France

Des milliers de personnes se mobilisent contre l'antisémitisme

Mercredi 20 Février 2019 par AFP

Des milliers de Français se sont rassemblés hier pour protester contre une résurgence de l'antisémitisme dans leur pays, encore illustrée mardi par la profanation d'un cimetière juif dans l'est, répondant à un « appel au sursaut » lancé par des responsables politiques, religieux et associatifs.

En 2006, ils avaient déjà été nombreux à manifester dans les rues de Paris en hommage à Ilan Halimi

« La République est un bloc », a lancé le président Emmanuel Macron, qui a déposé en début de soirée une couronne de roses blanches au Mémorial de la Shoah à Paris, en compagnie des présidents des deux chambres du Parlement.

« Se rassembler, c'est nécessaire pour dénoncer ce qui n'est pas acceptable », a peu après déclaré le Premier ministre Edouard Philippe, l'une des nombreuses personnalités politiques à manifester aux côtés des anonymes dans des dizaines de villes, de Marseille à Strasbourg.

Dans la capitale, c'est sur la place de la République qu'a afflué une large foule portant des pancartes « Non à la banalisation de la haine » ou « Ça suffit ! », le mot d'ordre de ce rassemblement.

« L'antisémitisme, ça n'est pas l'affaire des juifs, c'est l'affaire de tous les Français », a souligné l'ancien président socialiste François Hollande, présent sur la place, tout comme son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

Outre le Premier ministre, plus de la moitié du gouvernement ainsi que des élus et personnalités de toutes obédiences politiques devaient prendre part à des rassemblements dans plusieurs villes de France.

De leur côté, les responsables des cultes (juif, catholique, protestant, orthodoxe, musulman, bouddhiste) et d'organisations laïques et de francs-maçons ont appelé au « sursaut des consciences » face à ces actes qui « meurtrissent la France toute entière ».

Visage fermé, kippa sur la tête, le président Macron s'était auparavant recueilli en début d'après-midi dans le cimetière juif de Quatzenheim, en Alsace, où près de 80 tombes ont été découvertes profanées dans la matinée. Il a, à cette occasion, déploré un « échec » français dans la lutte contre l'antisémitisme qu'il a qualifié de « négation de ce qui est la République et la France ».

« On prendra des actes, on prendra des lois et on punira », a promis le chef de l'Etat, la mine grave, dans le cimetière souillé de croix gammées bleues et jaunes.

Un acte « choquant » commis par de « sauvages antisémites", a dénoncé dans un communiqué le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, tandis qu'un de ses ministres appelait les Juifs de France à émigrer vers l'Etat hébreu.

Avant même la profanation de mardi, les appels à manifester s'étaient multipliés pour dénoncer la recrudescence des actes antisémites en France ces derniers jours, comme ces insultes adressées samedi au philosophie Alain Finkielkraut par quelques manifestants "gilets jaunes" à Paris et la profanation des arbres plantés à la mémoire d'Ilan Halimi.

Au total, la France a recensé 541 actes antisémites en 2018, un chiffre en hausse de 74% sur un an, mais qui reste inférieur aux pics de 2014 (851) et de 2004 (974).

En 2018, l'Agence juive estimait à 45.000 -un dixième de la communauté- le nombre des Juifs de France ayant fait leur alya en une décennie. Des chiffres qui ne prennent pas en compte les départs vers d'autres pays, comme le Canada et les Etats-Unis, ni les déménagements de milliers de familles à l'intérieur de la France, à la recherche de quartiers plus sûrs.

Le phénomène ne touche pas que la France, les autorités allemandes ont relevé une hausse « effrayante » du nombre des actes antisémites en 2018, là encore de double origine, d'extrême droite et arabo-musulmane.

Plusieurs responsables politiques français dénoncent la présence de personnes antisémites actives dans le mouvement des « gilets jaunes » qui manifestent tous les week-ends depuis trois mois contre la politique économique et sociale du gouvernement.

« Il serait faux et absurde de dire que le mouvement des gilets jaunes est antisémite », a estimé Edouard Philippe. Mais « à l'occasion de la crise des 'gilets jaunes', un certain nombre de garde-fous ou de digues sont tombés ».


 
 

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  • Par Roland Douhard - 22/02/2019 - 10:04

    "L'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme"

    Quand les Juifs devraient reposer en paix, comme tout être humain, il en est d'autres qui les haïssent jusque dans la mort. La profanation de cimetières juifs en Alsace, à Herrlisheim, Wolfisheim, plus récemment à Quatzenheim, nous renvoie près de 30 ans en arrière. C'était en mai 1990, avec le saccage du cimetière juif de Carpentras. A l'époque, l'affaire avait suscité dans toute la France un énorme émoi. Le président, François Mitterrand, n'avait pas hésité à se joindre, à Paris, à la gigantesque manifestation d'indignation et de soutien aux Juifs français, événement qui rassembla des centaines de milliers de personnes. Il y a trois jours, le 19 février, place de la République, au même endroit, en présence de quasi tout le gouvernement français d'Edouard Philippe, plusieurs milliers de personnes se sont réunies pour exprimer leur sentiment d'écoeurement et de colère. Le 20 février, le président, Emmanuel Macron, à l'occasion du dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a annoncé "des actes tranchants", ayant pour objectif le renforcement de la répression à l'égard de toute parole et acte antisémite. Le chef de l'Etat n'a pas hésité à souligner: "L'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme". Quand une minorité de la collectivité nationale est agressée, c'est toute la nation qui est violentée. Quelques jours plus tôt, le samedi 16 février, lors d'une énième manifestation des Gilets jaunes, l'agression antisémite du philosophe français, Alain Finkielkraut, qui ne s'est pas transformée en lynchage grâce à la proximité de policiers, avait entraîné une foule de réactions de condamnation en provenance de tous bords politiques, à l'exception de l'ultra-droite et des milieux islamistes. A gauche, comme souvent, il y a eu flottement, hésitation et acte manqué (*). Certains trébuchant dans leur expression à soutenir le philosophe, confondant ses prises de position, que l'on peut ou non partager, c'est une évidence, avec la défense des valeurs républicaines et humanistes. Ceci est révélateur quant aux formes diverses qu'a pris aujourd'hui le prurit antisémite. Il y a une gauche qui a un problème avec les Juifs, alliée subjective ou objective, peu importe, d'un certain islam historique judéïco-phobique et antisémite, un islam conquérant et internationaliste. Ne l'oublions pas, l'internationalisme, pour le meilleur et le pire, constitue l'ADN de l'engagement de la gauche en général et de l'extrême gauche en particulier. Cette proximité programmatique avec l'islam radical n'est sans doute pas étrangère à un certain cousinage idéologique. De plus, la main sur le coeur et beaucoup d'arrières-pensées électoralistes, cette gauche extrême entend incarner la défense des minorités, comprenez des banlieues, à l'exception de la minorité juive, ce qui en dit long sur la sincérité d'un tel engagement. Car cette gauche avance voilée sous le faux-nez de l'antisionisme, qui désigne, tel le diable incarné, la volonté des Juifs d'édifier depuis 70 ans un Etat-nation où ils ne seraient plus persécutés. Si au XIXème siècle, le sionisme de Théodor Herzl, l'homme qui a proposé au peuple juif de se choisir un foyer national, fut assimilé à une idéologie contestable et contestée d'ailleurs, avec la création d'Israël en mai 1948, il ne fait plus guère débat au sein de l'immense majorité des Juifs, excepté parmi quelques communautés ultra-religieuses et courants juifs d'extrême gauche. Car le sionisme a depuis transmuté. Peut-on nier qu'il s'identifie désormais à l'existence même et à la légitimité de l'Etat hébreu ? En le mettant en cause, quelle que soit la configuration de ses frontières, avant ou après 1967, sous couvert de critique de la politique du gouvernement israélien à l'égard de la cause palestinienne, ce qui est parfaitement normal, en réalité, consciemment ou non, on fait le procès d'Israël, nation et Etat, en occultant le fait que son existence est fondée, non pas sur la Bible, mais sur la résolution 181 de l'ONU, quant au plan de partage de la Palestine. Ainsi, on dénie aux Juifs le droit d'y vivre en sécurité, ainsi on renvoie la condition juive à l'éternelle errance, fruit de bien des fantasmes antisémites quant à leur soi-disante condition d'apatrides et déloyauté à l'égard de toute autre nation qu'Israël où ils vivent, par nécessité ou choix. La haine des Juifs, passée à la machine de l'antisionisme, délavée, normalisée et banalisée, transite par la haine d'Israël, "impureté" nationale au sein de l'immense espace musulman en quête, in fine, au-delà des conflits nationalistes, géo-politiques sunnites/chiites, d'un nouveau califat homogène, à savoir unifier "l'Oumma", la communauté. L'Etat hébreu, en dépit des divergences que l'on a ou pas avec la politique de l'actuel gouvernement Netanyahu, tant sur l'absence de dialogue avec l'Autorité palestinienne que sur la colonisation, de manière rédhibitoire, est coupable de résister à ce projet totalitaire, comme une avant-garde bactérienne au Moyen-Orient de l'Occident. Une très vieille histoire qui n'en finit pas. L'extrême droite, chrétienne ou non, ennemi héréditaire du peuple juif, a aujourd'hui de quoi se réjouir. Elle n'est plus seule à haïr un peuple qui a fait de la vie, pour le malheur de la convergence idéologique brun/rouge/vert, la source de ses valeurs et de sa force d'exister, d'inventer et d'avancer.