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Le JT de la RTBF, le Mensch et le centre communautaire laïc (mais pas juif)

Mardi 13 Février 2018 par Nicolas Zomersztajn

Dans le reportage que le JT de la RTBF a consacré au décès du journaliste scientifique Paul Danblon, il était question d’un titre de Mensch qu’un centre communautaire laïc lui avait attribué. Ayant compris qu’il s’agissait bien du Centre communautaire laïc juif (CCLJ), certains téléspectateurs ont éprouvé un malaise face à cette omission.

 

Tout cela commence très mal. Sur le bandeau annonçant la rubrique consacrée au décès de Paul Danblon, on peut lire « Paul Deblon, un vulgarisateur passionné ». Une coquille peut toujours se perdre mais une rédaction aussi professionnelle que celle du JT de la RTBF n’a pas pour habitude de se distinguer par ce type d’erreur.

Vient ensuite le reportage d’Himad Messoudi dans lequel ce dernier dresse le portrait de Paul Danblon en soulignant toutes ses qualités. Le téléspectateur découvre un bon reportage qui lui permet de saisir en quelques minutes les nombreuses contributions de Paul Danblon tant en matière de journalisme scientifique, de vulgarisation des connaissances, de laïcité et de musique.

Pour souligner l’empreinte qu’il a laissée dans le monde laïque, le reportage rappelle ceci : « Grand humaniste, Paul Danblon s’est vu attribué par le Centre communautaire laïc le titre de Mensch […] » !

On pense avoir mal entendu mais grâce aux miracles de la technologie, il est possible de revoir la séquence sur internet. Il est bien question d’un « Centre communautaire laïc ». Mais où est donc passé le « juif » de CCLJ ?

Dans les minutes qui suivent sa difffusion, un ami nous contacte pour nous faire part de son indignation et de son irritation. « A moins d'être complètement demeuré, l'occultation du mot « juif » pose question. Ils auront beau se réfugier derrière leur bonne foi mais ce n’est pas la première fois que ce type d’omission se produit ». Les Juifs seraient-ils paranoïaques ou développeraient-ils une hyper sensibilité en voyant le mal partout ? Pas sûr.

Un ancien de la RTBF (Musiq 3) non juif nous a également fait part de sa stupéfaction en voyant la séquence litigieuse. « J’ai été assez surpris par un passage du très bref portrait de Paul Danblon diffusé samedi 10 février en fin de Journal télévisé, vers 20h02. Le journaliste dit, dans son commentaire : « Grand humaniste, Paul Danblon s’est vu attribué par le Centre Communautaire Laïc le titre de Mensch… ». Et de faire remarquer ensuite : « Il y a omission du mot « Juif » qui, voulue ou non, n’est pas compréhensible, car elle fausse un des fondements du CCLJ en le passant sous silence. C’est ce que je me permettrai de qualifier, au mieux, d’un manque d’objectivité, au pire d’une occultation délibérée ». Cette omission est donc regrettable, même si l’auteur du reportage ne l’a pas fait exprès.

« Paul Danblon avait une passion pour la musique de Maurice Ravel. Cette musique nous disait quelque chose de la modernité à venir », explique Jean-Marc Finn, directeur culturel du CCLJ. « La musique de Ravel s’ouvrait à des rythmes différents et elle s’installait dans la durée. Elle était faite pour durer car elle parlait du monde à venir. Paul Danblon avait compris cela et il a également compris que des Juifs pouvaient aussi inscrire leur identité juive dans une perspective laïque. Et lorsqu’un centre communautaire juif comme le CCLJ décide de faire d’un homme porteur de valeurs universalistes une de ses sources d’inspiration et un de ses modèles, il est déplorable qu’on ne mentionne pas opportunément que le centre en question est un centre juif ».

Il n’y a pas d'insulte ni d'agression antisémite. Mais à force de mentionner systématiquement l’identité juive des diamantaires anversois (dont la majorité est indienne et originaire du Gujarat) mêlés à des scandales de fraudes et d’évasions fiscales, et de taire l’identité juive d’une organisation qui inscrit sa démarche dans une perspective humaniste et universaliste, on peut légitimement s’interroger sur cette omission.

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Suite à la publication sur notre site de l’article « Le JT de la RTBF, le Mensch et le centre commentaire laïc ‘mais pas juif) », l’auteur du reportage mis en cause, Himad Messoudi, a tenu à réagir pour expliquer cette malencontreuse omission due à une erreur technique.

Il est rare qu’un journaliste revienne sur une erreur commise. Tout comme il est encore plus rare qu’il ait l’honnêteté de reconnaitre son erreur et de s’en excuser.

Preuve à l’appui, Himad Messoudi explique très sincèrement ce qui provoqué l’omission de terme « juif ». « Je vous envoie ces pièces dans une totale volonté de transparence, et pour vous montrer à quel point cet incident est tout sauf voulu », précise-t-il.

Nous reproduisons ci-dessous sa mise au point et ses excuses.

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Je suis l'auteur du sujet mis en cause dans cet article.

Je peux vous assurer, avec toute ma sincérité, que mon commentaire écrit comprenait bien évidemment le terme "juif". Mentionner le titre de "Mensch" en occultant le caractère juif du CCLJ n'a absolument aucun sens. Si j'avais voulu nier ce caractère, je n'aurais tout simplement pas fait mention du titre de "Mensch", la carrière télévisuelle de Paul Danblon aurait pu remplir, à elle seule, la moitié du JT. Par ailleurs, tant la radio (dans le JP de 18h) que notre site web ont fait mention du CCLJ. Comment aurais-je pu, rationnellement, me dire que je pouvais occulter le terme "juif" ?

C'est une erreur malencontreuse, absolument regrettable, et je présente mes plus plates excuses au CCLJ et à ses membres. Je comprends parfaitement l'émoi que l'absence du terme "juif" a pu provoquer.

Mais il n'y a ni "manque d’objectivité", ni "occultation délibérée", "juste" - malheureusement -  les aléas du quasi-direct, dans l'urgence de l'enregistrement de la conclusion d'un sujet, lorsqu'on veut aller vite pour assurer la diffusion à l'antenne (la séquence en question a été sonorisée à 19h44, pour une diffusion prévue à 19h52 pour finalement être diffusée à 20h01, ce que j'ai découvert après la sono).

Cet incident m'attriste au plus haut point, encore plus lorsqu'il concerne un homme que je ne connaissais pas, mais qui avait participé à la fondation d'une fête à laquelle j'ai représenté mon école primaire, et alors que j'ai eu la chance d'être l'étudiant, à l'université, de sa fille Emmanuelle.

Je ne peux que vous affirmer, avec la plus grande force, le caractère fortuit et non voulu de ce lapsus qui n'a strictement rien de révélateur.

A nouveau, soyez assurés de la sincérité de mes excuses.

Cordialement,

Himad Messoudi


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Marcel Berman - 13/02/2018 - 18:16

    Ce n’est pas la seule institution qui « oublie » les juifs. Ce dimanche, j’ai visité le musée BelVue qui veut présenter la Belgique dans toute sa diversité. Dans la salle consacrée à l’immigration, on peut voir de nombreux casiers présentant des émigrants d’origines diverses ... pas un seul casier parle de l’émigration juive, tant ashkénaze que sépharade.
    Si dans la salle on parle bien des religions et que l’on peut voir un un chandelier et une toile de David, je trouve triste d’ occulter ainsi cette émigration juive.

  • Par Eric Picard - 13/02/2018 - 18:42

    Pourquoi ne pas évoquer ici les liens familiaux de Paul Danblon avec le judaïsme?
    Je présente mes amicales condoléances attristées à son épouse Tamara et à sa fille Deborah.

  • Par Christiane Faivre - 14/02/2018 - 0:32

    Une omission totalement inadmissible et qui semble difficilement involontaire !

    Absolument indigne d'une chaîne nationale !

  • Par Henri Roanne-Ro... - 14/02/2018 - 3:23

    Oui, une omission pour le moins gênante...

    HRR, ex-collègue de Danblon à la RTBF

  • Par Kalisz - 14/02/2018 - 7:20

    Cette omission m'a frappé également. Mais plus: l'étonnante brièveté de ce reportage, alors que Paul a exercé de si nombreuses activités et a parcouru une vie professionnelle très importante à la RTBF. Et le lendemain dans le journal Le Soir? Encore plus concis: six à sept lignes...On croît rêver.

  • Par Edouard - 14/02/2018 - 8:36

    Monsieur,

    Vous êtes d'une très grande naïveté.
    Il est évident que l'omission du mot juif était voulue dans ce reportage.
    Qui, à part les naïfs, peut le nier ?

  • Par Isabelle Reynders - 14/02/2018 - 9:26

    Je trouve que la RTBF devrait corriger ce message pour donner une information correcte à l ‘auditeur. C ‘est la moindre des choses lorsque l ‘on rend hommage à Paul Danblon. Je n’aurais personnellement pas remarqué cet oubli mais suis choquée . Si il y a une adresse à laquelle je peux ecrire, je le fais.

  • Par S. Papirblat - 14/02/2018 - 9:36

    Commentaire de JT de la RTBF...

  • Par Maurice Cimber - 14/02/2018 - 9:36

    Comme a votre habitude, vous etes encore beaucoup trop clement pour une chaine tv qui a jure fidelite a la cause palestinienne et tente, ce faisant, d'occulter tout ce qui est lie de pres ou de loin au judaisme et a Israel.

  • Par Lucette Suskind... - 14/02/2018 - 10:29

    J'apprécie toujours vos articles, Nicolas, et celui-ci particulièrement. Merci.

  • Par HM - 14/02/2018 - 11:37

    Bonjour,

    Je suis l'auteur du sujet mis en cause dans cet article.

    Je peux vous assurer, avec toute ma sincérité, que mon commentaire écrit comprenait bien évidemment le terme "juif". Mentionner le titre de "Mensch" en occultant le caractère juif du CCLJ n'a absolument aucun sens. Si j'avais voulu nier ce caractère, je n'aurais tout simplement pas fait mention du titre de "Mensch", la carrière télévisuelle de Paul Danblon aurait pu remplir, à elle seule, la moitié du JT. Par ailleurs, tant la radio (dans le JP de 18h) que notre site web ont fait mention du CCLJ. Comment aurais-je pu, rationnellement, me dire que je pouvais occulter le terme "juif" ?

    C'est une erreur malencontreuse, absolument regrettable, et je présente mes plus plates excuses au CCLJ et à ses membres. Je comprends parfaitement l'émoi que l'absence du terme "juif" a pu provoquer.

    Mais il n'y a ni "manque d’objectivité", ni "occultation délibérée", "juste" - malheureusement - les aléas du quasi-direct, dans l'urgence de l'enregistrement de la conclusion d'un sujet, lorsqu'on veut aller vite pour assurer la diffusion à l'antenne (la séquence en question a été sonorisée à 19h44, pour une diffusion prévue à 19h52 pour finalement être diffusée à 20h01, ce que j'ai découvert après la sono).

    Cet incident m'attriste au plus haut point, encore plus lorsqu'il concerne un homme que je ne connaissais pas, mais qui avait participé à la fondation d'une fête à laquelle j'ai représenté mon école primaire, et alors que j'ai eu la chance d'être l'étudiant, à l'université, de sa fille Emmanuelle.

    Je ne peux que vous affirmer, avec la plus grande force, le caractère fortuit et non voulu de ce lapsus qui n'a strictement rien de révélateur.

    A nouveau, soyez assurés de la sincérité de mes excuses.
    Cordialement,
    HM

  • Par Viviane Teitelbaum - 14/02/2018 - 21:29

    bravo j'étais aussi très irritée, voire choquée par cet "oubli"!
    merci pour l'article!
    Viviane