Antisémitisme

Laurent Louis : une condamnation à une peine alternative inappropriée

Jeudi 21 septembre 2017 par Nicolas Zomersztajn

La cour d'appel de Bruxelles a accordé, mercredi 20 septembre 2017, la suspension du prononcé de la condamnation pendant cinq ans à l'ancien député fédéral Laurent Louis, sous diverses conditions. Parmi celles-ci figure celle de se rendre une fois par an dans un centre d’extermination. Une manière naïve et curieuse de condamner un négationniste. 

 

La cour d’appel de Bruxelles a reconnu établies les deux préventions de la deuxième cause relative à des propos négationnistes et antisémites que Laurent Louis a tenus en 2014. Il avait en effet écrit, sur son blog, le 9 juin 2014: « Certes Jean-Marie Le Pen a dit que les chambres à gaz n'étaient qu'un détail de l'Histoire de la Seconde Guerre mondiale et cela peut choquer mais en y réfléchissant un peu, est-ce si faux que cela? (...) ».

Pour ces préventions, l'ancien député fédéral est donc reconnu coupable mais il bénéficie de la suspension du prononcé de la condamnation pendant cinq ans, sous certaines conditions.

Sébastien Courtoy (à gauche) avec Dieudonné et sa quenelle

Parmi ces conditions, il y a celle de se rendre une fois par an dans des camps d'extermination situés à Auschwitz-Birkenau, à Majdanek, à Treblinka et à Dachau. Laurent Louis visitera ainsi chacun de ces camps une fois. Cette condition avait été proposée par le prévenu lui-même, via son avocat, Me Sébastien Courtoy.

Il lui est aussi demandé de faire un compte-rendu détaillé de chacune de ses visites à son assistant de justice, en lui présentant un texte d'au moins cinquante lignes sur ce qu'il a vu dans ces camps et sur les émotions qu'il y a ressenties. Mais encore, Laurent Louis devra diffuser ses rédactions sur sa page Facebook, dans le mois qui suit chaque visite.

Parmi les autres conditions, il y a donc celle de collaborer aux directives et aux conseils d'un assistant de justice, mais aussi l'obligation de ne pas commettre de nouvelle infraction et d'avoir une adresse fixe.

Cette condamnation pour le moins inédite laisse perplexe. La cour d’appel a fait le pari de l’intelligence et de la pédagogie. Ce faisant, n’a-t-elle pas négligé la bêtise de Laurent Louis et surtout, son adhésion idéologique certaine et établie à l’antisémitisme et au négationnisme. Il suffit de regarder les nombreuses vidéos dans lesquelles Laurent Louis se répand en proférant ses insanités. Est-ce vraiment une visite à Auschwitz-Birkenau ou à Treblinka qui va transformer ce sinistre individu ? Le doute demeure intact.

La pédagogie aurait pu fonctionner avec un enfant. Mais sûrement pas avec un homme comme Laurent Louis qui n’a cessé de faire parler de lui avec ce qu’il y a de plus abject. S’il s’agissait de faire vraiment œuvre de pédagogie, il aurait fallu commencer par des conférences ou des cours donnés par des historiens spécialistes de la Shoah et de l’antisémitisme. Et une fois cette formation terminée, une visite, une seule, dans un centre d’extermination aurait pu être organisée.

Cette décision s’inscrit dans l’air du temps en ce qu’elle privilégie l’émotion au détriment de la connaissance historique. Les historiens spécialistes de la Shoah s’interrogent encore sur la pertinence des voyages à Auschwitz-Birkenau.

C’est notamment le cas d’Annette Wieviorka, spécialiste de la déploration des Juifs de France et des rapports complexes entre mémoire et histoire. « Le voyage à Auschwitz-Birkenau donne-t-il plus de lucidité sur le monde ? Sur la société ? Sur la possibilité d’agir sur elle ? Est-il simplement l’occasion d’analyser son « ressenti », sa capacité à souffrir de la souffrance des survivants ? », se demande-t-elle dans L’heure d’exactitude (éd ; Albin Michel), un livre d’entretien sur l’Histoire, la mémoire et le témoignage.

Annette Wieviorka nous met ensuite en garde contre le biais de l’émotion souvent privilégié lorsqu’il est question de transmission de la mémoire de la Shoah. « Méfions-nous des émotions, par essence volatiles. Plus encore quand cette capacité à souffrir semble devenir un critère de bonne moralité ». Et de fustiger les esprits compassionnels attendant beaucoup, voire tout, de l’émotion censée se dégager de ces voyages. « Comme si le fait d’aller quelques heures sur le lieu pouvait être source de transformation », déplore Annette Wieviorka.

Une dernière chose mérite d’être soulignée lorsqu’on décide d’envoyer un négationniste à Auschwitz-Birkenau à titre de peine alternative. Si ce lieu est devenu le symbole du mal absolu dans la culture contemporaine, il ne faut jamais oublier qu’il est avant tout le plus grand cimetière juif au monde (près d’un million de Juifs assassinés). La présence d’un antisémite négationniste sur ce site risque d’apparaître comme une profanation s’il continue d’exploiter à nouveau la Shoah pour faire parler de lui, voire de répandre à nouveau ses délires. C’est un risque à ne pas négliger.

Une peine traditionnelle entrainant une disparition médiatique est le sort le plus approprié qu’une juridiction pénale aurait dû réserver à Laurent Louis dont on doute sérieusement de la sincérité de la démarche suggérée par son avocat défendant systématiquement et de la manière la plus douteuse des gens qui s’en prennent aux Juifs. 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Gisquière - 22/09/2017 - 8:31

    L'historienne Wievorka a raison de souligner que les émotions sont volatiles. Nous sommes entrés dans l'ère du pathos démonstratif mais face à un événement historique aussi complexe que fut la Shoah, il faut , pour reprendre les paroles de l'historien belge Maxime Steinberg, non un devoir de mémoire mais bien un devoir d'Histoire. En effet , de quel poids pèsent les propos des négationnistes ou révisionnistes face à la multitude de travaux d'historiens qui ont travaillé à partir des sources relatives à ces événements ? Leurs propos ne pèsent rien...Dans ce cadre, il faut féliciter les auteurs de la série documentaire ( diffusé sur TV5) intitulé "Jusqu'au dernier. La destruction des Juifs d' Europe" qui a donné la parole à une vingtaine d'historiens universitaires spécialistes de la Shoah, dont Mme Wievorka. Il ne s'agit pas ici d'un documentaire historique misant sur le sensationnel, comme c'est trop souvent le cas, mais, fait rare, d'un travail scientifique qui fait oeuvre de pédagogie. Cette initiative est plus que salutaire dans un contexte actuel caractérisé par la baisse du niveau de l'enseignement secondaire, la recrudescence de l'antisémitisme et le succès des thèses complotistes véhiculées par cette "poubelle" qu'est aussi le Net.Je pense que le tribunal aurait du condamner Laurent Louis à regarder, par exemple, ce documentaire avant de l'obliger à aller "visiter" les camps de la mort car on peut effectivement douter de l'efficacité d'une telle mesure quand on sait que Dieudonné s'est rendu dans un camp d'extermination et s'est fait filmer sur ce lieu. Le tribunal aurait pu également imposer à Laurent Louis, par exemple, la lecture du texte de l'historien Marcello Pezzetti, " La Shoah, Auschwitz et le sonderkommando" , qui contextualise le témoignage de Shlomo Venezia paru sous le titre de : " Sonderkommando. Dans l'enfer des chambres à gaz " . ( Le Livre de Poche, 2009)

  • Par candide - 26/09/2017 - 20:16

    C'est en effet "disproportionné"! On nous rebat les oreilles et le reste sur les réactions disproportionnées (excessives) des israéliens. Mais dans ce cas-ci la disproportion est manifeste et on agit avec ce "sale bonhomme" comme si des mesures pédagogiques indulgentes et se fondant sur une réaction raisonnable (c'est à dire parlant à la raison) pouvait y faire quelque chose...Je pense sincèrement que ce genre d'individu a besoin (et mérite amplement) de "payer" càd d'être puni pour comprendre que ses théories fumeuse et nauséabondes se heurtent à une résistance des "gens de bien", de la Loi qu'on ne peut transgresser impunément.
    Les résistants n'ont jamais été des bisounours et on ne convainc pas des salauds par la gentillesse.
    C'est cela la justice.

  • Par HENRIETTE Irène - 26/09/2017 - 21:47

    Ce monsieur me paraît un indécrottable antisémite. et je me demande si cela lui servira à quelque chose d'aller visiter les camps d'extermination.
    Un certain Dieudonné fait peur, car beaucoup de personnes l'écoutent avec délectation.

    Mes meilleurs voeux (avec un retard) pour la nouvelle année et je souhaite très longue vie à Israël.

  • Par kalisz Richard - 27/09/2017 - 8:16

    Des juges parfaitement idiots et, en effet, une pédagogie grotesque.
    Pauvres de nous.
    Aucun article de presse ( sauf le vôtre) digne de ce nom sur ce sujet pourtant essentiel.
    Pauvre Belgique, disait déjà Baudelaire.

  • Par Lejeune Guy - 27/09/2017 - 11:54

    Cette peine est insuffisante !!! il demandera à un de ses assistants d'écrire les rapports de visite...Il mérite qq années de prison ferme ! on ne joue pas avec l'antisémitisme...Une condamnation exemplaire aurait du être prise...Quant au personnage, il n'est pas qu'antisémite, c'est tout simplement une personne infréquentable !!!