Vu de France

Macron - Le Pen : décryptage d'un duel inédit

Mardi 2 mai 2017 par Laurent David Samama

Au fond, il y a deux façons d’analyser le duel du second tour de l’élection présidentielle française.

La première, si l’on se fie aux résultats, commande de saluer l’incroyable percée d’Emmanuel Macron. En une année seulement, le candidat d’En Marche ! a créé les conditions pour s’imposer dans le paysage politique français, pris de vitesse un Parti Socialiste à bout de souffle et une droite républicaine minée par les affaires. Avec un Macron omniprésent sur le chemin de la campagne, la route était barrée pour un Hollande frileux et un Bayrou pas assez réactif. L’héritier politique avait faim. Il a su porter une espérance, un véritable désir d’avenir. Plus de 8,5 millions d’électeurs, 23,9%, ont offert au natif d’Amiens leur voix. Parmi eux, beaucoup de jeunes évidemment.

Les vieux partis ont failli. Au lendemain de ce premier tour, ils sont morts (mais attention, charme de la politique française, ils peuvent toujours ressusciter !). Les progressistes, les modernes, les fervents supporters de la construction européenne ont de quoi se réjouir. Leur candidat, ayant mené une campagne similaire à celles du Canadien Trudeau, de l’Italien Renzi ou de l’Américain Obama, est en position de l’emporter. En face, et pour la seconde fois dans l’histoire de la Cinquième République, c’est au Front National qu’ils auront à faire…

Les optimistes prévoient déjà une victoire facile. Sauf cataclysme et reports de voix illogiques, on voit en effet mal comment Marine Le Pen pourrait ravir l’Elysée. Reste à voir comment le réel s’accommodera des coups de boutoir contre l’armure macronienne. Au soir de la défaite, un front républicain à l’ancienne s’est constitué. Fillonistes et hamonistes voteront pour faire barrage au FN. Mais on le sait d’ores et déjà : les mélenchonistes (20% des voix) ne savent plus où ils habitent… Amer, leur lider maximo n’a d’ailleurs donné aucune consigne de vote. C’est dommage. D’autant plus décevant que Jean-Luc Mélenchon s’était illustré, à Hénin-Beaumont, dans une lutte acharnée contre le parti nationaliste. Où iront donc les électeurs de la France Insoumise ? Leur haine du pouvoir et de la banque Rothschild sera-t-elle plus puissante que celle de l’extrême droite ? Si c’est le cas, il s’agira d’un divorce supplémentaire. La fin définitive de la passion des fils de l’immigration pour l’idéologie communiste. Rien n’est donc joué.

Depuis ce 23 avril au soir, la petite musique abstentionniste se fait entendre chez les éléments les plus radicaux des candidats battus. Le rejet du système est fort et Marine Le Pen tellement banalisée qu’elle ne suscite plus un rejet automatique. D’une certaine façon, elle a déjà remporté sa plus grande bataille : celle de la dédiabolisation. Son parti n’a jamais rassemblé plus d’électeurs : 7,6 millions de suffrages exprimés. La menace frontiste est bien réelle et ne cesse d’ailleurs de grandir. On parle désormais d’un duel à 60-40 au second tour. La marge de manœuvre du camp républicain se réduit comme peau de chagrin…


 

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  • Par Daniel Donner - 6/05/2017 - 21:39

    Une fois de plus la voix d'Anne Sainclair est differente et interessante.
    Que dit-elle? Peu importe si Marine gagne ou non (et elle prefere que non), ce qui compte c'est son pourcentage. Si 40% votent pour elle, pres de la moitie de la France aura choisi...y penser voila l'important!