Nouvelle génération

Maxime Zaït, l'humain avant l'argent

Mercredi 1 Février 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°855

Combiner vie en communauté, occupation de bâtiments vides, et création de projet sociétal, c’est le pari un peu fou de la « communa » qui attire aujourd’hui à Bruxelles de nombreux propriétaires et locataires. Le fruit de la persévérance de Maxime Zaït.

 

Maxime Zaït, 24 ans, n’a pas ce qu’on pourrait appeler un parcours conventionnel. Né d’une mère belge à la pratique du judaïsme assez traditionnelle et d’un père israélien très anticlérical, il fréquentera bébé comme sa sœur, la crèche du CCLJ, avant de suivre l’enseignement public. « A 14 ans, j’ai souhaité faire ma bar-mitzva au CCLJ », se souvient-il, « contre l’avis de mon père… ». C’est ce dernier néanmoins qui lui apportera sa conscience juive de l’histoire, « en me parlant beaucoup d’Israël, tout en s’interrogeant sur le choix d’être juif ».

En fin de scolarité, alors qu’il a été poussé depuis l’âge de 3 ans dans le tennis et qu’il peut poursuivre dans cette voie aux Etats-Unis, Maxime Zaït s’inscrit à la Schnat, un programme de l’Agence juive grâce auquel il a la possibilité de passer cinq mois au kibboutz Ramat haShofet. Depuis toujours intéressé par les questions de société et cette volonté de « challenger la norme », il y voit l’occasion de se reconnecter avec ses racines. « Je voulais en savoir plus sur la vie alternative en communauté et sur la question palestinienne et les relations israélo-arabes », ajoute-t-il. L’expérience lui permettra de tisser des liens avec des jeunes de villages arabes, d’aller voir ce qui se passe en Palestine, avec en conséquence l’envie de militer plus encore contre la colonisation violente « en tant que Juif de diaspora à moitié israélienen veillant à la nuance pour ne pas devenir un de ces idiots utiles utilisés chez nous ». Trois mois supplémentaires dans un kibboutz urbain de Haïfa le convaincront enfin des avantages de la vie en communauté.

De retour en Belgique, Max Zaït s’inscrit à la Faculté de droit à l’ULB, en s’investissant pendant un an à l’UEJB. Mais ses questionnements quant au sens de la vie ne l’ont pas quitté pour autant. « L’image de ces anniversaires où les enfants s’éclatent pendant que les adultes boivent leur café m’a toujours hanté et ne m’a pas donné envie d’être un adulte », confie-t-il. « Mon voyage en Israël m’a fait réaliser les innombrables possibilités. Pour moi, il n’y a pas de limites ».

Un projet win-win

Avec son ami Dimitri Berliner, Max Zaït décide de lancer une « communa ». Le principe : une communauté avec vie ouverte sur le quartier, « où l’on partage notre argent, nos chaussettes, et les poules dans le jardin ! », résume-t-il. « Bruxelles compte entre 15 et 30.000 bâtiments vides alors que certains rencontrent des problèmes pour se loger. L’idée est donc de proposer un deal aux propriétaires : nous nous occupons de la gestion du bâtiment pendant sa vacance grâce à un simple contrat d’occupation temporaire, et nous créons dans le même temps un projet sociétal qui bénéficie à tous. Cela permet en outre au propriétaire de sécuriser son bâtiment et d’éviter la taxe de non-occupation. ». Un projet win-win qui mettra tout de même un an et demi à se concrétiser. Mais le jeu en vaut la chandelle. Le premier bien qui leur sera proposé est un immeuble près de l’ULB de quelque 9.000 m2 en attente de permis pour kots étudiants ! Avec une douzaine d’habitants sur un étage, des ateliers d’artistes et de théâtre, des concerts et des tables d’hôtes à prix libre, sans parler d’un festival de musique de trois jours, la première « communa » voit le jour en 2013. Elle durera le temps des huit mois fixés par le propriétaire. C’est ensuite le Ken de l’Hanoar Hatzioni, une villa 4 façades à Uccle, qui sera mis à disposition par un particulier pour un nouveau projet citoyen de deux ans. « On est parti parce que la maison devait accueillir la nouvelle crèche de Maimonide… mais elle est toujours vide », déplore Max Zaït.

Avec des projets à Saint-Josse, Schaerbeek, Uccle, Molenbeek, Bruxelles, des négociations en cours à Ixelles, Forest et bientôt une ferme à Hastière (Namur), la Communa asbl est parvenue à gagner la confiance des propriétaires privés comme publics qui font désormais appel à elle pour occuper leurs biens. Ouverte à toute confession, aux travailleurs, artistes, chômeurs, étudiants, réfugiés, familles, à toute personne apte à vivre en communauté et prête à donner du temps dans un projet, son succès se compte aussi sur sa page Facebook « avec plus de 4.000 abonnés », se réjouit Maxime Zaït, qui vient d’emménager dans la communa de la rue de Flandre, inaugurée le 1er février.

Après avoir décroché en juin son diplôme de droit avec une grande distinction, celui qui s’occupe aujourd’hui des aspects juridiques de l’asbl en phase de professionnalisation espère à terme en faire son travail à temps plein. « Le projet citoyen de communa* est à la fois apolitique et très politique par ses valeurs d’inclusion sociale, de mixité, d’économie solidaire et participative », insiste-t-il. Des valeurs qui se retrouvent dans la charte commune à l’ensemble des projets de l’asbl, dont la structure horizontale requiert pour chacune de ses décisions le consensus de 50 personnes… « Cela changera probablement sur le long terme », admet Maxime Zaït. « Nous faisons en quelque sorte le chemin du kibboutz. La transition vers un monde meilleur ».

* Sans sponsor ni couleur politique, la Communa asbl a bénéficié d’une seule aide de 3.000 € de la Fondation Roi Baudouin.

Vous êtes propriétaire et disposez d’un bien inoccupé, ouvrez-le à un projet solidaire ! Infos  0472/63.85.01 - www.communa.be

 
 

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