Arrêt de la CJUE

Loi des humains contre loi de Dieu

Vendredi 31 mars 2017 par Willy Wolsztajn

« Une utile clarification » Ainsi un éditorial du quotidien Le Monde qualifie-t-il les récents arrêts rendus par la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE), qui considèrent comme légitime la volonté d’une entreprise de contraindre ses employés à la neutralité vestimentaire sur les lieux du travail.

Femme anabaptiste jetée au bûcher

Ces arrêts faisaient suite aux plaintes de travailleuses licenciées pour avoir refusé d’ôter leur foulard islamique durant leurs prestations professionnelles.

Les arrêts de la CJUE réaffirment de manière bienvenue la norme prévalant dans une société sécularisée, à savoir que la loi des humains y prime sur la loi de Dieu. Contestant ce principe, la revendication des plaignantes visait à ouvrir un droit particulier à leur pratique cultuelle particulière, en l’espèce le port du hidjab. Pour elles la loi de Dieu prime sur celle des humains.

Ce type de revendication religieuse n’est pas propre à l’islam. Voici une dizaine d’années, à Montréal, une communauté hassidique a contraint à occulter ses fenêtres un club de fitness voisin de la synagogue. La vision insoutenable de dames gigotant en petite tenue perturbait les jeunes gens voués à l’étude de la Torah. Etude dont, pour rappel, les filles sont exclues. Le ressort à l’œuvre ici est le même qu’avec le foulard islamique : il s’agit de prémunir le Mâle concupiscent contre l’impudeur d’Eve tentatrice. Et ici aussi, les humains doivent se soumettre à la loi de Dieu même si ils ne la reconnaissent pas. Dix ans plus tard, les tensions entre cette communauté ultra-orthodoxe et la population locale ne sont toujours pas apaisées. Car les fous de Dieu ne renoncent jamais.

Au contraire de l’Europe sécularisée, les sociétés du Moyen-Orient se structurent autour d’identités communautaires et religieuses fortes. Ainsi le Liban et Israël. Dans ces deux pays, la tradition ottomane a traversé la période mandataire (première moitié du 20e siècle) pour se perpétuer dans l’Etat moderne. Certes ni le Liban, ni Israël ne sont des théocraties. C’est le parlement élu au suffrage universel des citoyens qui y constitue la source du droit. Mais, pour diverses matières, la norme religieuse prévaut.

En ce qui concerne le Liban, ses fractures religieuses et communautaires conduisent en permanence ce pays au bord de la guerre civile. Quant à Israël, ses citoyens se voient d’office assignés à un culte. Pour les matières personnelles (mariage, divorce, décès, etc.) ils ressortissent aux tribunaux religieux compétents : rabbiniques pour les Juifs, islamiques pour les musulmans, chrétiens pour les diverses obédiences reconnues. En Israël, le mariage civil n’existe pas. Ces pratiques archaïques posent de multiples problèmes à une société développée, qui se caractérise par l’émancipation individuelle des personnes. Il existe, en Israël, tout un courant d’opinion qui milite pour la sécularisation, contre l’emprise du religieux et avant tout contre l’emprise du rabbinat. Mouvement humaniste dont, au CCLJ, nous nous affirmons pleinement solidaires.

Tout à l’opposé de ce progressisme, l’Arabie saoudite, le Qatar ou encore la secte politico-religieuse des Frères musulmans déversent depuis des décennies les archaïsmes moyen-orientaux sur nos sociétés européennes. Grâce aux pétrodollars, par le financement de mosquées, via l’Internet et les TV satellitaires, à coup de prêches et par des événements comme les Foires musulmanes et autre Muslim Expo, ils répandent leur conception rétrograde et obscurantiste de l’islam. Des revendications religieuses comme celles traitées par la CJUE attestent de leur efficacité propagandiste et de leurs effets délétères sur les fidèles musulmans européens.

Il se fait que, dans une vie antérieure, j’ai suivi une formation d’enseignant. A l’école normale, lors des stages, un des leitmotivs des professeurs était : « Ta tenue ! Soigne ta tenue ! » Pourquoi ? Parce que, dans l’exercice de leur fonction, devant les élèves et leurs parents, les profs incarnent l’institution dans laquelle ils servent. Ils et elles ne sont pas libres de leur apparence. Ce devoir de réserve dépasse le cadre des fonctions d’autorité (juges, policiers, militaires, etc.) ainsi que celui des fonctionnaires ou contractuels de services publics. Il concerne tous les métiers dont les salariés se trouvent en représentation devant la clientèle et les usagers : agents des transports en commun de compagnies privées, vendeurs et vendeuses de magasins, hôtesses d’accueil, réceptionnistes d’hôtel, personnel hospitalier, etc. et, de manière générale, tous les personnels en uniforme.

Il affecte aussi les comportements. Que penser du conducteur de bus scolaire qui retarde un départ à la piscine parce qu’il prie au fond du véhicule, tandis qu’enfants et accompagnateurs patientent dehors ? Ici, celui qui tient le volant détient le pouvoir. Il en abuse pour imposer ses pratiques religieuses au mépris de ses obligations professionnelles.

Intolérance répandue dans l’islam populaire. Soulignons-le : elle sévit tant contre les musulmans que contre les non musulmans. On la retrouve dans les écoles où, dès le plus jeune âge, des pressions sociales s’exercent entre élèves sur l’observance de la prière. Ecoles d’où l’antisémitisme a chassé les derniers élèves juifs. Certains commerçants refusent de servir les femmes sans foulard qui, par ailleurs, se voient harcelées et insultées en rue. En période de ramadan, dans l’espace public, des petits flics de la foi autoproclamés contrôlent au faciès ceux qui n’observent pas le jeûne. Des caissières musulmanes de grandes surfaces se permettent des remarques aux supposés coreligionnaires qui achètent du porc. De pieuses nettoyeuses d’hôpital examinent d’initiative les emballages dans les poubelles pour vérifier la conformité halal des friandises consommées par les malades. Des visiteuses hantent les couloirs pour leur proposer de l’eau de Zamzam, source miraculeuse de La Mecque. Ainsi une société s’islamise-t-elle, par en bas, petit à petit, au long du temps.

La population non musulmane connaît et subit ces pratiques lancinantes, devenues banales à force d’appartenir au paysage. Elles entretiennent un climat toxique dont s’emparent la démagogie xénophobe et raciste, ainsi que l’extrême droite qui en font leurs choux gras.

Mais revenons sur l’affaire Actiris, bien moins médiatisée que les arrêts de la CJUE. Pour mémoire, des salariées de l’agence bruxelloise pour l’emploi avaient attaqué en justice un règlement d’ordre intérieur qui interdisait le port de signes convictionnels ostentatoires. Elles ont obtenu gain de cause. La direction s’est abstenue d’interjeter appel. Ces dames peuvent désormais exercer en hidjab. Forts de cette victoire, des organismes militants, ENAR (European Network Against Racism), dirigé par l’ (ex ?) Frère musulman Michaël Privot et Tayush, club de dialogue entre intellectuels de gauche et islamistes animé par Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue Politique, ont lancé une campagne en faveur de l’autorisation généralisée du foulard islamique au travail et à l’école. Quant aux collègues musulmanes d’Actiris non voilées, elles subissent apparemment des pressions pour se couvrir les cheveux.

Ce cas d’école offre un éloquent contre-exemple aux arrêts de la Cour de Justice de l’Union européenne. Quelle que soit l’obédience religieuse en cause, face à la bigoterie en marche et aux activistes de la loi de Dieu, la lâcheté complice se paie cash.

 


 
 

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  • Par David Rozenblum - 18/04/2017 - 12:49

    Merci pour cet article. En résumé, on devrait apprendre à se souvenir de l'adage "Yehoudi ba baït, Ich barkhoutz" et reconstruire une société basée sur la citoyenneté et non sur l'identité.

  • Par Grunchard Francis - 22/05/2017 - 15:06

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    Décidément les visiteurs du site du CCLJ ne semblent pas conscients des enjeux.