Antiracisme

Le MRAX toujours en proie à ses vieux démons

Lundi 22 mai 2017 par Willy Wolsztajn, Administrateur démissionnaire du MRAX

Fin 2015, Carlos Crespo, nouveau président du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX), présentait un ambitieux projet d’ouverture et d’élargissement du MRAX. Ainsi que le permettent les statuts, il s’agissait d’élire au conseil d’administration (CA) des personnes non membres de l’assemblée générale (AG) présentées par des organisations partageant les valeurs du MRAX.

Willy Wolsztajn

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    Etaient entre autres pressenties des candidatures représentant, outre le CCLJ, les syndicats socialiste (FGTB), chrétien (CSC), libéral (CGSLB), ainsi que le Mouvement réformateur (MR). Cette nouvelle participation aurait permis un possible redéploiement du MRAX sur les fondements de l’action antiraciste.

    Pour rappel, en 2012, la ministre Fadila Laanan (PS) avait lancé une Plateforme de Lutte contre le Racisme et les Discriminations (ci-après, « la Plateforme »). Elle voulait faire pièce aux dérives gestionnaires et communautaristes du MRAX sous la houlette du président puis directeur d’alors, Radouane Bouhlal, qu’une coalition de militants islamistes et leurs alliés avait installé à la faveur d’un « putsch » en 2007. L’initiative du président Crespo s’inscrivait dans la continuité de cette Plateforme, que le MRAX avait entre-temps rejointe.

    Mais tout s’est passé autrement qu’espéré. L’AG ordinaire du MRAX de juin 2016 devait élire les candidats d’ouverture. Elle sombra dans une flibuste orchestrée par des partisans de l’ère Bouhlal. L’AG d’ouverture fut retardée à septembre.

    La CSC et le MR s’étaient désistés. Par contre entrait au CA, au titre de candidat d’ouverture, Benoît Mouraux (aucune parenté avec l’ex ministre), administrateur du Collectif contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB). Le CCIB se trouvait pourtant déjà représenté au CA du MRAX par une de ses administratrices, Farida Tahar, par ailleurs conseillère communale (PS) à Molenbeek.

    Cette AG élective se déroula de manière pathétique. Certains des présents s’opposaient à l’entrée des syndicats. Les seules questions posées au candidat présenté par le CCLJ concernèrent sa position sur le voile islamique et le droit au retour des réfugiés palestiniens (!?). Farida Tahar déclara qu’il n’existait « rien de commun entre Monsieur Wolsztajn et [elle]. » Ambiance.

    La première séance du nouveau CA devait désigner le président, les vice-présidents et le bureau. Carlos Crespo s’est vu confirmé dans sa fonction. Farida Tahar postula à une vice-présidence, l’autre étant dévolue à une militante associative. Ce choix écartait d’emblée le vice-président sortant Jean-Yves Kitantou (CDH). Cela affaiblissait la représentativité politique du MRAX, Carlos Crespo et Farida Tahar appartenant tous deux à la même couleur socialiste.

    Farida Tahar fut élue à l’unanimité moins deux abstentions et une voix contre – celle du CCLJ. Avec certaines raisons : cette activiste a participé au « putsch » de 2007 qui a inauguré la désastreuse ère Bouhlal. En janvier 2015, elle était à la manœuvre avec Henri Goldman (UPJB, Tayush, revue Politique) pour dévoyer la manif Charlie de Bruxelles. Elan populaire contre le massacre, par des islamistes, de Juifs et d’insolents blasphémateurs, on la transformait en une scandaleuse protestation anti islamophobie. Reconnaissons à la dame de la suite dans les idées.

    Un MRAX sous influence

    De premiers accrochages se produisirent lors des débats sur les Axes programmatiques du MRAX. Il apparut vite que le CCIB dictait l’agenda. Un clash éclate en janvier 2017. Benoît Mouraux prend prétexte d’un article publié sur le site du CCLJ, « Le concept d’islamophobie, cheval de Troie islamiste[1] », pour réclamer au CA du MRAX la tête de l’administrateur CCLJ. L’épisode se solde pour ce dernier par un « rappel à l’ordre » officiel au nom de l’« unité des luttes antiracistes. »

    Côté Plateforme, Mustapha Chairi, président du CCIB, se retire du comité de pilotage où il représentait son association. Lui aussi prend prétexte de l’article litigieux ainsi que de trois autres publiés sur le site du CCLJ, dont un par le rédacteur en chef Nicolas Zomersztajn (« Ils pleurent Charlie Hebdo après l’avoir traité de raciste[2] »). Soutenu par BePax (ex Pax Christi), le CEJI (A Jewish Contribution to an Inclusive Europe) et Muslims Rights Belgium (structure sœur dont le CCIB est issu) qui se retirent avec lui, le CCIB torpille le comité et décapite la Plateforme.

    Benoît Mouraux ne peut retenir un petit cocorico. Il évoque « une plateforme mourante qui a vu son comité de pilotage dissout. » Voir neutralisée l’institution que la ministre Laanan avait installée pour redresser voire remplacer le MRAX ne pouvait que le réjouir. Au MRAX la voie est désormais libre pour le CCIB et ses alliés.

    L’occasion de l’assaut se présentera avec les arrêts de la Cour de Justice de l’Union européenne reconnaissant aux employeurs le droit d’imposer la neutralité vestimentaire à leurs salariés. En clair, leur interdire le port du hidjab. Le MRAX publie un communiqué de protestation. Trois administrateurs s’y opposent, dont le représentant du CCLJ. Il s’en explique par un article intitulé « Loi des humains contre loi de Dieu[3]. »

    Ce texte déclenche l’ire de 6 administrateurs sur 16. Ils l’accusent de racisme, de contre-vérités, mensonges et diffamations ainsi que de se montrer digne de l’extrême droite. Ils demandent la « réunion d’un CA avec pour seul point à l’ordre du jour l’exclusion » du représentant du CCLJ. Le président réunit le CA en urgence. Celui-ci soumet « à une prochaine AG (…) la confiance (…) envers son administrateur M. Willy Wolsztajn. »

    Devant l’impasse, les organisations syndicales FGTB et CGSLB jettent l’éponge. Elles démissionnent du CA du MRAX. Le CCLJ décide peu après de les suivre.

    Ainsi le MRAX se retrouve-t-il quasiment à la case départ, rejeté dix ans en arrière, en proie aux mêmes vieux démons. C’est d’autant plus regrettable que l’équipe du MRAX, sous la houlette de son actuel directeur Vincent Cornil, en charge depuis 2013, possède un potentiel de compétences non négligeable. Saluons ici les remarquables efforts gestionnaires du directeur pour redresser un héritage calamiteux.

    Les impasses du MRAX proviennent de son AG et de son CA, majoritairement confisqués par une coalition d’intérêts particuliers, déloyaux et sectaires. On observe du reste un curieux tropisme molenbeekois au sein du CA. Les administrateurs étiquetés politiquement (PS, Défi, CDH), soit 5 sur 16, proviennent tous de cette commune bruxelloise. Certes les relais partisans se montrent utiles pour mener un combat antiraciste avant tout politique. Mais une telle concentration locale handicape une association qui ambitionne de couvrir l’ensemble de la francophonie belge. Sans parler des possibles petits calculs politiciens des uns et des autres.


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Michel Noirret - 23/05/2017 - 18:18

      Merci Willy! Il est temps et heureux que ces choses soient enfin dites!

    • Par kalisz - 24/05/2017 - 23:46

      Toutes ces manœuvres sont instructives et devraient nous éclairer sur les ambitions nuisibles d'islamistes et de sympathisants islamistes qui iront,partout, où ils le peuvent, s'infiltrer et confisquer l'associatif.
      N'est-il pas temps que vous tourniez la page et reteniez la leçon?

    • Par ALUF HANITZAHON - 25/05/2017 - 6:24

      Comment un Juif conscient des valeurs portées par le judaïsme a-t-il pu se perdre chez ces bobos-gauchos-islamophiles?

    • Par Yoram - 25/05/2017 - 11:28

      ALUF pourrait-il nous préciser ce que sont ces "valeurs portées par le judaïsme" dont il parle sans en rien dire, histoire d'impressionner sans qu'on sache par quoi - comme souvent.