Antisémitisme

Léon Blum, Alain Finkielkraut : concordance des temps

Lundi 25 Février 2019 par Stéphane Meyer

Il arrive qu’un précédent historique apporte un éclairage intéressant sur l’actualité. On peut ainsi voir dans quelle mesure l’incident dont a été victime Alain Finkielkraut en février dernier fait écho à l’agression antisémite subie par Léon Blum en février 1936.

 

Le 13 février 1936, le boulevard Saint-Germain est bondé. Les Camelots du roi de l’Action française et des militants d’autres organisations d’extrême droite suivent le cortège funéraire de l’écrivain nationaliste Jacques Bainville. Au même moment, une voiture quitte l’Assemblée nationale. A son bord, le député socialiste Georges Monnet, sa femme ainsi que Léon Blum, le leader des socialistes français. Leur voiture traverse le boulevard Saint-Germain au moment où passe le cortège qui suit la dépouille.

Reconnu par des militants de l’Action française, des propos antisémites et même des appels au meurtre sont lancés : « A mort le Juif ! », « Achevez-le ». La situation devient totalement incontrôlable. Les militants d’extrême droite déchaînent ensuite toute leur haine contre Léon Blum. Il est tabassé et une barre de fer l’atteint même en pleine tête. Il a le visage ensanglanté. Secouru par des ouvriers arrivés d’un chantier voisin, il trouve refuge dans une cour d’immeuble et échappe de peu au lynchage.

Il ne fait aucun doute que ce déchaînement de violence par des militants d’extrême droite répond à des appels au meurtre lancés dans le journal L’Action française, en particulier sous la plume de Charles Maurras. Ce dernier n’avait-il pas déclaré à propos de Blum un an auparavant : « C’est un monstre de la République démocratique. Détritus humain à traiter comme tel (…). C’est un homme à fusiller, mais dans le dos ».

Toute proportion gardée, on ne peut s’empêcher d’établir un lien entre cette agression et l’incident dont a été victime Alain Finkielkraut en février 2019 à Paris à quelques centaines de mètres du boulevard Saint-Germain. Dans les deux cas, on assiste à un déferlement de haine antisémite, même si pour Alain Finkielkraut cela ne dépasse pas le stade des violences verbales. Mais vu les images, on n’ose imaginer le sort que ces gilets jaunes auraient réservé

à Finkielkraut si la police n’avait pas été présente. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Léon Blum avait subi en novembre 1934 un incident analogue à celui d’Alain Finkielkraut.

En effet, le 16 novembre 1934 en fin de soirée, Blum et sa femme, en sortant de la Brasserie Lipp (sur le même boulevard Saint-Germain) sont pris à partie par une quarantaine de jeunes militants d’extrême droite poussant les cris de « Blum au poteau ». Pour éviter

tout incident, les Blum précipiteront leur départ.

Dans ces deux agressions, celle de Blum en février 1936 et celle de Finkielkraut en février 2019, la colère a donné libre cours à la haine. Une haine qui s’est à chaque fois banalisée contre les élus, contre les supposées élites, contre les médias, et au bout du compte contre les

Juifs, boucs émissaires commodes en temps de crise et de complotisme débridé, comme en témoigne l’augmentation des incidents antisémites en 2018 tant en France qu’en Belgique.

Le lien très paradoxal entre ces deux agressions antisémites est frappant, même si le contexte politique et le cadre légal sont différents.

Dans les années 1930, la parole antisémite s’exprimait en toute impunité et les attaques antisémites dont Léon Blum était la cible, même en pleine Assemblée nationale alors qu’il était Premier ministre, en sont la preuve. Ainsi, le député d’extrême droite et futur Commissaire aux Affaires juives de Vichy, Xavier Vallat, a déploré en pleine séance : « Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un Juif ».

Aujourd’hui, nous vivons dans des sociétés où l’antisémitisme est un délit puni par la loi. Les gens font donc attention à ce qu’ils disent. Sauf qu’il existe maintenant un espace où la parole antisémite s’exprime virulemment en quasi impunité, voire en impunité totale : internet et plus particulièrement les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. Les appels à la haine qui y sont diffusés et repris ensuite en rue par les gilets jaunes les plus radicaux n’ont rien à envier aux diatribes d’un Charles Maurras. Il est donc nécessaire que la loi s’applique aussi dans le monde virtuel de Facebook, où les conséquences terribles de ces publications et commentaires n’ont absolument rien de virtuel.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Thierry - 25/02/2019 - 18:04

    Dans la vidéo de l'agression de Finkelkraut, celui-ci se fait traiter de "sale sioniste", on lui dit de "retourner à Tel-Aviv" et les haineux se proclament "du peuple" ou de "la rue". Dans une autre vidéo beaucoup moins diffusée, (je ne l'ai vue qu'une seule fois), Finkelkraut se fait traiter d'emblée de "sale Juif". On retrouve donc dans ces insultes les poncifs antisémites classiques : Mr. Finkelkraut n'est pas un véritable Français puisqu'il doit retourner dans son pays, en Israël, et il appartient à l'élite qui oppresse le peuple français et les Palestiniens. Un des agresseurs a été identifié comme salafiste. Un sondage concernant le profil des gilets jaunes nous apprend qu'ils sont majoritairement du Rassemblement National et de la France Insoumise. Les tenants d'un islam radical puisent dans certains passages du Coran qui considèrent les Juifs comme des "moins que rien'. L'extrême-gauche est antisioniste et parfois complaisante avec l'antisémitisme au nom de la lutte palestinienne (exemples avec les liens entre la France Insoumise et le Parti des Indigènes de la République ou le fait que le PTB ait invité par deux fois le rappeur islamo -"quenelliste" Médine à son festival Manifestia). Et le Rassemblement National, qui fustige l'antisémitisme islamiste (qui, il est vrai, est responsable, des assassinats de Juifs français et belges avec le "gang des barbares", Mohamed Merah, l'Hyper Casher, Mireille Knoll, le Musée Juif de Belgique, etc.) compte encore dans ses rangs nombre d'antisémites "classiques" tel Bruno Gollnisch, l'ami de Marine Le Pen qui appartenait au groupuscule estudiantin d'extrême-droite du GUD, etc. Le dénominateur commun des ces idéologies est la haine des Juifs et/ou des sionistes.

  • Par Thérèse Seynave - 27/02/2019 - 17:24

    Il est d une importance capitale de rétablir le devoir de mémoire bafoué et même inconnu de certains. Que ce soit dans les familles, les écoles, la presse et bien sûr tous les réseaux dits sociaux.Oui,il est absolument nécessaire que la loi s applique aussi dans le monde virtuel et punisse REELLEMENT et vigoureusement celui et ceux qui se livrent à ces abjections.

  • Par Hugues CREPIN - 7/03/2019 - 11:23

    Se souvenir du passé pour éviter qu'il se répète mais éviter de galvauder le passé en criant sans cesse au loup pour tout et n'importe quoi.
    Sinon, le jour où le loup sera là, plus personne n'écoutera, lassés ou blasés.