Au CCLJ

Michaël Prazan : Le négationnisme hier et aujourd'hui

Dimanche 7 janvier 2018 par Nicolas Zomersztajn

Dans Les Faussaires de l’histoire, Michaël Prazan raconte l’itinéraire du négationnisme en revenant sur ses origines, son histoire et ses figures qui l’ont porté et diffusé. Ce film coécrit avec Valérie Igounet sera diffusé ce vendredi 12 janvier 2018 à 20h au CCLJ et sera suivi d’un débat avec l'auteur du film, Michaël Prazan.

 

Quelle est la particularité de votre documentaire sur le négationnisme, sujet que vous avez déjà traité dans vos travaux sur Roger Garaudy ? Michaël Prazan : Dans Les Faussaires de l’histoire, l’idée générale est de proposer une histoire du négationnisme de 1945 à nos jours en analysant ses métamorphoses successives et les nouveaux défis qu’il nous impose.

Quand apparaît le négationnisme ? M. Prazan :

 Le négationnisme apparaît immédiatement après la guerre dans des réseaux néo-nazis. L’objectif est clair : il faut laver le nazisme de ses crimes pour le réhabiliter à un moment où il est très difficile de tenir ouvertement un discours antisémite. Le négationnisme apparaît donc comme un moyen détourné pour le faire en France, en Italie et en Grande-Bretagne. C’est en 1948 que Maurice Bardèche publie ses premiers écrits négationnistes et en 1950 que Paul Rassinier publie Le Mensonge d’Ulysse. Il est intéressant de voir que le négationnisme n’est pas l’apanage des bourreaux eux-mêmes. Ces derniers ne nient pas les crimes commis, même si dans le cadre de l’opération 1005, il était question d’effacer les traces des exécutions de masse effectuées pendant l’Aktion Reinhard (extermination des Juifs de Pologne entre 1942 et 1943). Le négationnisme ne s’inscrit pas dans la logique de l’opération 1005, même s'il profite de cet effacement des traces du génocide.

Quelles en sont les grandes étapes ? M. Prazan : Fin des années 1960 et début des années 1970, des liens se nouent et des brochures sont publiées. Les auteurs négationnistes voyagent d’un pays à l’autre et de plus en plus de textes sont traduits. C’est ainsi que François Duprat, membre fondateur et idéologue du Front national, traduit en français la brochure anglaise Did Six Millions really die ? Le négationnisme est donc diffusé au sein de l’extrême droite française, mais le succès n’est pas encore au rendez-vous. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que le négationnisme explose véritablement avec Robert Faurisson.

Que se passe-t-il avec Faurisson ? M. Prazan : On assiste à la diffusion du négationnisme auprès du grand public. Faurisson parvient à se révéler au grand public par un premier article publié par Le Matin de Paris le 1er novembre 1978, et surtout le 29 décembre 1978 avec la publication d'une tribune par le quotidien Le Monde, intitulée « Le Problème des chambres à gaz, ou la rumeur d'Auschwitz », version abrégée d’un long article négationniste publiée dans la revue d’extrême droite Défense de l'Occident. Très vite, il acquiert un succès de scandale et de curiosité. Les gens croient que c’est un savant qui parle. Ivan Levaï l’invite même à son émission de radio où le phénomène Faurisson explose.

Les années 1980 sont-elles marquées par l’internationalisation du négationnisme ? M. Prazan : Oui. Les différentes chapelles commencent à se structurer, ce qui permet une plus grande circulation du discours négationniste. Il faut malgré tout nuancer et relativiser cette internationalisation : les négationnistes voyagent beaucoup mais, comme les sectes, en vase clos. Un public de convaincus suit et voyage en même temps que ses propagandistes. En termes d’influence, cela demeure donc négligeable.

Qu’est-ce qui va accroitre son influence ? M. Prazan : Ce sera la revendication de ce discours par l’extrême gauche. Elle soutient Faurisson parce qu’il devient une forme d’emblème de la parole libérée contre les systèmes. La maison d’édition La Vieille taupe de Pierre Guillaume le publie et diffuse ses textes au sein de l’extrême gauche. Cela permet au négationnisme d’entrer dans des milieux où il ne devait jamais apparaître. D’où le soutien délirant de Noam Chomsky à Faurisson. C’est au nom de la liberté d’expression que Chomsky défend Faurisson et préface un de ses livres. On voit que la séduction des milieux libertaires intervient tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Et la France est toujours à la pointe du combat négationniste.

Quelle est la phase suivante ? M. Prazan : Il s’agit de l’exportation du discours négationniste vers le monde musulman à travers la figure de Roger Garaudy. Converti à l’islam, il est accueilli comme le grand penseur français opprimé par les lobbies juifs en France et en Europe. Le discours négationniste va alors se répandre dans le monde musulman comme une traînée de poudre.

Et aujourd’hui ? M. Prazan : Le négationnisme revient aujourd’hui sur internet à travers des individus qui reprennent les marqueurs du négationnisme : l’antisémitisme et la provocation. Cela nous renvoie à des personnages comme Dieudonné et Alain Soral. 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Gilles Karmasyn - 28/02/2018 - 19:19

    Le documentaire de Michael Prazan est un très bon outil pour connaître la nature et l'histoire du négationnisme. Pour le combattre concrètement, on pourra avoir recours au site que j'anime: http://phdn.org/