Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Me Masset "Les avocats de l'accusé ont jeté l'opprobre sur le système judiciaire belge"

Mercredi 20 Février 2019 par G.K. et Belga

Les avocats du Musée juif de Belgique, Me Nardone et Me Masset, ainsi que Me Hirsch pour le CCOJB se sont employés à démontrer cet après-midi le caractère à la fois antisémite et terroriste de l’attentat du 24 mai, soulignant fois les liens entre Mehdi Nemmouche et la Syrie, l’Etat islamique et les auteurs des attentats de Paris et Bruxelles.

Me Masset, avocat du Musée juif de Belgique

« Le choix d'attaquer le Musée juif est finalement plutôt "évident" », a estimé dans sa plaidoirie Me Nardone, conseil du Musée. L'institution culturelle n'a pas été « prise pour cible au hasard ». L'acte antisémite est indéniable, mais « ce serait une erreur de penser que l'attentat n'attaque que la communauté juive », a-t-il prévenu. La tuerie a permis de s'attaquer à un « lieu culturel, d'éducation, de tolérance et de rapprochement entre les peuples. S'en prendre au Musée juif, c'est s'en prendre à chacun d'entre nous, à notre mode de vie ».

La culture a toujours été attaquée par les systèmes totalitaires car elle permet de s'émanciper, car elle représente « la meilleure arme contre leur idéologie de haine et de violence », a-t-il encore asséné.

« Il fallait frapper l'Occident, il fallait mettre Bruxelles à feu et à sang », a encore martelé Me Nardone. Pour ce faire, des terroristes belges ou français sont choisis pour « se fondre dans la masse ». Au premier rang de ces unités chargées d'opérations extérieures figurent les Belges Oussama Atar, Abdelhamid Abaaoud et Najim Laachraoui, a-t-il rappelé. « Le loup passe pour un agneau afin de passer sous les radars. Lorsque M. Nemmouche part de Syrie, il a une mission claire : attaquer le Musée juif de Belgique », assure l'avocat. « Quatre mois après l'attentat, la Belgique rejoint les Etats-Unis dans une coalition internationale et combat en Irak. Mission accomplie ».

Me Masset sera le plus virulent à l'égard de l'attitude de l'accusé et de ses avocats. Pour lui, la stratégie de défense adoptée était tout bonnement « déloyale ». « La loyauté interdit d'avancer masqué, parce que c'est essayer de mystifier le jury », a-t-il estimé. Avant de poursuivre : « Les avocats de l'accusé ont jeté l'anathème et l'opprobre sur le système judiciaire belge ». C'est une « défense séditieuse et subversive », a-t-il déclaré.

La première des questions auxquelles les jurés auront à répondre sera de savoir s'il s'agit d'assassinats et ensuite de savoir si ces assassinats sont terroristes, soit s'ils « ont porté gravement atteinte à un pays », a rappelé Me Masset.

« Quatre victimes choisies au hasard ont été tuées de sang froid dans un musée. Une vidéo de revendication a été tournée avec un message prémonitoire : 'Bruxelles à feu et à sang'. Oui, on a bien cherché à intimider la population en détournant les gens des musées, en leur faisant craindre de mettre un pied dehors et en créant la panique au sein de la communauté juive », a affirmé l'avocat, rappelant que l'assassinat à caractère terroriste est l'acte le plus sévèrement puni par le Code pénal. Il a terminé en qualifiant le procès d'historique, « le premier avec une prévention d'assassinats terroristes jugé en Belgique ».

Nemmouche et Bakkali, « les frères qui ont travaillé »

Me Michèle Hirsch, conseil du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), a ensuite axé sa plaidoirie sur les liens de Mehdi Nemmouche avec le terrorisme. Après avoir soutenu qu'Abdelhamid Abaaoud avait donné sa mission à Mehdi Nemmouche, elle a affirmé que ce dernier faisait « indubitablement partie de la même bande de tueurs » que tous les autres auteurs des attentats de Paris et Bruxelles.

Me Hirsch a évoqué cette conversation entre Mehdi Nemmouche et un autre détenu, surprise par une personne restée anonyme, lorsqu'il était incarcéré à la prison de Bois-d'Arcy en France dans l'attente d'être transféré en Belgique. L'accusé aurait affirmé être « très heureux qu'il y ait quatre Juifs en moins sur terre », précisant qu'ils « sont repartis dans un cercueil en Israël ». « Comment sait-il cela (s’il n’est pas l’auteur de l’attentat) ? », s’est-elle interrogée.

Me Hirsch a encore relevé les fichiers audio enregistrés par Najim Laachraoui, retrouvés sur un ordinateur dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Bruxelles. Najim Laachraoui y évoque l'idée de kidnapper des personnalités pour « obtenir la libération des frères qui ont travaillé », citant Mehdi Nemmouche et Mohamed Bakkali.

Et de rappeler que des enquêteurs ont entendu, à la prison de Bruges, le 22 mars 2016, Mehdi Nemmouche commenter à l’attention de son voisin de cellule Salah Abdeslam ce qu'il était en train de voir à la télévision concernant les attentats de Bruxelles, et citant les surnoms des kamikazes et des suspects que personne ne connaissait encore ! Un élément qui achève de prouver cette thèse d'appartenance de Mehdi Nemmouche à une filière terroriste, selon la pénaliste.

Me Hirsch est persuadée que c’est Abdelhamid Abaaoud qui, le 16 janvier 2014, a appelé Mehdi Nemmouche de Belgique, alors que ce dernier est en Syrie, pour lui confier la mission de commettre un attentat au Musée juif. Dans les jours qui suivent, le site du musée a été visité à plusieurs reprises depuis la Syrie, affirme l'avocate. « Qui d'autre que M. Nemmouche pouvait consulter le site depuis la Syrie, depuis la guerre, en janvier 2014 ? », s'est-elle interrogée.

Les plaidoiries des parties civiles se terminent jeudi avec celle de l'avocat d'Unia, Me Christophe Marchand, avant celles du procureur général qui se dérouleront sur deux jours lundi et mardi.


 
 

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