Elections communales 2018

Mahinur Özdemir au PS ? Drôle de camarade !

Mercredi 18 avril 2018 par Willy Wolsztajn

L’approche des scrutins rend toujours les partis nerveux. La marmite se met à bouillir et, parfois, obscurcit la raison. Réservoir à voix en déshérence partisane, la parlementaire bruxelloise Mahinur Özdemir et le Parti socialiste (PS) ébaucheraient une parade amoureuse à Schaerbeek en vue des communales. Evitons aux socialistes de commettre une déplorable bévue.

 

C’est Denis Grimberghs, chef de file Centre démocrate humaniste (CDH) à Schaerbeek et figure de la gauche démocrate chrétienne bruxelloise, qui avait mis le pied à l’étrier à la dame aux communales de 2006. Dès cette époque, elle assiste à une conférence négationniste du génocide des Arméniens tenue dans les locaux de la Diyanet (fédération religieuse islamique turque) à Saint-Josse. Notons la présence de mandataires PS, MR et CD&V, venus partager avec le CDH le poids du péché.

En 2006 et 2007, Mahinur Özdemir accorde deux interviews au journal Bel Türk. Elle y évoque le « prétendu génocide » et le « soi-disant génocide » des Arméniens. Elle réfutera ultérieurement « toute allégation de négationnisme. » En 2009, interviewée par une émission politique sur la chaine régionale turque Kanal 3, reçue à Bruxelles via satellite, elle qualifie la Turquie de « mère patrie. » Bizarre pour une membre d’un corps législatif belge. Où va sa loyauté ?

Car, aux régionales de 2009, le CDH l’a propulsée au Parlement bruxellois. Première parlementaire voilée de Belgique, les applaudissements et la médiatisation qui accompagnent sa prestation de serment claquent comme une insulte aux élues de même confession qu’elle mais qui s’abstiennent d’en tirer gloriole et avantage politique. Il existe en effet un vote « femme musulmane voilée. » L’assiette électorale d’Özdemir dépasse le vivier belgo turc de ses origines. Son dress code islamique avait déjà fait le buzz au scrutin communal à Schaerbeek. Preuve que le hidjab sert d’étendard. Au World Hidjab Day 2014 à Bruxelles Özdemir participe à un débat sur le thème « foulard et multiculturalité. » Une activiste on vous dit.

Erdogan mobilise les troupes pour la soldate Özdemir

En 2010, Mahinur Özdemir convole en justes noces avec l’attaché parlementaire d’une députée turque AKP. Les festivités, fastueuses, se déroulent à Istanbul en présence de l’actuel dictateur néo ottoman Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, et de sa famille. Participaient à ce modeste raout un nombre imposant de mandataires, ministres, députés, élus locaux de l’AKP, parti islamo conservateur d’Erdogan et du MHP, parti d’extrême droite. Rien que du beau linge démocratique.

Les voies du Seigneur étant impénétrables, après 9 ans d’appartenance au CDH, ce parti découvre en 2015 que Mahinur Özdemir peine à reconnaître le génocide des Arméniens. Il l’expulse sur ce motif. Aussitôt les amis se mobilisent. L’UETD (Union of European Turkish Democrats), réseau européen d’influence politique à la solde du parti d’Erdogan, organise à Bruxelles un bruyant rallye motorisé. Dans un style match de foot, drapeaux turcs et AKP au vent, des voitures klaxonnent en longue file entre le siège d’un CDH désormais honni et l’ambassade de Turquie. L’AKP exprime son soutien à Özdemir. Il fustige le CDH pour ne pas respecter « la liberté de conscience et d’expression des siens. » Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu y va d’un hommage appuyé à l’exclue. Il en profite pour stigmatiser notre pays. A Istanbul, la fille Erdogan manifeste devant le consulat de Belgique avant de mettre la pression sur le consul qui l’avait reçue en ses bureaux.

Quelques audacieux mandataires belges, Farida Tahar et Jamal Ikazban au PS, Rajae Maouane et Sarah Turine à Ecolo, font chorus et montent au créneau pour sauver la soldate Özdemir accablée par le destin. Curieusement, tous sont molenbeekois.

Cet édifiant épisode révèle les mœurs politiques en vigueur à Ankara sous le sultanat Erdogan, leur absence de vergogne, leur mépris des convenances diplomatiques, leurs grossières ingérences dans les affaires intérieures d’un Etat souverain et démocratique, par surcroît allié au sein de l’OTAN. Et la mentalité de clan qui y règne quand l’une de ses membres se voit mise en cause.

Le régime Erdogan prend en otage les Belges d’origine ou d’ascendance turque. Via les mosquées de la Diyanet qui les espionnent. Via des officines de propagande comme l’UETD. Par la présence physique du chef, quand il tient meeting à Hasselt devant une foule en délire. Stratégie payante. En 2015 la population belgo turque, qui possède la double nationalité, a voté à 69% pour le parti AKP. En 2017, le référendum visant à légaliser la dictature a recueilli plus de 70% des suffrages. Bien davantage qu’en Turquie même. Cette mainmise sur l’opinion étouffe les élus des partis démocratiques belges issus de la population belgo turque. Avec Mahinur Özdemir, nous atteignons la vitesse supérieure. Etroitement liée aux élites du régime AKP / Erdogan, c’est quasiment un de ses agents officiels qui siège au Parlement bruxellois.

Le PS se verrait contraint de servir la dictature néo ottomane

Pour rappel, sous prétexte d’antiterrorisme, le régime Erdogan embastille les opposants, démocrates, fonctionnaires, intellectuels avec une prédilection pour les journalistes. Il met à prix la tête de ceux qu’il traque à l’étranger, comme le Belge Bahar Kimyongür pourtant acquitté par les Justices néerlandaise, belge, espagnole et italienne. Il opprime les alévis et les Kurdes. Il nie le génocide des Arméniens. Complaisant envers Daech / l’Etat islamique, il déstabilise la région en envahissant la Syrie. Pour Erdogan, la femme n’est pas l’égale de l’homme. Liquidateur de la laïcité de Kemal Atatürk, sous son autorité la Diyanet proclame que « la lutte armée pour la foi est le niveau le plus élevé du djihad. »

Voici cinquante ans, les régimes policiers de Franco, Salazar et des colonels grecs défiguraient l’Europe. Aujourd’hui, c’est celui d’Erdogan. Car, n’en déplaise à certains, la Turquie, c’est aussi l’Europe. Jadis, jamais aucun parti de gauche n’aurait imaginé inscrire sur ses listes électorales une candidature franquiste. Aujourd’hui, le PS ne trouve pas incongru de recruter une erdoganiste. « On discute informellement » avec l’intéressée, paraît-il. Pour Paul Magnette, elle devrait en tout cas reconnaître le génocide des Arméniens. Encore un grand naïf qui croit aux chiffons de papier.

Mahinur Özdemir au Parti socialiste à Schaerbeek discréditerait le parti tout entier. Cette affaire locale engage la responsabilité du président Di Rupo. Mahinur Özdemir n’a rien d’une camarade. Surtout, le comportement de la dictature néo ottomane face au CDH montre qu’elle ne reculera devant rien pour contraindre le PS à servir ses intérêts.

(La dame a annoncé qu’elle pourrait peut-être jeter l’éponge. Voilà qui nous soulagerait. Qu’elle dégage de la scène politique. Au plus tôt, au mieux).

 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Laetitia - 18/04/2018 - 14:14

    Voilà le CCLJ par la voix de Wolsztajn le nouvel avocat du PS
    On aura tout vu
    Prendre le boulot du mari de la baronne hystérique de Lasne C est de la traitrise

  • Par Ludivine - 19/04/2018 - 10:41

    Trop tard...bientôt nous serons dans "La Soumission'-" (Houellebecq)

  • Par Maurice Einhorn - 19/04/2018 - 20:38

    Cette ignominie se passe en réalité de tout commentaire....
    Pauvre parti socialiste! Il faut dire qu'il avait déjà couvé en son sein le pitoyable Philippe Moreaux, père spirituel du Molenbeekistan.