Flandre

Interdiction de l'abattage rituel en Flandre, une décision qui laisse un goût amer

Lundi 3 avril 2017 par Nicolas Zomersztajn

C’est sur base de recommandations du médiateur désigné par le ministre flamand du Bien-être animal, Ben Weyts, que le Gouvernement flamand a décidé d’interdire l'abattage sans étourdissement préalable à partir de 2019. Une décision qui risque d’être lourde de conséquences pour les Juifs pratiquants.*

 

Pour les ovins, petits ruminants et autres, l'étourdissement devra être effectué par électronarcose avant tout abattage. Comme cette technique n'est pas encore au point pour les bovins, il conviendra de les abattre par la méthode du post cut stunning, c’est-à-dire l'étourdissement juste après l'égorgement. Mais pour le ministre du Bien-être animal, il est prévu de généraliser l'électronarcose à partir de 2019.

Cette décision laisse un goût amer. Sous couvert de bien-être animal et de protection du consommateur, on cherche à empêcher les Juifs et musulmans pratiquants de consommer de la viande. D’aucuns diront immédiatement qu’ils n’ont qu’à s’adapter aux pratiques de nos sociétés. Ils oublient que pendant des siècles et jusqu’au début du 21e siècle, l’abattage sans étourdissement n’a jamais été considéré comme un critère du degré de civilisation d’un groupe humain.

Car quelle que soit la manière d’abattre un animal, cet acte consiste en une mise à mort. Ce n’est jamais plaisant, sauf pour un sadique. C’est la raison pour laquelle dans le judaïsme, les règles d’abattage sont très strictes et la formation du Shohet (le sacrificateur) est longue et exigeante pour que la bête souffre le moins possible.

La décision d’interdiction prise par le gouvernement flamand a évidemment été applaudie par Gaia, l’association belge de défense des animaux, qui s’est souvent distinguée par ses campagnes publicitaires « hard », notamment en assimilant l’abattage rituel à une rafle précédant la déportation d’êtres humains avant l’extermination (Gaia confond abattage rituel et déportation). 

Que veulent les défenseurs des animaux ? Ennuyer les Juifs et les musulmans attachés à leurs prescriptions alimentaires ou régler une fois pour toutes le problème plus général et plus compliqué de la filière animale dans sa globalité : des bêtes élevées dans des conditions inacceptables, des abattoirs où elles sont maltraitées, frappées, et abattues de manière anarchique, l’hygiène déplorable de certains abattoirs, etc.

A cet égard, les images récentes d’horreur de l’abattoir de Tielt (Flandre occidentale) montrant des porcs cruellement maltraités témoignent de la gravité du problème. Des porcs blessés sont frappés, certains sont même déjà morts avant d’être abattus (ce qui est interdit), d’autres sont ébouillantés alors qu’ils sont encore vivants. On y voit aussi des porcs reprendre conscience après un étourdissement au gaz ou au choc électrique…

D’autres exemples existent et ont également défrayé la chronique. Ce dernier a au moins le mérite de ne pas laisser croire que cette problématique est liée à l’abattage rituel, qu’il soit juif ou musulman.

Le bien-être animal est-il important ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas interdire la chasse ? Ce serait un bon début si certains responsables politiques veulent à ce point afficher leur amour des bêtes et non pas nécessairement s’en prendre aux Juifs et aux musulmans quant à leur manière de concevoir l’abattage de bêtes destinées à leur consommation.

Et si le consommateur est au cœur de leurs préoccupations, pourquoi ne pas privilégier son information en prévoyant des étiquetages précis mentionnant la méthode d’abattage ?

On a beau être un Juif laïque ne se soumettant pas aux 613 commandements et voir dans ce projet d’interdiction de l’abattage rituel une mesure visant à présenter injustement les Juifs et les musulmans pratiquants comme des barbares et aussi comme la cause d’un problème plus général de filière animale pour lequel ils ne sont ni coupables ni responsables. 

*Cet article n'exprime que l'opinion de son auteur.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Jacky - 3/04/2017 - 14:41

    Les laïcs doivent-ils voler au secours de pratiques qui s'accordent plus à la lettre qu'à l'esprit du judaïsme ?

  • Par nathan - 3/04/2017 - 15:27

    Cette décision nous prouve une fois de plus que les juifs n'ont plus leur place en Belgique et qu'il est grandement temps de prendre nos dispositions avant qu'il ne soit trop tard.

    Je voudrais aussi bien savoir quelles sont ou seront les réactions, pour peu qu'elles existent, de ceux qui sont censés nous représenter à savoir la fédération sioniste de belgique et la synagogue de la rue de la régence.

    Merci de tenir vos lecteurs informés.

    Cordialement

    Nathan

  • Par Jean Claude Bou... - 3/04/2017 - 18:21

    Certes, cette décision peut paraître mesquine, obligeant les juifs et musulmans attachés au respect de cet interdit d'importer leur viande. Mais, ces communautés n'ont- elles pas accepté des décisions bien plus lourdes imposées par la Société Civile tel que l'égalité des droits entre hommes et femmes.

  • Par simon - 4/04/2017 - 12:50

    Nathan

    Pouvez-vous bien m'expliquer ce que vient faire dans ce débât la fédération sioniste de belgique qui a complètement disparu du paysage communautaire depuis la fin des années 1980 ?

    Quand à la synagogue de la rue de la régence en quoi représente t elle la communauté juive ? Il ne s'agit que d'une synagogue parmi les nombreuses que compte notre pays.

    Les seuls représentants légitimes de la communauté sont le forum de Flandre, le CCOJB de Bruxelles et le rav Margulies de la Communauté européenne.

    En espérant vous avoir apporté des informations utiles,

    Je reste à votre disposition

    Simon

  • Par chaudron - 4/04/2017 - 23:12

    Normalement si on est srpirituellement si élevé d'esprit ,on devrait manger veggie , non ? Pauvres bêtes . . . .

  • Par Your brother - 4/04/2017 - 23:28

    Et si avant de dire que c'est une mesure antisémite au sens étymologique du terme, un rabbin ayant des connaissances scientifiques, nous expliquait en quoi l'étourdissement d'un animal soulagé du stress de la mort imminente aurait une viande moins " kasher " que l'animal non étourdi.

    N'est -ce pas une question d'un hozer la cheéla ?

  • Par Roland Douhard - 6/04/2017 - 10:46

    Attention aux amalgames scabreux entre périodes historiques qui n'ont rien de commun. Le problème posé est la place réservée aux pratiques religieuses ancestrales et traditionnelles dans la modernité et l'espace public démocratique. Des questions surgissent et sont légitimes. Le Talmud ne témoigne-t-il pas de la nécessité de faire primer l'esprit sur la lettre ? Où commence l'esprit et où finit la lettre ? Le premier est-il une fin en soi, la seconde n'est-elle qu'un moyen transitoire ? Dès lors qu'on affirme ne pas respecter les 613 mitsvot au nom de valeurs laïques - ce qui est le cas, reconnaissons-le, dans des proportions variées, d'un très grand nombre de Juifs, laïques ou non, car personne ne peut humainement les respecter toutes - comment interpréter une défense et illustration d'une obligation religieuse, dont l'essence est précisément circonscrite à sa dimension communautaire, à son contexte historique et culturel ? Je n'ai pas de réponses tranchées, encore moins définitives, à ces questions. Le respect des traditions religieuses, auxquelles les croyants et pratiquants tiennent légitimement, ne peut ignorer, me semble-t-il, cet autre respect, tout aussi fondamental, qui est celui du bien-être animal. Les avis sont partagés, ne le nions pas, sur le caractère cruel ou non de l'abattage rituel. Il faut d'abord s'assurer qu'il se pratique selon les règles strictes codifiées par les prescrits, visant à préserver l'animal de toute souffrance. Il n'est un secret pour personne que dans beaucoup de pays musulmans, en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, ces règles ne sont pas respectées. Je peux personnellement en témoigner, ayant travaillé pendant plusieurs années dans certains de ces pays. Dans les pays occidentaux, lorsque l'abattage est encore pratiqué à la maison, elles ne le sont pas davantage. En Israël et au sein des communautés juives de la diaspora, chacun sait et peut vérifier l'extrême vigilance apportée par les autorités religieuses aux conditions d'abattage des animaux. Je relève donc, et c'est gênant, que le problème ne se pose pas de la même façon dans les deux religions. Quoi qu'il en soit, l'opinion publique, que cela plaise ou non, ici et là, a droit à l'information et donc à la transparence. A cette fin, ne pourrait-on mettre en place un protocole objectivable, sous le contrôle d'une autorité mixte incontestable, composée de scientifiques indépendants et de religieux juifs et musulmans légitimes, qui permette aux responsables politiques de s'appuyer sur ses conclusions avant toute décision légale ?

  • Par albert - 6/04/2017 - 11:56

    Je ne peux pas accepté que la communauté juive ou musulmane contestent cette décision.

    Il y a des lois en démocratie et elles doivent être respectées par chacun quelque soit ses convictions filosphiques.

    Je pense qu'il aurait peut être fallu faire plus de pression avant sur les parlementaires qui ont voté la loi. Et rien ne vous empêche de marquer votre désaccord en ne votant plus pour les mêmes aux prochaines élections. C'est la sanction du peuple.

    Celles et ceux qui ne sont pas d'accord ont toujours la liberté d'émigrer vers d'autres cieux qui leur apportera plus de bonheur.

    Albert

  • Par Monrose, Fred - 6/04/2017 - 16:21

    j'ai assisté jadis à un discours prononcé par un imminent homme politique libéral, dont je n'ai jamais oublié la conclusion: "le monde ne deviendra vivable que lorsque on aura pendu le dernier roi avec les boyaux du dernier curé' (sic). Il faut préciser que c'était dans le contexte de la "question royale" (cf. Léopold III) mais connaissant bien l'orateur, je ne trahirai pas sa pensée en affirmant qu'en parlant de curé, il englobait bien évidemment toutes les religions qui pour lui étaient les véritables plaies de l'humanité ayant davantage contribué à sa déchéance qu'à son évolution. Depuis lors, c'était en 1946, nonobstant les plus grandes découvertes notamment historiques et scientifiques, rien n'a changé = Homo homini lupus !

  • Par Yves - 6/04/2017 - 19:11

    Cette décision serait tout à fait acceptable si le bien-être animal était réellement respecté dans les abattoirs "industriels" non cacher.

    De ce qu'on sait des pratiques d'abattage dans ce pays, le stress et la souffrance animale sont aussi des réalités dans les abattoirs non religieux. Rien ne laisse penser que les animaux souffrent plus dans les abattoirs musulmans ou juifs qu'ailleurs.

    Etonnant dès lors qu'on s'attaque en priorité à des filières minoritaires. Une façon de faire un écran de fumée pour couvrir la situation déplorable dans l'ensemble de la filière de la viande ?

  • Par Irène Kaufer - 7/04/2017 - 8:28

    tiens, tiens, quand le sujet touche (aussi) des Juifs, le CCLJ (ou en tout cas une partie) devient soudain plus compréhensif pour les "accommodements raisonnables". Qu'en pense votre grande amie Nadia Geerts... ?

  • Par nicolas - 7/04/2017 - 8:43

    Absolument pas. Contrairement à ce que vous dites, la possibilité d’abattre rituellement (sans étourdissement) une bête ne constitue pas un accommodent raisonnable. C’est simplement la loi qui le permet, du moins jusqu’à présent.
    Si en revanche le législateur belge décide d’interdire l’abattage sans étourdissement, les Juifs pratiquants devront respecter la loi en application du vieux principe juif « Dina malkhouta dina ».
    C’est pourquoi, nous continuerons de nous opposer aux accommodements dits « raisonnables » (ils ne le sont jamais) d’où qu’ils viennent.
    Nicolas Zomersztajn