Vu de Flandre

Mise à l'abattoir du projet d'interdiction de l'abattage sans étourdissement

Jeudi 27 août 2015 par Jonathan Moskovic

La communauté juive anversoise est parvenue à faire plier le ministre flamand N-VA Ben Weyts qui a décidé du report de l’interdiction totale d’abattage sans étourdissement à la prochaine législature.

 
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    Cette année, aux côtés des habituels chassés croisés des vacanciers juilletistes laissant leur place aux aoûtiens et les centaines de kilomètres d’embouteillage qui découlent de ce ballet automobile, une autre thématique est parvenue à se faire une place au soleil médiatique : l’abattage rituel.

    Rares sont les journaux de qualité – voire de moins grande qualité – qui n’ont pas fait leurs choux gras du sujet qui rassemble tous les ingrédients de séries télés américaines à grand succès comme House of Cards ou Homeland (basé sur la série israélienne « Hatufim ») : de la politique, du sang et des barbus.

    Une lecture à la fois déroutante et communautaire de l’évènement a été développée dans l’excellent quotidien flamand De Morgen sous la plume de Tine Peeters (Waarom Weyts geen onverdoofde dieren wil laten doden : De link tussen Vlaamse onafhankelijkheid en schapen slachten). D’après cette dernière, l’abatage rituel ne serait en réalité qu’un cheval de Troie du nationalisme flamand, un avatar du flamingantisme de la N-VA.

    En effet, d’après l’article, il existerait un lien direct entre l’interdiction totale d’abattre des moutons sans étourdissement et la volonté de créer un Etat flamand. Pour la N-VA, cette interdiction est une occasion de démontrer de quoi serait capable un tel Etat en imprimant une ligne politique distincte. Du moins, jusqu’à ce que le ministre s’attire les foudres de la communauté juive.

    Que voulait prouver la N-VA en entreprenant sa croisade contre l’abattage sans étourdissement ? Il faut savoir que le bien-être des animaux est l’une des compétences régionalisées par la sixième réforme de l’Etat. Au cours des négociations sur l’accord de gouvernement, Ben Weyts ne voulait pas qu’on laisse le bien-être animal s’étioler dans un coin, raison pour laquelle il a fait des pieds et des mains pour que cette compétence soit indépendante de l’agriculture. Les nationalistes flamands entendent ainsi démontrer par toutes sortes d’initiatives dans ce domaine restreint que la Flandre peut faire la différence par rapport au gouvernement fédéral. « Onkelinx avait la compétence du bien-être animal, mais pas un chat n’était au courant », déplore Ben Weyts, et d’ajouter « la Flandre doit jouer un rôle de pionnier en Europe en matière de bien-être animal ».

    Un bref retour en arrière s’impose.

    En septembre 2014, M. Weyts avait refusé que soient créés des abattoirs provisoires à l’occasion de la fête du sacrifice. Il a fallu attendre les protestations vigoureuses de la communauté musulmane pour que le ministre consente à accorder une période de transition.

    Il a toutefois compensé cet assouplissement en prévoyant, après cette période de transition, l’interdiction totale de l’abattage sans étourdissement. Cette décision déclencha non seulement la colère des musulmans, mais également la désapprobation de ses partenaires de coalition et de la communauté juive.

    La N-VA a tenté de faire passer cette proposition en mai au sein du gouvernement flamand, mais s’est heurtée à un refus catégorique du CD&V et de l’Open VLD. Ce désaveu n’a pas empêché M. Weyts d’exprimer publiquement sa plus intime conviction, à savoir qu’une interdiction totale est indispensable.

    Ce sont les réactions déchaînées de la communauté juive anversoise qui ont finalement fait plier le ministre. Il a ainsi fait acter qu’il n’y aurait pas d’interdiction totale au cours de cette législature-ci, arguant que les esprits ne sont pas encore mûrs. Cet apaisement n’a rien d’étonnant de la part de la N-VA, qui entretient d’excellentes relations avec la communauté juive dans la ville portuaire.

    Ben Weyts s’est également expliqué avec Michael Freilich, rédacteur en chef de Joods Actueel, qui, dans les pages du quotidien De Standaard, s’en était violemment pris à l’interdiction totale de l’abattage sans étourdissement. Le ministre prétend mordicus que cette conversation téléphonique n’a pas été téléguidée par le bourgmestre d’Anvers et président de la N-VA Bart De Wever, lequel a affirmé être « assez grand pour savoir jusqu’où aller ».

    M. Weyts, qui se prévaut d’être un « légaliste », aime se référer aux directives européennes et à l’avis du Conseil d’Etat. Par contre, ce que le ministre oublie de dire, c’est que ces directives et avis ne concernent que les abattoirs provisoires et qu’ils ne se prononcent donc pas sur une interdiction totale de l’abattage sans étourdissement.

    La N-VA se veut plus extrême que l’Europe, et c’est d’ailleurs ce qui caractérise – une fois de plus – l’homme et son parti. La N-VA reproche aux partis de gauche de manquer de courage : au lieu de plaider clairement en faveur de cette interdiction, ceux-ci préféreraient ménager leur électorat musulman. En s’engageant sans réserve sur cette voie, les nationalistes flamands ont l’occasion de démontrer l’étendue de leur dynamisme et de leur indépendance. Par ailleurs, Ben Weyts se sent aussi soutenu par une étude de Gaia, selon laquelle neuf Flamands sur dix sont défavorables à l’abattage sans étourdissement.

     


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par viviane tits - 1/09/2015 - 20:16

      Pour ma part, je trouve cela très triste. L'abattage casher/hallal fait souffrir l'animal pendant 10 minutes pour rien. Je suis certaine qu'aucun dieu n'a jamais demandé cela. Aucun dieu n'est assez sadique pour demander une telle horreur dont seul l'animal, qui n'y comprend rien, paye de nouveau les conséquences. Je pense que l'être humain, juif ou goye, n'évoluera que le jour où il comprendra comme l'ont compris certaines tributs amérindiennes que nous ne sommes qu'une espèce animale parmi d'autres, un fil dans le tissu de la vie et que quand nous faisons injustement souffrir nos cousins (ne sommes-nous pas issus de la même cellule primordiale), cela finit toujours un jour par se retourner contre nous.