Cinéma

Les Juifs, l'ex-Roi, le Roi et les Juifs

Jeudi 17 Février 2011 par Ouri Wesoly

Si ce n’avait été trop long, on aurait aussi pu titrer cet article « Comment instrumentaliser la Shoa en dix leçons et quelques rumeurs (et, en outre, manifester un égocentrisme dévastateur) ». Explications.

Le vrai Georges VI, bègue et Roi

A la base, il y a un film : Le Discours d’un roi  de Tom Hooper, avec, entre autres,  Colin Firth et Helena Bonham-Carter. Grand succès, public et critique, avec, en point d’orgue, douze nominations aux « Oscars »  2011 décernés le 27  février prochain.

Le souverain en question, c’est Georges VI qui devient dans les années 30, Roi du  Royaume-Uni, d’Irlande, Empereur des Indes, etc. Le pauvre avait le malheur de bégayer et le film décrit comment il se débarrassa de ce handicap pour prononcer l’important discours du titre.  

Sauf que, selon un des jurés, l’Académie des Oscars, envisage à présent un boycott du film pour « manque de précision historique » en général et « dissimulation de l’antisémitisme de la famille royale »  en particulier.

Pour comprendre de quoi le juré parle, il faut en revenir au contexte. A cette époque, la Grande Bretagne menait une politique « d’apaisement » vis-à-vis de Hitler: si on accordait au dictateur allemand tout ce qu’il réclamait, il se calmerait et il n’y aurait pas de guerre…Quasi tous les Britanniques, famille royale en tête, trouvaient cette stratégie excellente.

C’est que le Roi Edouard VIII qui venait d’abdiquer (voir plus bas)  était un fervent pronazi. Quant son frère et successeur, Georges VI, il  faisait son possible afin que les Juifs d’Allemagne ne se réfugient pas en terre britannique.

Or, rien –ou très peu- de tout cela n’est évoqué dans le film.  D’où le boycott de l’Académie des Oscars. On ne va quand même pas couronner un film négationniste, pas vrai ?  

Sauf que le cinéma, surtout hollywoodien mais pas seulement, a toujours traité l’Histoire par-dessus la jambe.  Prenez Cléopâtre  avec Liz Taylor, Robin des Bois  (le vrai, avec Errol Flynn), le Marie-Antoinette  de Sofia Coppola ou encore  Inglorious bastards  de Tarentino,  Dans chacun de ces films, tout rapport avec la réalité ne serait pure coïncidence.

De même,  Le discours…  s’intéresse surtout à  un homme qui bégaie et qui est par ailleurs Roi .Les crises de l’époque, les autres soucis ou actions de Sa Majesté n’y jouent qu’un rôle secondaire.

Une campagne de diffamation ?

Mais surtout, toute cette affaire est partie d’un blogueur qui aurait reçu un mal de quelqu’un qui serait membre de l’Académie évoquant un supposé boycott. C’est possible. Tout comme il est possible que ce soit une de ces campagnes de diffamation qui frappe un  film trop bien placé dans la course aux statuettes.

Comme toutes les autres, qu’elles soient politiques ou  culturelles, cette instrumentalisation de la Shoa à des fins particulières serait alors parfaitement répugnante. Qui plus est, d’une façon plus générale, cette affaire révèle un égocentrisme aussi inexact que simpliste.

Que dit-on, en effet, à se focaliser sur l’antisémitisme ((bien évidemment réel) de cette époque ?  Que la guerre contre le IIIème Reich était  une sorte de « règlement de compte » : les Juifs et leurs alliés contre les nazis et leurs partisans.

Rien n’est plus réducteur : Hitler était en guerre avec tous les Etats, tous les systèmes politiques, tous les peuples qui refusaient sa domination. Il haïssait  les Juifs mais aussi les Slaves, les Noirs, les Tziganes, l’ensemble de ceux qui n’étaient pas « aryens ».

Et il les a massacrés autant qu’il le pouvait.  Minimiser tout cela n’est-il  pas bien plus grave que de tourner un film n’évoquant pas assez l’antisémitisme d’un roi ?

O.W.

Les deux amours d’Edouard VIII

En 1936, la Grande Bretagne connut un scandale à côté duquel la saga de Lady Di fait figure de vaguelettes sur un lac. Il passionna autant qu’il divisa la nation et manqua provoquer la chute de la dynastie des Windsor.  

En février 1936, à peine couronné, le Roi Edouard VIII, alors âgé de 42 ans, manifesta sa ferme volonté d’épouser la femme dont il était éperdument amoureux, Wallis Simpson.

Stanley Baldwin, le Premier Ministre s’y opposa avec vigueur : non seulement la dame était américaine et roturière mais elle avait aussi la réputation d’être, comme on disait à l’époque, une « femme légère ». D’ailleurs, elle était deux fois divorcée.

Le Roi s’entêta jusqu’en décembre puis décida d’abdiquer. Il reçut le titre de duc de Windsor et put se marier à sa guise. C’est ainsi que George VI, le roi bègue du film,  lui succéda. La suite de l’histoire révéla qu’il y avait peut être une autre raison au refus catégorique de Baldwin : tant l’ex-Roi que sa femme étaient ardemment pro-nazis.

Edouard admirait le « volontarisme » du  Führer  et ses idées. Il considérait  que « ce serait une tragédie pour le monde qu'Hitler soit renversé. » Wallis Simpson partageait cette conception et des rumeurs persistantes coururent sur une liaison entre elle et Ribbentrop, le ministre nazi des Affaires étrangères.

C’est donc assez naturellement qu’ils effectuèrent leur voyage de nocés dans l’Allemagne hitlérienne où le nouveau duc se laissa photographier échangeant force saluts nazis avec ses hôtes.

Au début de la guerre,  les Allemands contactèrent même Edouard : accepterait-il de remonter sur le trône au cas où les nazis occupaient l’Angleterre ? Le duc n’eut pas le temps d’hésiter : averti, Winston Churchill l’expédia dare-dare gouverner les Bahamas….

Par ailleurs, on a, semble-t-il, retrouvé une note envoyée en 1939 par le Roi George VI à Berlin. Il  demandait aux nazis de bloquer l’émigration des Juifs allemands vers la Palestine, alors sous mandat britannique…

Fort heureusement, il allait se reprendre. Dès la guerre déclarée. George VI accompagna avec fermeté son peuple dans sa lutte héroïque et, au début désespérée, contre le nazisme.

 


 
 

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  • Par Anonyme - 28/02/2011 - 14:24

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  • Par owesoly - 27/02/2015 - 12:32

    <p>Vous avez absolument raison.&nbsp;J'aurais d'autant plus d&ucirc; v&eacute;rifer mes dires que je m'interesse beacoup &agrave; cette &eacute;poque passionnante. On ne se trompe jamais autant que quand on croit savoir. Merci &agrave; vous. </p>

  • Par owesoly - 28/02/2011 - 14:32

    <p>Vous avez absolument raison.&nbsp;J'aurais d'autant plus d&ucirc; v&eacute;rifer mes dires que je m'interesse beacoup &agrave; cette &eacute;poque passionnante. On ne se trompe jamais autant que quand on croit savoir. Merci &agrave; vous. </p>