Les Juifs libéraux sont-ils vraiment juifs ?

Vendredi 4 avril 2008 par Joël Kotek

 

Le 16 mars dernier, le Consistoire central israélite de Belgique, représentant officiel du judaïsme auprès de l'Etat, a célébré son bicentenaire. Etaient conviés à ce dîner de gala, des responsables politiques, les autorités des différents cultes reconnus en Belgique, y compris les représentants de la laïcité et les dirigeants communautaires juifs, à l'exception notoire du Président de la communauté israélite libérale de Belgique, Philippe Lewkowicz. Pire, ce dernier a bien reçu une invitation en bonne et due forme -à laquelle il a d'ailleurs répondu favorablement-, mais quatre jours avant la soirée de gala, le Consistoire lui a notifié que son invitation était nulle, sa présence étant jugée indésirable. Sous la pression des communautés orthodoxes d'Anvers, le Président du Consistoire a dû renoncer à associer au bicentenaire de son institution la communauté libérale qui, il est vrai, n'a jamais été admise au Consistoire.
Cet incident regrettable insulte toute une communauté de fidèles sincères qui se retrouvent dans la catégorie des Juifs de seconde zone. Il a au moins le mérite de soulever une question fondamentale : comment se fait-il qu'aujourd'hui, le judaïsme libéral ne soit pas admis à siéger au Consistoire ? La réponse est simple. Les communautés orthodoxes, et plus particulièrement celles d'Anvers, refusent l'entrée des libéraux au Consistoire. Cette hostilité est ancienne. Elles leur reprochent de vider complètement le judaïsme de sa substance et de présenter ainsi une version fausse et non juive du judaïsme. Si le Consistoire accepte l'adhésion des libéraux, les communautés orthodoxes menacent de le quitter et de provoquer ainsi une rupture. Quel que soit le chantage exercé par les orthodoxes, la question de la présence des libéraux se pose malgré tout.
La communauté libérale de Belgique, présente à Bruxelles, ne constitue en aucun cas un groupuscule d'illuminés se réunissant dans une cabine téléphonique. Alors que la plupart des synagogues consistoriales sont désertées par la majorité des Juifs de Bruxelles, la synagogue libérale est remplie de fidèles jeunes et moins jeunes, mais tous enthousiastes. En termes de fréquentation, la synagogue libérale est la plus importante de Bruxelles. Cette communauté se distingue également par son dynamisme et son sérieux. Sa pratique n'a rien de permissif. Bien au contraire, le judaïsme libéral appelle à un retour sérieux à la pratique, et les aménagements du culte proposés ne servent qu'à le rendre commode et intelligible. Les différents rabbins qui se sont succédé à la tête de la synagogue libérale prônent une foi exigeante, supposant la participation de tous et de toutes, loin de la routine et de la simple pratique répétitive.
Et surtout, en modernisant le culte pour l'adapter aux besoins spirituels et à la réalité de ses fidèles, le judaïsme libéral s'inscrit pleinement dans la doctrine établie tout au long du 19e siècle par le Consistoire. Les grands rabbins ont effectivement accompagné le mouvement général des Juifs dans leur entrée dans la modernité. Le discours éthique des rabbins consistoriaux du 19e siècle correspondait aux aspirations progressistes et émancipatrices de la majorité des Juifs. De la même manière, les rabbins libéraux doivent aujourd'hui manifester des dispositions aux changements et harmoniser le culte avec les principes de la société civile. C'est pourquoi aujourd'hui, le judaïsme libéral reconnaît pleinement l'égalité entre l'homme et la femme en permettant notamment à celle-ci d'étudier les textes et de devenir rabbin. Il est donc temps que les Juifs libéraux, fidèles disciples de la doctrine consistoriale originaire, puissent enfin trouver la place qu'ils méritent naturellement au sein d'une institution qui pourra devenir tout à fait représentative de la diversité du judaïsme.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Devleeschouwer - 5/12/2017 - 19:23

    Nous vivons au 21 eme siècle, une religion qui vit avec le passé, s'enlise

    (voir le catholiscisme) il faut adapter la religion avec le monde dans lequel

    nous vivons, sans pour cela abandonner les principes du judaïsme

    attenant à la morale, la foi en Hachem et la culture juive.