Attentat du Musée juif de Belgique

Me Hirsch aux jurés "Vous êtes la réponse de nos démocraties au terrorisme"

Mardi 5 mars 2019 par Géraldine Kamps

Après les répliques de l’ensemble des parties civiles, des procureurs et de la défense, le dernier mot était aux accusés. Un moment très attendu ce mardi qui aura sans doute fait quelques déçus. Le moment est à présent venu pour les délibérations. Le verdict est attendu à la fin de la semaine.

« J'ai été piégé et Me Courtoy vous a expliqué les raisons pour lesquelles je me suis tu depuis le début », a expliqué ce matin Mehdi Nemmouche aux jurés. « Ne percevez pas cela comme une attitude irrespectueuse, je n'ai pas voulu être licencieux. Si c'était à changer, je changerais tout. Je vous remercie pour votre attention pendant deux mois ». Ce sera donc le mot de la fin ou presque d’un procès long de plus de huit semaines à la Cour d’assises de Bruxelles. L’accusé principal de la tuerie du Musée juif de Belgique avait promis de parler « le moment venu » en demandant à ceux qui le pressaient d’« être patients ». Il aura donc fallu attendre deux mois pour obtenir cette déclaration, qui ne dit finalement rien à part entretenir la confusion. « Il parlait de sa vie, mais a oublié de le dire », commentera un quidam à la sortie du tribunal. « On peut considérer cela comme un aveu », estimera un autre.

La veille, dernière journée d’audience, avait été consacrée aux répliques des parties civiles, des procureurs et de la défense. L’occasion de revenir rapidement, mais bien à propos sur les 23 preuves accablantes permettant de déclarer Mehdi Nemmouche comme « le seul auteur de la tuerie », sur ce que la défense voit comme des « coïncidences », mais qui ne sont que « le fruit de son imagination » : l’alarme du musée désactivée à distance alors qu’il n’y a pas de WIFI, les guetteurs qui partent avant l’arrivée de Nemmouche, les chaussures Calvin Klein de pointure 43, trop petites, et qu’il garde pourtant au pied pendant 8 heures de car, le sac de couchage soudain avancé comme un élément clé alors qu’il n’apparaît nulle part dans l’acte de défense, et pas un mot sur les éléments confondants, pour ne citer que cette fameuse trace de semelle Calvin Klein de pointure 43 retrouvée sur la porte du bureau d’accueil du Musée.

L’occasion de dénoncer de façon unanime les méthodes de la défense. « Les avocats ont manqué à cette dignité à laquelle notre profession nous contraint », pointera Me Dalne (Alexandre Strens), citant Arthur Schopenhauer : « Déplacer le débat et être désobligeant parce qu’on a perdu la partie ». « J’ai raconté le scénario de Maître Courtoy qui n’est malheureusement pas scénariste à mon neveu de 11 ans, et il a trouvé ça tout à fait incohérent. C’est pourri, ça ne tiendrait pas plus d’une saison ! Coller un scénario à un dossier existant, c’est vrai que c’est impossible », lancera Me Libert (couple Riva). « De la poudre aux yeux », « une version travestie de faits », renchérira Me Koning (Dominique Sabrier), qui s’attardera plus longuement sur le cas de Nacer Bendrer « le logisticien », comme le démontre le faisceau d’éléments qui concourent à sa culpabilité. « Sans la logistique, pas de terrorisme ! », conclura-t-il.

« Un loup parmi les loups »

« On voulait construire une maison, Me Koning vous a dressé un gratte-ciel ! », remarquera Me Lurquin (Mme Billeke Villa Lobos), qui rappellera « la reconnaissance formelle » de Mehdi Nemmouche dans le box des accusés, « la preuve scientifique incontestable » de la trace de semelle, « dont la défense n’a rien dit en 8h de plaidoirie ! », ou encore le sourire de Nemmouche, « le rire, le propre de l’homme, et la seule fois peut-être où Nemmouche s’est humanisée pendant ce procès », relèvera-t-il, à l’évocation de « Mon p'tit Didier » par les journalistes français ex-otages en Syrie.

Me Masset (Musée juif) y ajoutera encore « les limites de la toge » : « La grossièreté, la vulgarité sont l’arme des faibles et n’ont jamais convaincu personne », assènera celui qui y voit « le tort considérable » fait à la profession. Enfin, Me Hirsch (CCOJB) assoira les connexions de Mehdi Nemmouche avec les auteurs des attentats de Bruxelles et de Paris. « Ce n’est pas le loup solitaire que l’on disait, mais un loup parmi les loups qui fait partie d’une meute ». Avant de qualifier la thèse de la défense d’« idéologie vivante ». « Le complotisme, la haine des Juifs, la haine de tous, la haine de nos valeurs, de la justice, du système… les voix de Mehdi Nemmouche et de son avocat se confondent », observera-t-elle. S’adressant aux jurés : « La motivation de votre décision va traverses les frontières. Vous êtes la réponse de nos démocraties au terrorisme ».

Les avocats d’Unia (ex-Centre pour l’égalité des chances) dénonceront encore la haine des Juifs comme « élément moteur », avant que les procureurs fédéraux ne parlent de l’« escroquerie intellectuelle » assumée par la défense. « On nous avait annoncé une farandole de preuves ? On n’a pas dansé ! », relèvera l’avocat général. « Quant à la montagne, elle a accouché d’une souris, une souris difforme, non viable, qui ne survit pas au filtre des preuves. Notre thèse s’en trouve renforcée ».

Les débats sont clos

Les avocats de Mehdi Nemmouche et de Nacer Bendrer seront les derniers à prendre la parole. Me Courtoy répétera le piège qui s’est refermé sur son client, osant « Si j’ai été très mauvais sur la forme, à cause de la fatigue, le fond a tutoyé les étoiles ! ». Quant à Me Blot et Vanderbeck, ils insisteront sur l'absence de preuve matérielle que leur client a fourni les armes du crime, estimant que les procureurs ont échoué dans leur rôle de rapporter la preuve de sa culpabilité comme complice d'un quadruple assassinat terroriste.

Comme ils seront plusieurs à le souligner, personne ne sortira indemne de ce procès qui s’est achevé en fin de matinée ce mardi. Nacer Bendrer a profité de son dernier mot pour répéter son innocence, déclarant qu’il avait peur de se retrouver face aux jurés et ne comprenait toujours pas ce qu’il faisait là, tout en confiant qu’il n’est pas pour autant « blanc comme neige ». Après quoi, la présidente Laurence Massart a prononcé la clôture des débats.

Les 12 jurés effectifs se sont retirés pour les délibérations qui se feront sous l’encadrement de la Cour (la présidente et ses deux assesseurs), ainsi que d’un greffier. Ils resteront isolés le temps de répondre aux 56 questions qui leur ont été soumises quant à la culpabilité des deux accusés. Les jurés suppléants ont été isolés eux aussi, ils ne participent pas aux délibérations, mais restent à disposition. Le verdict devrait être connu à la fin de semaine.


 
 

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