La laïcité à la croisée des chemins

Mardi 21 mars 2006

 

Le 25 mars 2006, le Centre d’Action laïque élira son nouveau président. Il s’agit là, à n’en pas douter, d’un événement de toute première importance. Le Centre représente tous ceux qui, en Belgique, n’appartiennent pas aux cultes dits « reconnus ». Il porte les espoirs des femmes et des hommes qui, ne se référant pas à une transcendance, défendent la liberté, la tolérance et la raison. Nous, laïques, ne sommes certes pas les seuls à promouvoir ces valeurs, mais nous voulons incarner un esprit de libre critique totalement indépendant des églises et confessions. Depuis dix-huit ans déjà, Philippe Grollet assume, avec talent et efficacité, la présidence du Centre. Il a – et c’est bien compréhensible – aujourd’hui décidé de passer la main. Nous ne pouvons rester indifférents à cette succession, dont dépend l’avenir proche d’une construction à laquelle nous tenons profondément.
Deux candidats se présentent. Chemsi Chéref-Khan est un intellectuel indépendant des partis, aux convictions laïques fermement affichées. Il est né en Turquie de mère turque et de père kurde. Il a bénéficié dès l’école d’une formation à l’esprit des Lumières, qui l’a profondément et définitivement marqué. Ce laïque de culture musulmane, établi en Belgique depuis les années 1960, homme probe et libre, représente pour nous l’espoir d’une présidence rassembleuse et efficace. N’oublions jamais que la laïcité francophone belge est riche de la multiplicité de ses composantes et de ses sensibilités. Ceux qui se reconnaissent en elle prennent légitimement des positions très différentes sur les grands sujets qui marquent la conscience des femmes et des hommes de ce début du XXIe siècle.
Chemsi Chéref-Khan possède pour nous au moins deux qualités majeures, qui font de lui un candidat d’espoir pour la présidence du Centre d’Action laïque. D’une part, il représente un exemple réussi d’intégration à la société belge : venu de Turquie, bénéficiant d’une double ascendance le vaccinant contre tout dogmatisme, il défend les principes de la laïcité parfois mieux que ne pourraient le faire des Belges nés au pays, sans doute parce qu’il connaît le prix de la liberté et les ravages du fanatisme. D’autre part, il s’est engagé depuis plusieurs années dans un combat pour l’émergence d’un islam « des Lumières », ouvert et laïque. Or aujourd’hui, étant donné la situation internationale, l’un des enjeux les plus importants de nos sociétés est justement le suivant : vont-elles renforcer leurs assises laïques, défendre, sans concessions et sans se laisser intimider, la liberté d’expression et de conscience, le droit de critiquer et le refus des intégrismes ? Ou bien vont-elles se laisser aller à de funestes faiblesses, en tentant d’apaiser ceux qui crient le plus fort, et qui écrasent d’abord et avant tout la liberté des « leurs » ? Tout dans les combats de Chemsi Chéref-Khan nous montre qu’il a décidément choisi la première branche de l’alternative.
Pierre Galand est le second candidat. C’est un homme respectable, qui agit de façon efficace et courageuse dans le domaine humanitaire. C’est aussi un personnage politique : il est aujourd’hui sénateur socialiste. Il s'agit enfin d'un homme orienté : il préside les amitiés belgo-palestiniennes. C'est certainement son droit. Mais ne nous voilons pas la face : le conflit du Proche-Orient ne nous est pas extérieur. Il traverse et blesse la conscience de chacun d’entre nous. Pour des raisons de sensibilités et de mémoires à fleur de peau, les laïques sont, bien normalement, profondément divisés sur ce sujet majeur. Le Centre d’Action laïque a adopté une position modérée et responsable, en faveur d’une paix négociée entre deux peuples souverains et – espérons-le – un jour amis. La communauté laïque se diviserait très profondément si accédait à la présidence du Centre un homme partisan, dont les positions heurtent un nombre important de ses membres. Pierre Galand a toute sa place dans la société civile et politique. Il n’est pas souhaitable qu’il dirige le Centre d’Action laïque. Le pire, pour nous laïques, serait de nous présenter divisés dans les combats redoutables qui nous attendent. Nous appelons le Centre d’Action laïque à élire Chemsi Chéref-Khan, qui incarne l’avenir d’une laïcité ferme, ouverte et rassembleuse.


 
 

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