Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Me Masset "La défense de Mehdi Nemmouche doit clairement revoir sa ligne de défense"

Mercredi 23 janvier 2019 par Belga et G.K.

Ce début de semaine devant la Cour d’assises de Bruxelles, les enquêteurs et les juges d'instruction ont exposé les devoirs d'enquête effectués immédiatement après l'attaque terroriste. L’occasion aussi de revenir sur les images des caméras de surveillance, ainsi que l’arrestation du principal accusé le 30 mai 2014 à la gare routière Saint-Charles de Marseille.

Me Masset, avocat du Musée juif de Belgique

« La défense de monsieur Nemmouche doit être clairement consciente qu'elle doit revoir sa ligne de défense, parce qu'à soutenir que tout a été trafiqué, ça en devient pathétique », a déclaré Me Adrien Masset, l'avocat du Musée juif de Belgique ce mercredi matin. « D'autre part, lorsque l'on voit les éléments de preuve, d'ADN, sur la veste, sur la casquette, qu'on retrouve des résidus de tir et que le seul ADN présent sur ces objets est celui de monsieur Nemmouche, ça devient compliqué, si ce n'est contre la vérité, de soutenir que l'ADN a prouvé que Monsieur Nemmouche n'était pas le tueur », a poursuivi le pénaliste.

Les images des caméras de surveillance du Musée juif de Belgique n'ont pas été altérées ou modifiées au moment de leur extraction, a assuré ce mercredi le policier en charge de cette opération le jour des faits. La copie de travail réalisée depuis le serveur bloque la modification des données, notamment pour les protéger de virus informatiques, a-t-il expliqué devant la cour d'assises de Bruxelles.

Depuis le début du procès, les avocats de Mehdi Nemmouche ont évoqué des manipulations sur les images des caméras de surveillance. Ils se sont étonnés que, sur certaines images, l'auteur porte des lunettes de soleil et sur d'autres pas, insinuant que les enquêteurs les ont effacées pour l'avis de recherche.

Devant la cour ce mercredi, le policier qui s'est chargé de l'extraction des données a écarté la thèse de la transformation des images: « Chaque pixel de la vidéo originale se retrouve exactement au même endroit dans la copie, avec la même valeur. Aucune transformation n'est possible ».

L'enquêteur a expliqué avoir simplement flouté la caméra GoPro que portait l'auteur de l'attentat et les corps des victimes dans les images diffusées ensuite pour l'avis de recherche. Il y a également modifié la luminosité et les contrastes.

Un policier analyste en vidéogrammétrie avait déjà déclaré la veille qu'il était « techniquement impossible » pour les enquêteurs d'ajouter un visage sur l'image du tueur issue des caméras du Musée juif, en raison de la trop faible résolution de celles-ci. Le spécialiste a expliqué avoir réalisé une « balance entre les tons clairs et foncés » pour améliorer le contraste du visage. « C'est un traitement, pas une manipulation. Rien n'a été effacé ou ajouté », a-t-il dit.

Sur le banc des avocats, l'explication avait fait s'agiter Me Courtoy, qui accuse les enquêteurs d'avoir « truqué » la photo. Dans leur acte de défense, les conseils de Mehdi Nemmouche considéraient que la « disparition » de lunettes du visage du tireur, entre les images de vidéo-surveillance et celles diffusées dans les médias, constituait une preuve de l'innocence de leur client.

« Quand bien même ces images auraient déjà été manipulées avant qu'elles ne nous parviennent, il aurait fallu que l'individu dont on aurait voulu placer le visage sur la photo soit exactement dans la même position que l'homme sur le cliché initial et que la résolution des deux clichés soit parfaitement identique », a conclu le spécialiste, qui précise que le moindre changement de nuance de gris se serait vu. « Il aurait fallu truquer toutes les séquences vidéo ».

« Le tireur sait où il va »

Les images des caméras visionnées hier avaient montré tout d'abord que le tireur a touché la porte de son coude puis deux fois avec la main gauche, lorsqu'il se trouve dans l'embrasure de la porte du bureau d'accueil. Or, pour rappel, l'ADN de Mehdi Nemmouche, principal accusé, n'a pas été décelé sur cette porte, et les images ne permettent pas de voir si l'auteur portait ou non des gants en latex.

Les enquêteurs ont également relevé la rapidité d'exécution de l'auteur : l'attaque s'était déroulée en une minute et 22 secondes au total. « Il tire sur Emanuel Riva, puis sur Miriam Riva. Ensuite, il se précipite vers le fond du couloir et tourne à droite vers l'accueil. Il ne marque aucune hésitation et il sait où il va », a commenté le chef d'enquête.

Ce mardi après-midi, les enquêteurs ont abordé tout le volet du dossier qui concerne l'arrestation de Mehdi Nemmouche. Deux enquêteurs français ont exposé que l'intéressé avait été interpellé à la gare routière Saint-Charles à Marseille à 12h30 le 30 mai 2014, à bord d'un car de la société Eurolines, par la brigade de surveillance des douanes de Marseille.

Mehdi Nemmouche était en possession d'un revolver chargé de six munitions, qui se trouvait dans la poche gauche de sa veste. Egalement, un sac, posé sur le siège voisin du sien, renfermait une kalachnikov. Le chargeur de ce fusil d'assaut était engagé et contenait 30 cartouches, dont une était dans la chambre, prête à tirer. Au total, Mehdi Nemmouche était porteur de 57 cartouches de revolver et 291 de kalachnikov.

Des spécialistes français en balistique ont testé les armes et constaté qu'elles fonctionnaient toutes les deux. Une donnée intéressante dans la mesure où le tueur n'avait pas réussi à abattre Dominique Sabrier avec son revolver, ce qui pourrait laisser entrevoir l'hypothèse que l'arme s'était enrayée.

Ce point a suscité la réaction d'un enquêteur, qui a souhaité préciser que six coups ont été tirés au Musée juif avec le revolver, soit le nombre maximum de balles que peut contenir le barillet. « Notre hypothèse est plutôt celle d'un barillet vide que d'une arme enrayé », a souligné le témoin.

Deux empreintes digitales de Mehdi Nemmouche seront mises en évidence sur le barillet du revolver, tandis que son ADN apparaîtra à plusieurs endroits de la kalachnikov, dont la détente.

Interrogé par les agents douaniers, l'accusé a affirmé avoir volé les sacs qui contenaient les armes – « déjà approvisionnées » - à Bruxelles, dans une voiture ouverte, dans la nuit du 27 au 28 mai 2014. Il a ajouté qu'il s'était rendu à Marseille pour les revendre. C'est la seule explication qu'il donnera à ce sujet, avant de systématiquement invoquer son droit au silence.

La piste d’un attentat ciblée éteinte

Les juges d'instruction ont pris elles-mêmes l'initiative à l’époque de contacter la justice israélienne pour éteindre la piste d'un assassinat ciblé visant les époux Riva, hypothèse évoquée dans la presse par la défense de Mehdi Nemmouche. Le principal accusé de l'attentat au Musée juif, le 24 mai 2014, n'a lui-même jamais demandé de devoir d'enquête à ce sujet, ont répété mardi les juges d'instruction devant la cour d'assises de Bruxelles.

Les juges ont entendu une dizaine de personnes en Israël, dans le cadre de l'enquête de moralité sur le couple Riva. Il en est notamment ressorti que les époux voyageaient beaucoup et qu'ils étaient très appréciés. Ils s'étaient connus dans un contexte professionnel, mais ne travaillaient pas ensemble. Au moment des faits, Miriam Riva, dont la dernière mission de comptable avait été réalisée pour le Mossad, était prépensionnée depuis quatre mois, a précisé la juge d'instruction Bruyneel. Elle n'a donc jamais occupé de fonction opérationnelle et ne faisait l'objet d'aucune menace particulière.

Aucun élément n'a laissé penser que la justice israélienne avait des choses à cacher au sujet du couple, ont également répondu les juges à une question de la présidente.

Dans la chambre d'hôtel qu'Emanuel et Miriam Riva occupaient à Bruxelles, les enquêteurs ont découvert de nombreux dépliants touristiques, dont un relatif à une promenade médiévale qui passait par la rue des Minimes, où se situe le Musée juif. Rien n'indique que le but de leur visite était autre que touristique, ont ajouté les juges.

Invité une nouvelle fois par la présidente à expliquer pourquoi il n'a pas demandé de devoir d'enquête pour démonter le « piège » dont il aurait fait l'objet, Mehdi Nemmouche n'a pas apporté de réponse. « Mes avocats vous l'expliqueront ultérieurement », a seulement déclaré l'accusé.

Sur les images vidéo de l'établissement, le couple israélien ne semble pas remarquer le bureau d'accueil et se dirige vers le bâtiment destiné aux expositions temporaires, avant d'être rejoint par l'employé Alexandre Strens. Les époux Riva n'achètent pas de ticket et se dirigent vers la sortie, où ils s'arrêtent encore quelques instants auprès des promontoires de dépliants, où ils ont été abattus.

Le couple de touristes israélien ne connaissait pas la disposition des lieux, selon la juge d'instruction Claire Bruyneel. A l'inverse, « le tireur, lui, connaissait visiblement les lieux, qui ne sont pas simples. Cela veut dire qu'il y avait été précédemment et il n'y a donc pas de doute sur le fait que son acte était prémédité », a conclu Me Lurquin, qui représente une artiste chilienne de 81 ans présente sur les lieux au moment de la tuerie. « Les théories du complot laissent à présent place à la réalité », a-t-il encore estimé.

La présidente de la cour Laurence Massart a par ailleurs annoncé que les images des 6 heures 50 d'audition de Mehdi Nemmouche en France seraient diffusées le 1er février.


 
 

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