Migrants/Mobilisation

Itsik Elbaz " Nous croyons aux petits ruisseaux..."

Vendredi 1 décembre 2017 par Géraldine Kamps

Depuis le mois de septembre, la mobilisation à l’égard des migrants du parc Maximilien à Bruxelles ne faiblit pas. Parmi les nombreuses initiatives citoyennes, l’opération « Deux euros cinquante » a déjà permis de financer plus de 4.000 repas. Itsik Elbaz est avec Marie-Aurore D’Awans à l’origine du projet. Interview.

 

Comment est né « Deux euros cinquante » ?

J’ai répondu sur Facebook à une demande urgente de 500 repas en préparant chez moi une quinzaine de lunch packets, pour une trentaine d’euros. L’idée que des gens puissent avoir faim m’est insupportable. Malgré la mobilisation, il a manqué 60 repas ce soir-là, ce qui signifie que 60 personnes sont reparties sans avoir eu à manger. J’en ai discuté avec Marie-Aurore, et très vite, des amis nous ont rejoints. J’avais dit ma frustration sur Facebook et le groupe « Deux euros cinquante » est né le 10 septembre 2017, dans le but de réunir des copains pour préparer des repas. Trois jours plus tard, la page comptait 2.000 membres. Nous sommes aujourd’hui plus de 11.000 !

Vous attendiez-vous à un tel succès ?

On s’est rendu compte que plein de gens se révoltent face à la situation, sans savoir comment passer à l’action. Notre projet est une porte ouverte avec un objectif clair et concret : en donnant 2,5 €, on peut offrir un repas équilibré, composé d’un sandwich au fromage, deux boites de conserve de poisson, une gaufre, un fruit frais, un demi-litre d’eau et un jus. C’est le meilleur de Facebook qui s’est produit, même si on a été un peu dépassé par le succès. Cela demande un investissement énorme en plus de toutes nos activités à tous les deux, mais on a aujourd’hui une vraie responsabilité, on doit continuer.

Que pensez-vous de la campagne d’affichage « Not in My Name » qui faisait allusion aux rafles des Juifs pendant la guerre ?

Personnellement, cela ne me rappelle pas la Shoah, c’est encore incomparable avec la Solution finale bien sûr, et heureusement, mais bien les lois de Vichy, même si la population n’est pas la même, car elle est ici en  transit la plupart du temps : on parle de cafards et de parasites, on les enferme, on leur interdit l’aide juridique et la propriété privée, il y a planification de rafles. Il faut dénoncer les mensonges d’une partie de la police, le fait que notre pays ait des accointances avec une extrême droite de plus en plus influente dans le monde, que notre gouvernement invite un ancien des services secrets d’un régime génocidaire pour identifier des migrants venus se réfugier chez nous, avec le partenariat des transports publics qui placent des policiers pour vérifier les papiers en cas de fraude… En dehors des violences policières auxquelles on a pu assister au parc Maximilien, la seule chose obtenue de Philippe Close, bourgmestre et chef de la police, est que celle-ci ne vienne plus ennuyer les migrants quand des familles viennent les chercher pour les héberger ou que les repas leur soient distribués… Theo Francken surfe sur la peur en parlant d’invasion alors qu’on parle de 450 réfugiés à Bruxelles !

Quelle aide apportez-vous aujourd’hui ?

Nous sommes en deuxième ligne, nous proposons donc notre aide aux organisations qui sont sur le terrain. Nous confectionnons et distribuons des repas, nous faisons des courses, nous informons les gens en répondant à leurs questions, en les réorientant parfois vers d’autres associations. Début novembre, nous avons apporté quelque 1.500 repas, 300 cakes et 35 m3 de matériel au camp de réfugiés de Blida, à Metz, à 300 kilomètres de Bruxelles. Un camp ouvert par la mairie d’avril à novembre depuis cinq ans et qui compte 970 personnes au lieu des 400 prévues. Elles vivent dans des conditions terribles et rien n’est fait par les pouvoirs publics pour répondre à des besoins basiques. Nous travaillons sur les petits ruisseaux. Nous avons donc mobilisé les écoles en allant parler dans les classes, et chaque élève a apporté quelque chose. Des équipes se sont constituées. Plusieurs théâtres nous ont aidés en nous prêtant des locaux, un parking, un camion… Plus récemment, nous avons collecté l’équivalent de 70 sacs de couchage pour les réfugiés de la Gare du Nord de Bruxelles. En calculant qu’un sac vraiment efficace contre le froid revient à 55€, on s’est mis par groupes de 11 en payant 5€ chacun, et on a rassemblé la somme nécessaire en 24h ! Tout fonctionne sur l’entraide et la confiance. Tant qu’on n’a pas vu cette misère qui vous saute aux yeux de façon tellement violente, c’est impossible à comprendre.

Comment, pratiquement, les gens peuvent-ils agir ?

Il y a trois possibilités d’aider via notre page Facebook : en s’informant, en apportant une aide financière par un versement unique ou en décidant de pérenniser son action par un ordre permanent de 2,5€ à 10€, pour offrir, un, deux, trois ou quatre repas. Nous tenons à ce que cette aide soit accessible à tous. Vous n’avez qu’une demi-heure ou une heure et vous voulez venir faire des sandwichs ? Vous êtes le bienvenu ! Un appel ? Une lettre ? Un trajet avec votre véhicule ? Tout est bon, chaque geste compte !

Page Facebook : Deux euros cinquante


 
 

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