Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Me Courtoy : "Ce n'est pas facile d'être dans le box des accusés"

Samedi 26 janvier 2019 par Géraldine Kamps

Il était question d’ADN ce vendredi avec les experts, devant la Cour d’assises de Bruxelles. Un élément majeur puisque pour la défense de Mehdi Nemmouche, l’absence de traces ADN sur la porte qu’il a pourtant touchée à plusieurs reprises confirme l’innocence de son client. Mais les choses ne sont pas si simples.

Mes Laquay et Courtoy, avocats de Mehdi Nemmouche

« Quand on touche un objet, il arrive qu’on y laisse une trace ADN, mais pas toujours », peut-on résumer des explications apportées par les experts venus rappeler ce vendredi devant la Cour d’assises la différence entre empreintes digitales et traces d’ADN.

Ainsi le sang, le sperme et le crachat permettent à coup sûr d’établir le profil ADN d’une personne, même si des substances sont susceptibles d’interférer l’identification, comme le colorant des jeans par exemple. Une fois le profil de la trace d’ADN établi, il est comparé avec l’identité ADN de l’accusé pour en voir la correspondance. Quatre résultats peuvent ressortir de cette comparaison : une correspondance parfaite et l’identification claire du profil de la personne - l’identification d’un profil partiel si la trace d’ADN est insuffisante ou dégradée - l’obtention d’un ADN mixte, de plusieurs personnes, pas toujours exploitable – l’absence claire de correspondances.

Comme pour les traces papillaires, la présence de plus de deux traces d’ADN rend les données inexploitables. L’absence d’ADN ne peut donc ni inclure ni exclure la présence des personnes qui ont touché l’objet. « Monsieur Riva avait poussé la porte du bureau d’accueil et son ADN ne s’y retrouve pas », confirmera la juge d’instruction Berta Bernardo Mendez.

En dehors des empreintes digitales trouvées sur la kalachnikov et le revolver qui ont servi à l’attentat, un profil mixte comprenant celui de Mehdi Nemmouche sera également trouvé à l’intérieur de l’arme. « Une présence qui ne peut s’expliquer que par le fait que celle-ci a été démontée », souligne l’enquêteur.

L’analyse des armes en possession de son co-accusé Nacer Bendrer révélera, quant à elle, de nouveaux éléments quant à la présence de son ADN sur un fusil d’assaut qui se trouvait chez lui. Un élément que le principal intéressé interrogé par la présidente aura du mal à expliquer.

Son avocat, Me Vanderbeck, estimant qu'il s'agit d'un élément neuf qui ne se trouvait pas dans le dossier, jugera la méthode « inacceptable », considérant que la procédure « viole le droit de la défense » et demandant, par conséquent, que cette pièce soit écartée du dossier.

Me Courtoy qui confiera comprendre le point de vue de son collègue, comme lui « responsable de la vie d’un homme », n’aura pas la même exigence : « Cela ferait croire que cet élément est gênant, alors que rien ne nous gêne dans ce dossier », affirme-t-il. Avant de demander à la présidente de bien vouloir excuser son client pour le ton pas toujours adéquat qu’il aurait pu utiliser à son égard : « Monsieur Nemmouche vous a promis des explications, et elles viendront. Il ne le dit pas toujours comme il le voudrait, mais il n’a pas fait les grandes pensions en Suisse… », relève-t-il. « Nous souhaitons d’abord présenter nos arguments contradictoires, sans lesquels sa parole ne sera pas crédible. Vous savez, ce n’est pas facile d’être dans le box des accusés. Notre client est très tendu… ». Quelques réactions du public laissent comprendre son effarement.

Après le renvoi des juges d’instruction justifié par le dépôt de conclusions de la défense de Bendrer et une suspension d’audience, la Cour remettra son arrêt, décidant de ne pas écarter la nouvelle pièce du dossier. Les juges d’instruction belge et française reviendront lundi pour détailler la suite de leur enquête.


 
 

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