Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Les interrogatoires de Nemmouche, entre franche rigolade et droits au silence

Vendredi 1 Février 2019 par Géraldine Kamps

Le visionnage des auditions filmées de Mehdi Nemmouche pendant ses gardes à vue avait été demandé en cours de procès par le procureur fédéral. Il s’est déroulé toute cette journée de vendredi. Un visionnage indispensable et très éclairant sur la personnalité de l’accusé qui vient porter un nouveau coup à sa défense.

Sembable à l’image qu’il donne depuis le début du procès, dans le box des accusés, c’est un Nemmouche aussi confiant qu’impertinent qu’on a pu voir sur les images de ses auditions projetées ce vendredi devant la Cour d’assises. Un homme qui ne semble à aucun moment prendre conscience de ses actes, qui sourit en coin à chaque fois qu’il invoque son droit au silence, quand il ne reprend pas directement les enquêteurs sur la formulation de leurs questions. Un homme qui n’hésite pas à éclater de rire pendant son interrogatoire alors que nous sommes à six jours à peine de l’attentat du Musée juif dont il est le principal accusé.

Après quelques questions auxquelles il a décidé de ne pas répondre, Mehdi Nemmouche proposera de remplacer sa réponse « Droit au silence » par un simple « DAS », histoire de « garder tout de même un peu de salive », sourira encore celui qui se vante d’avoir trouvé un nouveau terme, « peut-être bientôt à son nom dans Wikipédia ! »

On percevra tout son dédain lorsqu’il parle des médias, « qui ne racontent que des conneries », l’indifférence dont il semble faire preuve lorsqu’on lui dit ce qui est rapporté à son sujet, ou ce qu’on peut penser à son égard. Une soixantaine de « DAS » reviendront dans l’ensemble de ses auditions, sans qu’il ne manifeste à aucun moment son innocence dans ce qui lui est reproché, l’assassinat de quatre personnes.

Même à la question : « Pourquoi vous répondez à chaque fois « DAS » et pas « Ce n’est pas moi ! » », il répondra une fois encore ces trois mêmes lettres comme un sésame. La seule réponse qu’il lâchera très spontanément, c’est à la question « Aviez-vous un complice ? » : « Aucun », répondra-t-il, en assurant qu’il est « 100% sincère ».

Outre une parfaite maitrise de ses émotions, on retiendra encore ses moqueries, ses mots d’humour (« Si mes auditions ne servent à rien, je peux retourner faire ma sieste en cellule ? »), ses expressions (« C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes ! », quand on lui parle de vieilles menottes), ses références (Bernard Pivot, Raymond Devos, le Canard enchainé, le Figaro, Libé…) et la richesse de son vocabulaire, très éloignées du cliché des jeunes de banlieue.

Des formulations peu courantes aussi, sur lesquelles reviendra avec insistance Me Masset, avocat du Musée juif : « Le moment venu, je m’expliquerai », asséné par l’accusé lors des auditions avait déjà été entendu dans la vidéo de revendication de l’attentat, et « sonne comme une signature », estime-t-il.

« Ces auditions transpirent la culpabilité »

« Si M. Nemmouche pense qu'on ne peut pas tirer une culpabilité d'un droit au silence, il se trompe », commentera encore Me Masset, à l'issue du visionnage de la fin de la quatrième audition. Mehdi Nemmouche a dit qu'il réservait ses explications au jury, a rappelé le pénaliste, déplorant toutefois que ce moment « n'est pas encore venu ».

« Les enquêteurs ont eu raison de l'avertir, en présence de son avocat, des conséquences de choisir lui-même d'avoir recours à son droit au silence. En plaidoirie, j'invoquerai des arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme prouvant qu'on peut tirer du droit au silence une culpabilité, lorsque les preuves sont accablantes. Ces auditions puent la mauvaise foi et transpirent la culpabilité ».

Tout au long du visionnage, dans le box des accusés, Mehdi Nemmouche a gardé la tête baissée, se passant la main dans les cheveux et discutant avec ses avocats.

Les jurés apprécieront.


 
 

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