Elections 2019

Inquiétudes juives

Lundi 27 mai 2019 par Nicolas Zomersztajn

La percée de l’extrême droite en Flandre et la progression de la gauche radicale côté francophone ne constituent guère de bonnes nouvelles pour les Juifs de Belgique. L’heure n’est pas à la joie.

 

Le Vlaams Belang est non seulement devenu la deuxième force politique de Flandres mais aussi la troisième formation belge en termes de sièges au Parlement fédéral.

Cette situation est inquiétante car contrairement au cochon, il n’y a rien de bon dans le Vlaams Belang. Il ne cesse d’attiser la haine de tout ce qui n’est pas flamand : les francophones, les étrangers, surtout quand ils sont migrants et musulmans.

Quant aux Juifs, ce parti présente des particularités qui ne font pas de lui un pôle de sympathie. Puisant ses racines dans la Collaboration flamande, l’antisémitisme et le négationnisme ont toujours été bien accueillis chez ces nostalgiques de l’Ordre nouveau.

Aujourd’hui, ils ont l’air présentable. Ils portent le costume et la cravate, et ils veillent à ne pas s’en prendre (publiquement) aux Juifs même si en interne la nostalgie des grandes heures du Mouvement flamand est vivace et la mémoire des valeureux combattants SS flamands du front de l’Est est encore entretenue.

Pour donner des gages à ceux qui se montrent perplexes envers leur rupture avec l’antisémitisme, les dirigeants du Vlaams Belang, Filip Dewinter en tête, multiplient les marques de soutien à Israël. C’est évidemment au nom de la lutte contre l’islam que l’extrême droite flamande fait les yeux doux, non pas à Israël, mais à la droite nationaliste et l’extrême droite israélienne. Une application simple et logique du vieil adage « l’ennemi de mes ennemis est mon ami ».

Mais ne soyons pas dupes, même lorsqu’ils saluent le courage de Benjamin Netanyahou dans sa lutte implacable contre la menace terroriste islamique, ils dissimulent mal leur antisémitisme. Il y aura toujours un moment où le vernis craque : leurs références mémorielles se heurtent systématiquement à celles des Juifs de Belgique. Leurs héros seront toujours nos bourreaux.

Côté francophone, il y a au moins une bonne nouvelle : l’absence d’extrême droite dans le paysage politique. A cet égard, Bruxelles et la Wallonie font figure d’exception sur la carte politique européenne. Ne boudons pas notre plaisir et réjouissons-nous.

Il ne faut pas pour autant faire preuve d’un optimisme béat et naïf. La progression d’un parti de gauche radicale comme le PTB pose certains problèmes pour les Juifs. Ce parti a fait clairement le choix d’un style et d’une stratégie populiste visant à construire une frontière entre « le peuple » et « l'oligarchie », la seule frontière politique qui vaille. En articulant leur lutte entre un peuple nécessairement bon et une classe dirigeante présentée comme homogène et complotant sans cesse contre le peuple, le PTB épouse les codes et la grammaire populiste où le Juif est souvent un repoussoir.

Bien sûr le PTB n’est pas antisémite. Il préconise des politiques n’ayant rien à voir avec celles du Vlaams Belang. Mais son opposition primitive aux classes dirigeantes où les Rothschild deviennent la figure de la domination par excellence peut susciter des formes d’antisémitisme auxquelles l’extrême gauche avait déjà succombé par le passé. Il n’est pas étonnant de voir un militant du PTB diffuser sur les réseaux sociaux un montage de Charles Michel en Rabbi Jacob avec pour légende : « Charles Michel y va taxer ».

Ce n’est pas non plus son positionnement sur le conflit israélo-palestinien qui pourra dissiper nos inquiétudes : le PTB fait partie de cette nébuleuse obsessionnellement anti-israélienne et clairement antisioniste. Ce n’est pas sur ces admirateurs de Jeremy Corbyn que nous pourrons compter pour lutter contre l’antisémitisme lorsqu’il s’exprimera au nom de la lutte contre Israël.

Nous avons donc connu de meilleurs lendemains d’élections générales. Ce ne sont pas les succès des populistes hongrois, polonais, italiens, etc. qui vont faire disparaître notre inquiétude. Inquiets mais pas désespérés. 


 
 

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  • Par Patrick - 28/05/2019 - 5:40

    Pourquoi ramener aux seuls juifs le résultat des élections ?
    N est ce pas faire preuve de racisme envers les non juifs ?

  • Par godelieve,béatr... - 28/05/2019 - 11:03

    C'est article est politiquement incorrecte. Je suis Flamande et je ne correspond pas à tous ce que vous dites des Flamands.
    Nous avons connu des attentas tout comme les Juifs, c.a.d. Maalbeek, Zaventem et beaucoup d'autres. Et l'attentat dans le musée Juif n'était pas fait par les Flamands. Les Palestiniens ne sont pas des Flamands, ils sont venus dans un grand nombre en Flandre.
    Nous n'avons plus le droit de choisir nos écoles pour nos enfants c'est la parti CD&V qui a décidé cela.
    C'est Bart De Wever qui est pour les personnes Juifs et personne d'autre ne vous faites pas une contruction sur la bonté des autres.
    Les Flamands n'ont pas collaboré mais ils se sont défendus contre la soummission. La partie des Nazi était une parti National Socialisme (donc socialiste).
    Le débat n'est pas correct et anti-Flamand.
    Puis dans votre exposé vous êtes pour l'immigration des Muslim, mais est-ce-que c'est eux qui vous protègent?
    J'étudie à l'Institut Martin Buber.
    J'ai un Master en Sciences Morales 2005
    Je serai heureuse de voir que vous nuancés un peu et que vous ne faites pas la même chose que la partie francophone de Bruxelles.
    Lorsque nous, les Flamands parlent le Français, ils nous corrigent, mais eux ne parlent jamais un mot Flamand. La haine elle est où et on se trompe de discours tout le temps.
    G. Vandendriessche

  • Par Roland Douhard - 28/05/2019 - 18:15

    Je n'ai pas dû lire le même article. Pas plus la rédaction de Regards n'a réduit l'ensemble des Wallons et des Bruxellois francophones au PTB, pas plus elle n'a généralisé dans cet article le vote d'extrême droite à toute la Flandre. Il y a tout de même une différence, et pas une mince, entre le Nord et le Sud de la Belgique. En Flandre, la quasi moitié des électeurs a choisi de voter pour deux partis nationalistes et populistes. L'un, le Vlaams Belang, ouvertement xénophobe et identitaire, aux racines, c'est vrai, collaborationnistes. Ne pas croire que l'apparence des costumes bleus de la jeune génération ne cache pas le fond brun et rance du Vlaams Nationaal Verbond (VNV). L'autre parti, la Niew-Vlaamse Alliantie (NV-A), selon les circonstances, les opportunités et les nécessités, ne craint pas non plus de recourir à des propos et pratiques indignes. Il y a un mot, prononcé par Bart de Wever, il y a deux ans, et qui saluait cyniquement la politique migratoire de Théo Francken, "razzia", parlant ainsi avec élégance de la manière dont il conçoit le traitement d'êtres humains venus d'ailleurs et qui n'ont pas eu la chance de naître du bon côté de la barrière, les migrants, que ne renieraient pas le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, et son fondateur, Filip Dewinter. A l'évidence, si l'amitié n'est toujours pas la règle entre le Vlaams Belang et la NV-A, en revanche, la porosité idéologique règne à tous les étages. Du côté francophone, un tel déchaînement nationaliste et boursouflé d'arrogance, de mépris et de haine dans certains cas, n'existe pas. Ce qui est effectivement une heureuse singularité en Europe. A contrario, les Wallons, les Bruxellois, mais aussi les Flamands, ici et là, doivent digérer le poison stalinien du PTB. Ce parti à la pensée totalitaire, à l'instar de l'extrême droite, c'est ça leur similitude, derrière le faux-nez de l'antisionisme, flirte régulièrement avec une manière stigmatisante de voir les Juifs. Tout aussi problématique, il se vautre dans un parler populiste manichéen et démagogique, renvoyant la société tout entière, si pas à une guerre civile, du moins à une guerre des classes destructrice. Chacun doit balayer devant sa porte et les chèvres, que nous ne sommes pas, seront bien gardées des deux côtés de la frontière, j'ose à peine encore la qualifier de linguistique.

  • Par Placide Muhigana - 28/05/2019 - 21:47

    Faut pas être dupe. Le Belang fait du bruit contre les arabo-musulmans mais c'est l'autre en général qu'il n'aime pas, qu'il soit noir comme moi, juif, tsigane, le basané, l'Asiatique, le pauvre migrant, etc

  • Par Daniel Donner - 30/05/2019 - 11:14

    "C’est évidemment au nom de la lutte contre l’islam que l’extrême droite flamande fait les yeux doux, non pas à Israël,mais à la droite nationaliste et l’extrême droite israélienne."...

    Cette affirmation dement la realite des partis fascisants d'Europe qui soutiennent au contraire les ennemis d'Israel.