50 ans de Regards

Martin Benzen, 100 ans, lecteur de Regards

Mardi 7 avril 2015 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°817

Dans le cadre du 50e anniversaire de Regards, nous sommes allés à la rencontre de notre lecteur le plus fidèle, Martin Benzen. Un siècle d’existence et un siècle d’histoires, dont nous aurions probablement pu écrire un livre.

Il a du culot Martin Benzen, et il a raison. C’est lui qui a contacté la Rédaction pour nous rappeler qu’il était là, et qu’il pouvait être intéressant qu’on parle de lui. « Parlez juste un peu plus fort si vous voulez bien, j’ai tout de même 100 ans », m’a-t-il dit. Le rendez-vous a été vite pris. C’est un homme à la tête bien pleine et à la mémoire impressionnante que j’ai donc retrouvé quelques jours plus tard dans son « studio » de la Seniorie de Braine-le-Château.

Martin Benzen est né le 26 décembre 1914. Il vient de fêter ses 100 ans. En témoignent les félicitations personnelles de Philippe et Mathilde, dont la photo trône en bonne place sur le buffet. Martin Benzen est issu d’une famille juive allemande pratiquante, « inscrite au rabbinat d’Anvers », précise-t-il, où la famille, fuyant l'Allemagne, est arrivée le 4 août 1924. Le père de Martin sera négociant en diamants à la Bourse d’Anvers. « Nous étions de riches émigrants », souligne avec lucidité celui qui se souvient être arrivé en wagons-lits « en buvant du champagne ! ». Mais le diamant connaitra la crise et son père s’associera avec une amie dans la gestion d’un hôtel à Spa, hôtel qu’il reprendra seul ensuite jusqu’en 1939.

Alors que la famille a déménagé à Bruxelles, rue du Midi, Martin quitte l’Athénée après la 5e secondaire. Il tente une formation de sertisseur chez un orfèvre, mais réalise qu'il n'est pas un manuel. Après avoir quelque peu vivoté, il entre en 1932 comme garçon de courses chez Carl Zeiss, opticien réputé qui le nommera ensuite chef du département lunetterie et responsable des ventes pour la Belgique, le Luxembourg et le Congo belge. « Mon directeur était un antinazi allemand, mais j’ai malheureusement été dénoncé par un employé de l’usine qui lui a écrit à trois reprises pour demander mon renvoi. Il n’a pas réagi », raconte Martin Benzen. « Ce n’est que lorsque lui-même a été menacé d’être rétrogradé qu’il m’en a parlé ». Martin organise la mobilisation en contactant l’un des plus grands ophtalmologues de Belgique à l’Hôpital Saint-Pierre. « Ils se sont mis à plusieurs pour menacer l’usine Zeiss de ne plus se fournir chez elle si elle prenait la décision de renvoyer l’un de ses meilleurs éléments ! » Mais le 10 mai 1940, en dépit des efforts et des risques pris, le directeur annonce à son personnel qu’il va être arrêté. Il est envoyé à Gurs, et sera rétrogradé après la guerre. Martin Benzen s’engage lui comme volontaire de guerre… dans l’armée polonaise, aux côtés des forces françaises.

Retrouvé en pleine guerre sans papiers, il rejoint l'Association des Juifs en Belgique (AJB) qui l’engage comme employé de bureau. Il échappera de peu aux rafles qui débutent à Anderlecht. « J’étais absent cette nuit-là de mon appartement de la rue de la Clinique, en face de la Synagogue », raconte Martin Benzen. « Ils ont tout saccagé en menaçant mon propriétaire, avocat, de ne plus pouvoir exercer. L’AJB a alors accepté que je loge au-dessus de ses bureaux, boulevard du Midi ».

Se marier et résister

Un autre événement va changer la vie de Martin : Paule Bourguignon, qu’il a rencontrée chez Zeiss alors qu’elle était aide-comptable, lui propose de l’épouser. « Son père lui avait expliqué que les couples mixtes n’étaient pas déportés », se rappelle-t-il. « Elle m’a donc demandé en mariage comme un acte humanitaire ! » Paule Bourguignon est résistante : elle travaille chez l'expert-comptable Hartenberg et fausse les bilans financiers des commerçants juifs, un acte hautement punissable à l'époque. Elle s’occupe également de fournir aux Juifs cachés les timbres de ravitaillement… En 1943, Martin Benzen est appelé à diriger un home d’enfants. Avec elle, il parviendra à assurer dans l’urgence le déménagement de 52 enfants, échappant de justesse à la Gestapo. Le mariage de résistance deviendra vite un mariage d’amour. Martin et Paule resteront unis 56 ans, jusqu’au décès de Paule.

En juillet 45, Martin devient le directeur du home de Lasne, il prendra ensuite la direction des 14 homes de l’AIVG. Il sera également pendant 17 ans administrateur-délégué à titre bénévole du Centre des Jeunes, ancien Cercle Ben Gourion. C’est dans ce cadre qu’il rencontre David Susskind. « Il m’a demandé des salles à prêter pour accueillir les Russes et plus tard les Ethiopiens qui souhaitaient partir en Israël », se souvient-il. « J’ai personnellement commencé à lire Regards dès son lancement en 1965, je voulais savoir ce que faisait la concurrence. David Susskind était un grand homme et je lui reconnais son action, mais nous n’avions pas les mêmes idées. Il était sioniste, moi pas... ».

Sans pour autant partager toutes nos opinions, Martin Benzen est probablement le plus anciens de nos abonnés. Nous souhaitions ici le remercier de sa fidélité.


 
 

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