Success Story

Jean-Jacques Deleeuw : 'Je suis un universaliste'

Jeudi 2 octobre 2014 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°806

Depuis 25 ans, son nom est indissociable de la famille RTL. De la communication d’IP à la direction des New media, Jean-Jacques Deleeuw a exercé à peu près toutes les fonctions de la communication au sein de la chaîne de télévision privée. Quand on sait qu’il préside aussi les Octaves de la musique, on comprend que le vivre-ensemble fait partie de ses crédos.

 

Avec un papa représentant de commerce d’origine juive hollandaise du Portugal et une maman au foyer juive polonaise, Jean-Jacques Deleeuw est le dernier d’une fratrie de trois enfants. Une famille résolument athée, largement assimilée. « Mes parents, mariés en 1943, cachés pendant la guerre, ne nous ont absolument rien transmis de leur judaïsme, la cause de tous leurs maux », confie-t-il. « Ils ne nous parlaient de rien, pour ne pas s’effondrer… ».

Sa sœur devenue monitrice à la Colo Amitié, Jean-Jacques a 12 ans lorsqu’il se rapproche du CCLJ. « J’ai vraiment pris conscience de ma judéité le jour où j’ai été traité de “Sale Juif !” », se souvient celui qui fera le choix de se marier à une philosémite. Scolarisé dans les écoles de la Ville de Bruxelles, « plutôt bon dans tout, mauvais dans rien », Jean-Jacques Deleeuw étudiera à l’ULB, d’abord à Solvay avant de bifurquer vers la communication et le journalisme.

Avec la fin des années 70 coïncide le bouillonnement de liberté des radios libres, face au monopole de la RTB et des radios françaises. Il sera l’un des fondateurs de Radio Campus, avant de participer, au milieu des années 80, à la création de S.I.S. (Station indépendante satellite), « la » radio branchée à côté de Contact. « C’est là que j’ai fait mes classes », rappelle-t-il. « C’est là aussi que j’ai rencontré Stéphane Rosenblatt avant qu’il ne parte pour RTL ». Après avoir travaillé pour quelques journaux d’entreprises, Jean-Jacques Deleeuw devient directeur de la communication d’IP, la régie publicitaire de RTL. Une grande famille qu’il ne quittera plus.

Début 1991, lorsque la guerre du Golfe éclate, Jean-Jacques commence à ressentir le manque du journalisme. Stéphane Rosenblatt est le rédacteur en chef de Bel RTL, fraichement créée. Jean-Jacques en sera le chef d’édition. Revue de presse, invités politiques, billets économiques et puis, l’affaire Julie et Melissa… Il devient le rédacteur en chef de la radio, puis son directeur en 2004. Depuis 2010, il dirige le département New media de RTL Belgique, auquel s’est ajouté en 2014 le département de communication institutionnelle (Corporate) et bientôt le media Lab, centre de réflexion et d’expertise en matière d’innovations technologiques.

Sa fierté ? Outre ses deux enfants Yasha, 15 ans et Annabelle, 17 ans, « avoir maintenu Bel RTL n°1 pendant toute ma direction », relève-t-il. Plusieurs émissions de Bel RTL lui sont d’ailleurs créditées : le célèbre « Embarquement immédiat » qui, pendant plusieurs années, appellera des employés sur leur lieu de travail pour les envoyer en vacances, mais aussi l’émission satirique politique « Votez pour moi », avec l’imitateur André Lamy, un succès depuis 2007 !

« Toutes mes identités »

Jean-Jacques Deleeuw préside également les Octaves de la musique dont il est un des fondateurs, et qui vise à récompenser par le monde professionnel le meilleur artiste de l’année en Fédération Wallonie Bruxelles. « Cela va du rock à la chanson française, nous tenons au mélange des genres », souligne-t-il. Dans la stricte continuité du « Vivrensemble » que Bel RTL s’est fixé pour devise.

A ceux qui critiquent le traitement médiatique du conflit israélo-palestinien, Jean-Jacques Deleeuw rétorque : « J’ai toujours été très attaché à l’existence de l’Etat d’Israël, mais avec beaucoup de distance aussi. Je suis pour deux Etats, la fin des colonies et la paix au plus vite. Et pour reprendre les mots de Benabar, “non, je ne pense pas qu’il y a trop de Juifs dans les médias” ». Jean-Jacques Deleeuw refuse pour autant de mettre en avant son identité, au risque de perdre en crédibilité. « Les journalistes sont là pour rapporter les faits et les remettre dans le contexte, pas pour défendre un pays ou une personne. C’est compliqué, par rapport à toutes mes identités : je suis laïque, attaché culturellement à la communauté juive, mais je suis aussi francophone et bruxellois. Ma conception de l’information va de pair avec la défense de la démocratie et des valeurs démocratiques. Même si quelque chose ne m’arrange pas, je me dois de le dire ».

A l’origine du concept belgicisé « Les auditeurs ont la parole », Jean-Jacques Deleeuw reconnait la difficulté aujourd’hui pour les médias de faire face aux dérapages. « C’est plus facile de réagir en radio que sur le web », admet celui qui plaide pour la validation humaine des commentaires ou la fermeture momentanée d’un forum, comme cela s’est fait dans plusieurs rédactions. « On a vu beaucoup de gens aussi s’improviser “rédacteur en chef”. Mais on ne devient pas expert parce qu’on a de la famille qui souffre ».

Après l’attentat du Musée juif, Jean-Jacques Deleeuw confie avoir été impressionné par une montée d’angoisse au sein de la communauté. « A la différence des années 30, les autorités réagissent et condamnent aujourd’hui unanimement ces actes. Je fais confiance à nos institutions et à des programmes d’éducation nécessaires comme “La haine, je dis NON !”. Je reste quant à moi un universaliste et suis persuadé qu’à terme, tout le monde s’intègre, en réussissant à garder son identité. Parce qu’ils en ont souffert eux-mêmes, les Juifs doivent être les premiers antiracistes ».


 
 

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  • Par HANQUET - 14/08/2019 - 15:36

    J'apprécie beaucoup vos émissions très intéressantes, sereines et pour lesquelles vous faites preuve d'objectivité; grâce à vous, nous comprenons mieux les enjeux de Bruxelles et de sa région au travers de vos émissions.


    Bien à vous,
    Michèle Hanquet