Flash-back

La libération d'Anatoly Chtcharanski (11 février 1986)

Jeudi 1 Février 2018 par Tarbout
Publié dans Regards n°876 (1016)

Après neuf ans de prison et de goulag, Anatoly Chtcharanski est enfin libéré le 11 février 1986 sur le « pont des espions » reliant Berlin à Potsdam. Dans cette ambiance digne des romans d’espionnage de John Le Carré, le plus célèbre des refuzniks peut enfin réaliser le rêve qu’il caresse depuis une douzaine d’années : quitter l’URSS et s’installer en Israël.

 

Né en 1948 à Donetsk en Ukraine, ce mathématicien doué se révolte très tôt face à l’antisémitisme qui règne en URSS. En 1973, il dépose sa première demande de visa pour émigrer en Israël. Elle est refusée sans aucune explication et marque le début de son bras de fer avec les autorités soviétiques. Il est démis de ses fonctions académiques et devient le porte-parole des refuzniks, tous ces Juifs qui attendent leur visa de sortie pour quitter l’URSS.

S’il se marie en juillet 1974 avec une autre refuznik, Natalia Avital Stieglitz, quittant l’URSS dans le courant du même mois, Chtcharanski doit attendre onze ans et six mois pour vivre avec elle. Entretemps, il rejoint le dissident Andreï Sakharov avec lequel il crée le Comité moscovite de surveillance des Accords d’Helsinki (accords signés en 1975 entre les Etats occidentaux et l’URSS, et contenant un volet consacré au respect des droits de l’homme).

Les autorités soviétiques réagissent en lançant une campagne médiatique contre Chtcharanski : dans Les accapareurs des âmes, un film de propagande diffusé à la télévision soviétique le 12 janvier 1977, les « sionistes » sont dépeints comme des traitres et des racistes qu’il faut combattre. On y voit notamment Chtcharanski, désigné ensuite par le quotidien Isvetsia comme un espion américain. Il sera finalement arrêté le 15 mars 1977 en plein centre de Moscou pour espionnage au profit des Etats-Unis. Après un simulacre de procès, il est condamné à trois ans de prison et sept années de goulag. En Occident, sa femme Avital remue ciel et terre pour sensibiliser les dirigeants européens et américains au sort de son mari et des centaines de milliers de Juifs souhaitant quitter l’URSS. Le CCLJ sera d’ailleurs à la pointe de ce combat tout au long des années 1970 et 1980.

La fin du calvaire de Chtcharanski intervient le 11 février 1986. Si le Kremlin accepte de le libérer dans le cadre d’un marché passé avec les Etats-Unis, il ne lève pas pour autant le rideau de fer. Seules quelques dizaines de Juifs soviétiques peuvent émigrer vers Israël alors que quelque 400.000 candidats à l’alya attendent toujours leur visa.

Dans les années qui ont suivi son arrivée en Israël, « Natan Sharansky » s’est lancé dans une carrière politique dans les rangs de la droite nationaliste. Grand soutien de la colonisation des territoires palestiniens, il a même démissionné en 2005 pour protester contre le plan de désengagement unilatéral d’Ariel Sharon. Depuis 2009, il préside l’Agence juive. 


 
 

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  • Par Salomon - 12/02/2018 - 21:13

    Il est venu à Bruxelles il y a quelques années pour une fête d Israël.
    J ai une photo où il est avec moi.
    Voulez vous la publier ?
    Je suis prêt à vous la prêter pour publication.
    Merci