fait improbables, jusqu'à solliciter l'audition des policiers qui ont fait le service d'ordre au Musée juif juste après les faits pour éloigner les badauds. Ils savaient très bien qu'on allait leur refuser », a-t-il dit, faisant référence au fait que Mehdi Nemmouche a refusé de parler parce que la cour n'a pas accordé l'audition des témoins qu'il demandait.

En fin d’après-midi, Me Hirsch, avocate du CCOJB, a rappelé que la défense avait dit qu'elle expliquerait pourquoi Nemmouche a été arrêté avec les armes et les vêtements qui ont servi lors de la tuerie ainsi qu'en possession d'un ordinateur dans lequel il y avait 7 vidéo de revendication. Elle a encore demandé comme devoir complémentaire un prélèvement de voix sur Mehdi Nemmouche pour pouvoir comparer la sienne avec celle de la voix des vidéos de revendication. 

Me Ramet, avocat de la famille Riva, tenait à prendre la parole pour revenir sur un incident survenu hier. « J'avais peur d'un dévoiement de la procédure en assises pour exposer des théories complotistes et fantasques, j'avais raison d'avoir peur ». 

Il n'y aura pas d'audience ce jeudi puisque Mehdi Nemmouche ne souhaite pas répondre à son interrogatoire. 


 
 

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