Islamisme

Du monde islamique vu comme un gigantesque Clichy-sous-Bois

Mercredi 24 mai 2017 par André Versaille

André Versaille publie sous la forme d’un feuilleton* une réflexion sur le malaise de bien des « progressistes » face à un certain islam sectaire tyrannique. L’embarras est tel, que beaucoup répugnent jusqu’à prononcer le mot d’islamisme, et se réfugient dans le déni. Dans ce billet, il déconstruit l’idée selon laquelle les crimes islamistes ne sont que la résultante de l’oppression exercée par l’Occident.

 

Alors que les djihadistes sont loin d’être tous des laissés-pour-compte, qu’ils proviennent de 70 pays différents et qu’ils sévissent mille fois plus dans le monde arabo-musulman qu’en Occident, notre occidentalo-centrisme et notre incapacité à concevoir la complexité des choses, nous a conduit à nous contenter d’explications sottement mono-causales dans la dénonciation du « système français » ou de la fracture coloniale.

Quels que crimes que les islamistes perpètrent, même à l’égard d’autres musulmans, nous avons décidé qu’ils n’étaient que la résultante de l’oppression exercée par l’Occident. La marche du monde étant, décrétons-nous, menée par l’Occident, les guerres intestines au monde arabe, elles-mêmes, seraient de « fausses guerres » conduites par des gouvernements fantoches au bénéfice en particulier de l’Amérique et d’Israël.

Notre vision d’un monde partagé entre nous, les « dominants », et eux, les « dominés ex-colonisés » témoigne de notre paternalisme – et de notre mépris envers une population que nous regardons comme décidément infantile. Pis : en nous accusant d’être des dominants, nous nous proclamons seuls sujets, et nous ravalons nos « dominés » au rang d’objets incapables d’autonomie jusque dans sa violence que nous réduisons à des « réactions ».

C’est vrai pour les musulmans de France, et c’est vrai pour l’ensemble du monde musulman. Nous regardons ce monde comme une espèce de gigantesque Clichy-sous-Bois, et le terrorisme comme une amplification des exactions de certains jeunes de banlieue. « On ne comprend pas que l’islam n’est pas une religion majoritaire, qu’elle est aujourd’hui corrélée avec un rapport dominants/dominés à travers le monde et en France, ce n’est pas une culture majoritaire, c’est une culture de dominés, proclame Clémentine Autain. Et plus on les stigmatise plus l’intégrisme va monter ».

Cette conviction en bois brut, qui tient l’islam pour une religion minoritaire (elle compte tout de même près d’un milliard six cents millions d’individus ou de fidèles) et tous les musulmans pour des victimes, explique sans doute notre absence de manifestations contre le terrorisme pratiqué par Al Qaeda, Boko Haram, Daesh : dès lors que nous avons décidé de considérer la violence islamiste comme le moyen de défense des opprimés, elle ne pouvait plus être illégitime. Cette violence, disons-nous, est certainement excessive, odieuse, tout ce que l’on voudra, mais elle n’est en fin de compte que la réaction de dominés rendus fous par un Occident oppresseur : car en face des horreurs djihadistes, il y a l’horreur plus décisive du monde globalisé ultralibéral dans lequel nous, les Occidentaux, avons enfermé les musulmans (il faut lire Alain Badiou, intarissable obsessionnel sur ce capitalisme mondialisé, cause de tous les maux de la terre).

Et, imbu d’une tolérance insensée, beaucoup des nôtres critiquent bien plus volontiers la démocratie libérale que le fanatisme islamiste. Beaucoup d’entre nous répètent à l’envi que ceux qui ne sont pas prêts à mettre en cause la démocratie libérale devraient s’abstenir de condamner le fondamentalisme islamiste. Ah, cette sempiternelle volonté d’exiger une réprobation équivalente du totalitarisme et de la démocratie libérale ! Nous ne sommes toujours pas parvenus à nous débarrasser de notre état d’esprit du temps où nous défendions le bolchevisme à tous crins. Rappelez-vous comment nous tentions alors de flouter la réalité des camps soviétiques en la comparant à la condition ouvrière dans le monde capitaliste.

« Les intellectuels, disait George Orwell, qui prennent un tel plaisir à mettre en balance démocratie et totalitarisme et à démontrer que l’un ne vaut pas mieux que l’autre, sont simplement des écervelés qui n’ont jamais eu à se colleter avec la réalité. »

*Les musulmans ne sont pas des bébés phoques, de notre déni considéré comme l’un des beaux-arts. 


 
 

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