Informer. Sans parti pris

Mercredi 17 octobre 2001

 

Depuis l’échec des sommets de Camp David et de Taba, la violence ravage à nouveau le Proche-Orient. Cette violence nous désespère : elle signifie la fin du rêve que nous croyions à portée de main : la paix, enfin. Elle nous inquiète d’autant plus que des médias, censés rendre compte avec objectivité d’un conflit dont nous connaissons depuis longtemps la rare complexité, font preuve d’un parti pris que nous jugeons insupportable en faveur d’un seul des deux camps en présence, celui des Palestiniens. Pour que nous en venions à parler ainsi, faut-il que les choses soient allées trop loin... Le 1er octobre dernier, l’envoyée spéciale du Soir en Israël, consacre un article à «Khalil», ce Palestinien qui, en février dernier, fonçait sur un arrêt de bus en Israël, tuant huit soldats. Cet homme, comment le décrit-elle? Comme l’assassin qu’il est? Que non! «Ce n’était pas un fanatique», se contente-t-elle d’écrire. Juste un type qui a «disjoncté». Elle ne s’en tient malheureusement pas là. Décrivant la première visite de Mana, épouse du terroriste, à son mari en prison, elle s’appesantit lourdement sur le «choc» de la jeune femme quand elle le découvre amputé d’une jambe. Une «opération» dont la journaliste semble contester l’utilité, comme si les Israéliens avaient coupé une jambe à ce « malheureux » pour le punir. De telles insinuations, habilement amenées il est vrai, sont choquantes. Indignes d’un journal respectable. Un autre exemple. Rendant compte à ses jeunes lecteurs de la conférence contre le racisme de Durban, Le Soir junior affirme qu’elle s’est déroulée dans la confusion, certains pays comme Israël et les Etats-Unis, ne supportant pas d’être montrés du doigt. Fin de citation. Rien sur la propagande antisémite déversée à Durban. Rien sur les «Morts aux Juifs», hurlés, des dizaines de fois, des centaines de fois, au cours de la conférence. C’est grave. Nous savons, nous, Juifs, ce que signifient ce genre d’insultes. Où elles peuvent mener. A Auschwitz ! Nous ne demandons pas aux journalistes du Soir de virer du jour au lendemain à un pro-israélisme de circonstance - il nous est arrivé de nous montrer nous-mêmes très critiques vis-à-vis de la politique israélienne-, mais il serait bon qu’ils cessent de parler du Proche-Orient comme s’il s’agissait d’un mauvais feuilleton mettant aux prises des bons, les Palestiniens, et des mauvais, les Israéliens. Le conflit israélo-palestinien, n’oppose pas nécessairement le fort au faible. Et du reste, celui qu’on dit fort, trop fort, est sans doute moins fort qu’on ne l’affirme ici ou là. Et le faible sans doute pas aussi faible qu’on ne le prétend. La réalité du Proche-Orient est complexe, répétons-le. Montrer des enfants palestiniens qui jettent des pierres ne nous choque pas par définition. Mais pourquoi se refuser à évoquer le détestable bourrage de crâne dont sont l’objet ces mêmes enfants de la part d’aînés irresponsables? Les manuels scolaires utilisés dans les écoles de Palestine appellent clairement à la haine des Israéliens, des Juifs. Cette éducation au mépris est honteuse et dangereuse. Pourquoi s’en cacher? Au nom de quoi? Je ne ferai pas l’insulte aux journaliste du Soir, de prétendre qu’ils travaillent sciemment à désinformer leurs lecteurs sur la question qui nous occupe. Je ne le crois pas. Ce serait terrible. Or, c’est le résultat auquel ils aboutissent. Nous avons toujours vécu en bonne intelligence avec la communauté arabo-musulmane de ce pays. Que doivent penser les membres de cette communauté quand ils apprennent par Le Soir que des médecins israéliens sont prêts à couper une jambe à un de leurs coreligionnaires pour des motifs de basse vengeance? Est-ce une guerre intercommunautaire à quoi l’on veut nous pousser? Le Soir ne devrait-il pas tout faire, au contraire, pour rapprocher les communautés, favoriser le débat entre Juifs et Musulmans, entre Arabes et Israéliens? Apaiser la haine plutôt que l’attiser ? Le rôle de la presse, que l’on qualifie non sans raison de quatrième pouvoir, ne se limite pas à rapporter les faits bruts. Mais à mettre ces faits dans leur contexte global et à les éclairer. Un journal qui se veut responsable se doit d’éduquer son lecteur, de le rendre plus ouvert, plus libre, plus intelligent. Et plus tolérant. Si elle oublie sa mission, ou si elle l’accomplit mal, la presse se trahit elle-même. Elle met alors la démocratie, dont elle est un des plus solides remparts, en grand danger.


 
 

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