Au CCLJ

Laurent-David Samama : Du Talmud à Marx, en passant par Trotski

Lundi 20 mai 2019 par Nicolas Zomersztajn

Dans Les petits matins rouges (éd. de l’Observatoire), Laurent-David Samama essaie de saisir les spécificités du mouvement trotskyste en France en s’intéressant surtout à ceux qui militaient au sein de cette mouvance dans les années 1960 et 1970. Le jeudi 6 juin 2019 à 20h, il présentera son livre au CCLJ en abordant surtout la centralité de la dimension juive de ce que fut ce bouillonnement idéologique et intellectuel.

 
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    Les trotskystes n’ont jamais eu la réputation d’être des joyeux drilles. Pourtant, pour insister sur le lien privilégié entre judéité et trotskysme en France, certains anciens membres de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ne peuvent s’empêcher de citer ce bon mot : « Pourquoi ne parle-t-on pas yiddish au bureau politique de la LCR ? Parce que Daniel Bensaïd est séfarade ! ». Dans les années 1960 et 1970, beaucoup de Juifs ont effectivement milité dans les rangs trotskystes, principalement au sein de la LCR et dans une moindre mesure au sein de l’Organisation communiste internationaliste (OCI). D’Alain Krivine à Henri Weber, en passant par Bernard Schalscha et Daniel Gluckstein, de nombreux militants trotskystes français des années 1960 et 1970 ont reconverti la ferveur religieuse et messianique de leurs ancêtres issus du Yiddishland en militantisme d’extrême gauche.

    Comment expliquer cette attraction juive pour cette chapelle de l’extrême gauche ? Il y a d’abord un lien intrinsèque. Le trotskysme célèbre la primauté de l’étude. Il faut lire, débattre et se former sans cesse. Disposer d’un bagage historique et intellectuel important est une nécessité quand on rejoint un mouvement comme la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) ou l’OCI. Une manière de militer qui s’inscrit pleinement dans la tradition des écoles talmudiques de Pologne et de Lituanie.

    Transformer l’identité juive

    Il y a aussi une explication plus conjoncturelle. Environ vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces Juifs « nés après », comme on disait pudiquement, ont grandi dans l’ombre de rescapés de la Shoah. « Cette première génération qui s’est construite avec le traumatisme de la Shoah mesure le poids du non-dit autour du génocide », souligne Laurent-David Samama. « Elle nourrit une profonde et légitime hargne envers le fascisme et, pour certains, des désirs de vengeance… Les écoles de formation communistes d’abord, puis très rapidement trotskystes, viendront canaliser cette colère, l’aiguiller d’une certaine manière, la transformer en une révolte euphorique contre le racisme et toutes les formes de conservatisme. Et plutôt que de fuir leur identité juive, ces jeunes militants l’ont transformée ».

    Ces héritiers de Trotski n’ont jamais pris le pouvoir ni installé des soviets en France. Très peu d’entre eux sont restés attachés à leur désir de révolution permanente. Ils se sont souvent éloignés de leur militantisme de jeunesse tout en restant de gauche, sans jamais renier leur engagement passé. Ils ont malgré tout développé une qualité que d’aucuns attribuent aux Juifs : ils sont influents dans la culture, les médias, le monde associatif, et même en politique. Loin d’être nourrie par une quelconque judéité, cette influence, parfois fantasmée, est plutôt liée au sens de l’organisation, de la discipline quasi militaire et de l’entrisme des mouvements trotskystes.

    Plus de trente ans après la chute du communisme, que reste-t-il de ces héritiers de Trotski ? Pas grand-chose. Leur tradition exigeante de lecture, d’apprentissage et de débats théoriques interminables s’insère mal dans un monde où l’idéologie doit désormais circuler par le biais de Facebook, Twitter et Instagram. Il faut se faire une raison, la lutte politique telle que leur logiciel trotskyste l’envisageait appartient, hélas, à un passé révolu.

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou [email protected]


     
     

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