L'édito

De l’inutilité du soutien inconditionnel

Mardi 4 juillet 2017 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°865 (1005)

L’identification juive à Israël revêt des formes multiples, même si pour certains, tant en Israël qu’en diaspora, elle suppose nécessairement un soutien inconditionnel à la politique du gouvernement israélien, quel qu’il soit.

Cette manière dogmatique d’aborder le lien entre Juifs de diaspora et Israël se traduit par l’antienne désormais connue : les Juifs de diaspora n’ont pas le droit de critiquer le gouvernement israélien. S’ils veulent le faire, ils n’ont qu’à vivre en Israël, payer l’impôt du sang, …

La participation d’Ami Ayalon et Shaul Arieli, deux anciens officiers supérieurs de Tsahal, à la conférence organisée le 19 juin dernier par JCall et le CCLJ sur la nécessité de mettre en œuvre la solution des deux Etats pour garantir l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique fut l’occasion pour les tenants du soutien inconditionnel de scander leur antienne habituelle, mais aussi pour les plus virulents de déverser un torrent d’insultes alors que la conférence n’avait pas encore commencé et qu’ils ignoraient donc les propos qu’Ami Ayalon et Shaul Arieli tiendraient ! Ces deux anciens officiers aux états de service prestigieux étaient traités d’incompétents et de traitres. Les membres et les sympathisants de JCall et du CCLJ étaient désignés comme ennemis d’Israël et placés sur le même plan que les militants pro-palestiniens les plus anti-israéliens. On pourrait bien sûr rire d’une telle bêtise qui ne prêterait guère à conséquence si l’on ne voyait aujourd’hui le climat délétère que la droite et les nationalistes religieux israéliens suscitent par leur volonté d’étouffer toute voix critique en Israël et en diaspora.

Ces soutiens inconditionnels à la politique du gouvernement israélien ne semblent pas mesurer l’incongruité de leurs amalgames. N’hésitent-ils pas à traîner dans la boue un colonel de Tsahal (Arieli) ayant commandé la zone Nord de la Bande Gaza et pris la tête de la première compagnie israélienne entrée dans Beyrouth en 1982, ainsi qu’un contre-amiral (Ayalon) ayant participé à toutes les guerres d’Israël depuis 1967 et dirigé le Shin Beth (services de sécurité intérieure) entre 1996 et 2000 ? Sans avoir pris connaissance de ces insultes et ces injonctions au soutien inconditionnel, Shaul Arieli et Ami Ayalon en ont profité pour recommander aux Juifs de diaspora de ne pas rester silencieux s’ils ont des critiques à adresser à Israël. « Vous avez le droit, mais aussi le devoir de nous dire ouvertement ce que vous pensez de nous, Israéliens », a déclaré Ami Ayalon. « Vous nous comprenez mieux que quiconque. Vous êtes d’ailleurs les seuls à pouvoir nous comprendre. Vous appartenez au peuple juif, vous soutenez l’existence d’Israël que vous aimez. Vous devez donc nous dire que nous commettons des erreurs. En hébreu, nous disons “Kol Yisrael Arevim Zeh Bazeh”, ce qui signifie que tous les Juifs sont garants les uns des autres. Même ceux qui ne se sentent pas solidaires des Israéliens se verront rappeler par leurs concitoyens non juifs que les Juifs sont garants des Israéliens et coresponsables de ce qu’ils font, que cela leur plaise ou non. Voilà pourquoi vous ne pouvez taire vos critiques ».

Ce discours responsable n’est pas nouveau. D’autres Israéliens avaient déjà indiqué que les Juifs de diaspora ont le devoir de s’exprimer. Ainsi, Abba Eban, ministre des Affaires étrangères d’Israël entre 1966 et 1974, avait déclaré à Bruxelles en 1987 qu’un « Juif qui refuse de critiquer Israël est un Juif tout à fait inutile ». Non sans humour, cet ancien chef de la diplomatie israélienne avait insisté à cette occasion sur le caractère quasi familial que revêt le rapport entre Israël et la Diaspora : « Nous, Israéliens, nous n’avons pas besoin d’une mère juive pour approuver tous nos propos et tous nos actes. Chacun doit apporter sa contribution intellectuelle au dialogue juif ». 


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ezekiel - 11/07/2017 - 17:08

    Je reconnais bien dans ce titre le rédacteur en chef du Regards

  • Par Brigitte Roll - 12/07/2017 - 3:17

    Je partage cette analyse qui met l'accent sur des propos et des comportements qui croissent et nuisent à l'esprit de notre histoire. Garder intact notre sens critique et humaniste est le meilleur garant que nous puissions offrir à Israël. N'oublions pas que sa fondation fut une réponse au pire fanatisme criminel que l'humanité ait connu. Y avoir survécu nous impose d'être vigilants et cohérents pour garantir la survie de ces valeurs.

  • Par edmond amar - 12/07/2017 - 20:28

    une seule question à poser aux tenants de tous bords du "grand israél" : quel statut réservent ils aux arabes de yéhouda véshomron ?

  • Par HUBERT JAOUIP - 13/07/2017 - 11:09

    Plus que jamais nous avons le devoir, pour le bien d'Israel et du peuple juif où qu'il soit, de réagir patiemment et constructivement aux délires d'origine pseudoreligieux.
    Nous savons le faire, mais comment le faire savoir. Un gros effort créatif est donc nécessaire.
    Huert.jaoui@gmail.com

  • Par Sam - 13/07/2017 - 12:35

    Il est possible d'éviter le déchirement entre diaspora et Israël, ainsi qu'à l'intérieur de la diaspora. Pour cela, on peut inviter des personnes qui ont des opinions différentes. Et laisser les gens se faire leur propre opinion.

    Il est certain que présenter une seule ligne de pensée, crée en elle-même une opposition. Le droit à la critique, implique le droit à critiquer la critique. Lorsque cette dernière peut s'exprimer raisonnablement, il y aura certainement moins d'excès de la part de ceux qui se sentent exclus du débat dès l'organisation du débat.

  • Par Maxime De Coster - 15/07/2017 - 10:11

    Bonjour
    C'est un ami de ma paroisse qui m'a informé de l'existence de votre forume et j'en suis très heureux.
    Je ne suis pas israélite mais permettez moi de vous donner mon humble avis :

    je comprends que votre forumeur ne souhaite pas un soutien inconditionnel des juifs à la politique israélienne.
    Toutefois je considère que ceux qui critiquent constamment Isräel y soient interdit de séjour car ce pays est légitimement en droit, comme tous les autres, à interdire l'accès à son territoire à ses opposants.

    Ceux qui s'opposent à Israël, à fortiori s'ils sont juifs, n'ont pas à y mettre les pieds. Il est même incompréhensibles qu'ils souhaitent s'y rendre sauf à vouloir y créer un désordre. Dans ces conditions, les autorités israéliennes doivent les empêcher par tous les moyens.

    Excusez moi de m'être mêlé de quelque chose qui, peut être, ne me regarde pas.

    Maxime De Coster