Des Juifs solidaires d'Israël et de la Diaspora

Mardi 8 décembre 2009 par Roland Baumann

 

Le CCLJ ne limite pas son action à l’organisation d’activités communautaires. Fidèle à la maxime d’Hillel l’ancien (« Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand ? »), il multiplie les initiatives en faveur ?d’Israël, des communautés juives menacées et des peuples opprimés.

La charte d’octobre 1964 du CCSJ (Centre culturel et sportif juif), ancêtre du CCLJ, affirme sa solidarité avec Israël ainsi qu’avec toutes les communautés juives dans le monde qui mènent un combat pour assurer leur existence physique, morale et culturelle. En novembre 1965, l’organisation crée son organe de presse, Regards - Cahiers du CCSJ, qui s’impose rapidement comme la tribune du judaïsme progressiste et laïque en Belgique. Le 30 septembre 1966, l’assemblée générale du CCSJ décide de se restructurer, « offrant sa maison » au Centre communautaire laïc juif (CCLJ), dont David Susskind sera le président. La volonté d’œuvrer à la renaissance de la communauté juive en Belgique par l’action laïque, et de faire connaître et accepter un Juif nouveau, semblable et différent, n’exclut pas la solidarité internationale avec les victimes d’un conflit lointain : en janvier 1966, Regards condamne l’escalade de la guerre au Vietnam. A l’occasion de Hanoucca, le combat du peuple vietnamien est comparé à l’héroïsme des Macchabées. En novembre 1966, Regards rappelle que « la moitié des Juifs américains est opposée à la politique des Etats-Unis en Indochine ». Cette solidarité avec le Vietnam en lutte s’affirme malgré la montée de l’antisionisme au sein de l’extrême gauche, mobilisée contre l’intervention américaine. Dans son assemblée générale de septembre 1966, le CCSJ dénonce l’intervention américaine au Vietnam : « Parce que le peuple juif sait ce qu’est le silence de l’humanité devant un génocide, nous lançons un appel à tous les hommes pour qu’ils joignent leur voix afin d’exiger la fin de la guerre au Vietnam ».

Israël vivra En mai-juin 1967, le CCLJ est à l’avant-garde de la mobilisation de toute la communauté juive en faveur d’Israël. Les collectes de sang, de médicaments, d’argent et l’afflux de volontaires témoignent de son engagement total pour la défense de l’Etat juif. En quelques heures, le Centre mobilise ses militants, joue un rôle décisif dans la mise en place d’un Comité d’action pour Israël, réalise un programme d’action politique et d’information de l’opinion publique, et enfin recrute les volontaires en âge de combattre, ses locaux étant devenus le quartier général de la communauté solidaire avec l’Etat juif menacé d’anéantissement. Une édition spéciale de Regards, « La guerre contre Israël - Pourquoi ? », dénonce « le nationalisme arabe à l’assaut d’Israël -encouragé par Franco- soutenu par l’URSS » et affirme « qu’après l’extermination nazie, après Varsovie, le monde juif vit des moments cruciaux et décisifs de son existence. (...) Si une issue victorieuse est offerte à l’agression arabe, tout Israël semble destiné à devenir un vaste camp d’extermination ». Le 8 juin, à l’initiative du CCLJ, le Rassemblement belge pour Israël, présidé par Gaston Eyskens, organise à Bruxelles une énorme manifestation de solidarité avec Israël. La guerre des Six-Jours prouve la maturité et les capacités de leadership du CCLJ ainsi que son potentiel de mobilisation au sein de la communauté juive. Selon Jean Gol, alors militant actif du CCLJ, le Comité d’action pour Israël, animé de jeunes, pour la plupart proches du CCLJ, « a révélé ce que pourrait être demain une vie juive réanimée par les jeunes couches de la communauté. L’action en faveur d’Israël a été une victoire de l’esprit laïque ». Visionnaire, Jean Gol conclut : « Le CCLJ a véritablement démontré son originalité parce que sa composition, sa charte, son esprit, expriment beaucoup mieux que les autres organisations ce phénomène pluraliste et pourtant homogène qu’est le judaïsme d’Europe occidentale d’aujourd’hui ». Pour David Susskind, il est clair que le CCLJ a passé son examen de maturité et de responsabilité. Il esquisse déjà les grands thèmes du programme qui, jusqu’à nos jours, oriente la ligne politique et les activités du Centre. Ainsi, Suss s’inquiète de la situation du judaïsme dans les pays du bloc soviétique : « Nous devons réaffirmer que l’opportunisme politique comme l’antisémitisme ne peuvent être que des parodies du socialisme. Un pays qui encourage ou qui tolère l’antisémitisme ne peut être socialiste que de nom ». La défense d’Israël ne fait pas pour autant oublier la tragédie du Vietnam : « Nous condamnons l’intervention américaine au Vietnam ». Le président du CCLJ évoque aussi la nécessité d’une section belge du Congrès juif mondial qui serait la plus représentative possible de la population juive en Belgique. Il faut aussi organiser le mouvement des jeunes, développer l’action pour un judaïsme laïque en Europe.

Fédérer toute une communauté Tirant les leçons de l’extraordinaire mobilisation de mai-juin 1967, David Susskind affirme « notre détermination de faire du CCLJ un véritable centre communautaire, un centre culturel, un centre de combat pour l’avenir du peuple juif ». C’est dans la solidarité avec Israël en danger que le CCLJ révèle sa fonction de catalyseur, capable de fédérer toute la communauté. Ce nouvel élan de solidarité s’exprimera en octobre 1973, lors de la guerre de Kippour. Les retombées de la guerre des Six-Jours incitent le CCLJ à se mobiliser en faveur de communautés juives menacées. Ainsi, le CCLJ sensibilise l’opinion publique belge au sort des communautés juives moribondes en Syrie et en Irak, otages du pouvoir et victimes d’un surcroît d’hostilité suite à la déroute des armées arabes. Mais c’est le sort de communautés juives vivant derrière le Rideau de Fer qui inquiète surtout le CCLJ aux lendemains de la victoire israélienne de 67. En Pologne, une vague d’antisémitisme orchestrée dès mars 1968 par le pouvoir force des milliers de Juifs à émigrer. Dès avril 1967, un dossier de Regards publié à l’occasion du 24e anniversaire de l’insurrection du ghetto de Varsovie, annonçait l’inauguration à Auschwitz d’un monument polonais, notant « une fois de plus, qu’à cette occasion comme à toutes les autres, il est presque tabou d’évoquer en Pologne les victimes juives », pour en conclure : « On favorise par cette conception toutes les possibilités du développement d’un antisémitisme nouveau ». Les événements de mars 1968 confirmèrent cette analyse. En mai 1969, l’Assemblé consultative du Conseil de l’Europe adopte une résolution déplorant la résurgence et le développement de la propagande antisémite en Union soviétique et en Pologne déguisée sous le nom d’antisionisme. L’Assemblée rappelle que le traitement des communautés juives en URSS et en Pologne n’est pas compatible avec la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Déclaration des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

Juifs d’URSS La défense des trois millions de Juifs d’URSS occupe une place fondamentale dans les activités du CCLJ dont les points d’orgue seront les conférences mondiales des communautés juives pour les Juifs d’URSS organisées à Bruxelles en 1971 et en 1976. En août 1969, Regards publiait l’appel d’un groupe de Géorgie à la Commission des droits de l’homme de l’ONU pour qu’on les aide à émigrer en Israël. Le 23 février 1971 s’ouvre au Palais des Congrès de Bruxelles la 1ère Conférence mondiale des communautés juives en faveur des Juifs d’URSS avec 900 délégués du monde entier. David Ben Gourion et Menahem Begin sont présents avec les principaux hommes politiques belges. Réuni avec le soutien du Congrès juif mondial, du Bnai Brith international et de l’Agence juive, Bruxelles I est organisé par le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), fondé quelques mois auparavant. Présidé par David Susskind, le CCOJB coordonne les activités politiques du judaïsme belge en faveur des communautés juives dans le monde et de l’Etat d’Israël. La déclaration de Bruxelles affirme le droit inaliénable des Juifs russes au retour et la légitimité de leur lutte pour la survie de leur identité culturelle menacée d’extinction par le pouvoir soviétique. Ce premier congrès pour l’unité du peuple juif est selon David Ben Gourion, « la plus grande conférence juive de notre histoire ». Les « Juifs du silence » savent dorénavant qu’ils ne sont plus seuls dans leur combat pour la liberté. La déclaration de la conférence affirme en effet : « Nous n’aurons de cesse tant que les Juifs d’URSS n’auront obtenu le droit de choisir librement leur destin ». Suite à un nouveau durcissement de la politique soviétique envers les Juifs d’URSS, une 2e Conférence mondiale des communautés juives en faveur des Juifs d’URSS se réunit en 1976 dans notre capitale. Organisée sous le mot d’ordre « Liberté pour les Juifs soviétiques », et malgré les tentatives de pressions exercées sur le gouvernement belge par l’URSS et les pays arabes, Bruxelles II s’ouvre avec la participation de Golda Meïr, président d’honneur de la conférence. Plus de 50.000 Juifs soviétiques obtiennent finalement un visa d’émigration en 1979. Le mouvement aboutit par la suite à l’émigration de quelque 250.000 Juifs. De nombreux ?colloques et manifestations suivent Bruxelles I et II. Ainsi, la réunion à Bruxelles du Présidium mondial pour les Juifs d’URSS est organisée en juin 1981 sous le patronage du CCLJ. Après l’éclatement du bloc soviétique et l’automne de la liberté en 1989, le CCLJ est resté à l’écoute des changements en Europe de l’Est. Organisé à l’initiative du CCLJ en novembre 2001 à l’occasion du festival Europalia Polska, le colloque Les Juifs et la Pologne : Mémoires de 1.000 ans de présence juive au cœur de l’Europe rassemble de grands historiens et des acteurs privilégiés du dialogue difficile entre les Juifs et la Pologne à l’heure de la timide renaissance du judaïsme dans ce pays où, après 1945, l’antisémitisme polonais avait parachevé l’œuvre des nazis vidant le Yiddishland de ses Juifs.

La transmission en diaspora Fidèle à la politique culturelle de ses fondateurs, le CCLJ maintient son intérêt pour les cultures de la Diaspora, comme en témoignent les Festivals des cultures juives, de culture yiddish, ou de l’humour juif. Il serait fastidieux d’énumérer la très longue liste des conférences organisées au CCLJ dont les sujets touchent à l’histoire et aux cultures juives, qu’il s’agisse des Juifs d’Argentine, d’Inde, d’Ethiopie... ou de communautés disparues comme les Juifs de Rhodes ou du Congo. Ce travail de mémoire nécessaire révèle des facettes méconnues de l’histoire du judaïsme en diaspora. Le CCLJ initie en permanence des recherches sur le patrimoine mondial des cultures juives, contribuant ainsi à la pérennité et à la réinvention constante d’une identité juive moderne, ouverte sur le monde et fidèle à son héritage culturel. Dans la remarquable diversité de sa programmation culturelle, le CCLJ témoigne chaque année de son intérêt pour tout ce qui touche au passé et au présent du judaïsme en diaspora, riche de ses traditions et de sa diversité culturelle à toutes les époques de son histoire. La solidarité avec Israël, le combat pour la paix au Proche-Orient, la mémoire de la Shoah et l’affirmation d’un judaïsme laïque avec son calendrier festif et ses rites de passage sont bien au cœur des traditions du CCLJ, sans l’inciter pour autant à négliger ses intérêts multiples pour le judaïsme en diaspora et les richesses de son prodigieux héritage culturel.

L’élan de solidarité d’octobre 1973 Le lendemain de l’annonce de l’attaque lancée le 6 octobre 1973 par les armées égyptiennes et syriennes contre Israël, un Comité d’action pour Israël composé de délégués de la quasi-totalité des organisations juives du pays coordonne toutes les actions de soutien. Dans le courant de la nuit du 7 octobre, des affiches Israël vivra seront chaulées et collées sur les murs de Bruxelles. Des dons financiers au Fonds de solidarité avec Israël affluent spontanément. Le 9 octobre, une grande manifestation nationale est organisée à Bruxelles : 10.000 personnes défilent dans les rues de la capitale pour clamer leur soutien à Israël. Outre les nombreux meetings qui se tiennent dans Bruxelles, plus de 2.000 personnes se pressent au CCLJ pour la collecte de sang. A l’initiative du CCLJ, des milliers de cartes postales portant le dessin d’un cœur avec les mots « Israël je t’aime » sont vendues au bénéfice du Fonds de solidarité avec Israël et envoyées à la Knesset. Cette carte postale a eu un grand écho en Israël. Les médias israéliens lui ont consacré des émissions et la presse écrite lui a réservé de longues colonnes. Pour saluer cette initiative, le président de la Knesset, Israël Yeshayahou, a même adressé un télégramme de remerciement au CCLJ. Il est intéressant de rappeler que le dessin figurant sur cette carte postale est l’œuvre du vice-président actuel du CCLJ, Henri Gutman. En parallèle à cette nouvelle action de solidarité avec Israël, le CCLJ en appelle à une paix négociée au Moyen-Orient, comme en juin 1967.


 
 

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