L'humeur de Joël Kotek

L'indigent vert du Royaume

Mercredi 3 avril 2019 par Joël Kotek, Directeur de publication de Regards et professeur à l'ULB
Publié dans Regards n°1041

Les médias adorent les pensées tranchées, les oppositions radicales. C’est ainsi que dans l’importante question des rapports entre antisionisme et antisémitisme, ils ont choisi de privilégier deux thèses également extrémistes, celle de Joël Rubinfeld, qui défend l’idée que toute manifestation antisioniste serait par définition antisémite et celle d’Henri Goldman pour qui non seulement l’antisionisme ne saurait être caractérisé d’antisémite, mais qui suggère en sus que le sionisme serait raciste !

Si la thèse de Rubinfeld est vraisemblablement majoritaire au sein de la Rue juive (sans être pour autant pertinente), celle d’Henri Goldman n’exprime que la rancœur de cette poignée de Juifs, hier marxistes et aujourd’hui islamo-gauchistes, pour qui le sionisme est le Mal et Chavez, Ramadan et Ismaël Haniyé le Bien. Ne nous trompons pas, la spécialité d’Henri Goldman, ce n’est pas le sionisme ni l’antisémitisme, qu’il minimise dans toutes ses interviews, mais bien le monde arabe, le racisme anti-musulman, bref le vert de l’islam comme le démontrent ses écrits, ses prises de position, notamment lors des Forum mondiaux contre l’islamophobie. Et c’est bien pour cela qu’il a été placé sur la liste… verte aux régionales bruxelloises ; l’idée étant qu’il déplace vers les Verts un maximum de verts, jusqu’ici acquis aux Rouges.

La manœuvre est ingénieuse : Goldman n’a eu de cesse ces dernières années de draguer l’électorat frériste et indigéniste. Il est notamment le créateur de Tayush, l’une des multiples portes d'entrée destinées à cashériser, plutôt à hallaliser les ennemis de notre bonne vieille démocratie laïque et bourgeoise : Houria Boutelja, Dyab Abou Jahjah et Tariq Ramadan, sont ses potes, bien davantage que le Rabbin Guigui ou la Rabbine Delphine Horvilleur : « J’apprécie Ramadan », confia-t-il en mai 2016 dans un entretien croisé avec Michel Gheude. « Il incarne à mes yeux une interprétation de l’islam totalement compatible avec le cadre démocratique des Etats européens sécularisés. (…) Il porte la voix de personnes discriminées, mais fières de leur bagage culturel et religieux et qui refusent de se plier aux injonctions du modèle assimilationniste français. En plus, il parle bien, a de la prestance. Rien à voir avec la figure confortable du colonisé arriéré. Je comprends que ça dérange et qu’on cherche à le transformer en croquemitaine islamiste (…) Tandis qu’on discrédite Tariq Ramadan, on érige en interlocuteurs des personnes de culture musulmane qui n’ont aucun crédit dans leur communauté d’origine. Pour quel résultat ? ». La réponse est évidente : pour un résultat aussi nul que lorsqu’il est lui-même interrogé par nos médias sur le sionisme, Israël ou la condition juive.

Car, répétons-le et ce n’est pas insultant, Goldman est à la judaïcité belge ce que Chalgoumi est à l’islam hexagonal, Zemmour à l’Université française, Modrikamen à la pensée libérale. Et c’est pourtant ce Monsieur 3% qui est systématiquement interrogé dès lors qu’il s’agit du sionisme par nos médias. Je n’y verrai rien à redire si ses propos n’étaient aussi convenus qu’incongrus, calculés que grotesques. 

Que penser, en effet, de son interview à la RTBF où, interrogé sur l’origine du regain antisémite, Goldman n’évoque que la piste… polonaise, via l’Allemagne ? Et lorsqu’on l’interroge timidement sur un possible antisémitisme musulman, le voilà grommelant bien malgré lui, comme surpris par l’incongruité de la question : « Oui, il y a un peu de cela ». Un peu de cela ? Mais toutes les enquêtes (sérieuses) affirment pourtant l’opposé, sans même évoquer la triste réalité des 16 assassinats de Juifs parce que (supposés) Juifs commis en France et en Belgique depuis 2006 et ce, tous de la main de jeunes radicalisés musulmans. 

On lui pardonnerait volontiers ses omissions à caractère électoraliste, n’était son dernier dérapage dans son interview au Vif. Non content d’oublier que l’extrême droite néo-nazie est pro-palestinienne et certainement pas pro-israélienne, de feu Faurisson à Me Courtoy, notre racisé blanc (c’est lui qui parle) ucclois crut bon de sous-entendre que les politiques et les médias en faisaient trop pour les Juifs, allant jusqu’à les qualifier de « chouchous de la maîtresse ». 

On croit rêver. A lire, Goldman, les 16 Juifs assassinés par les Koulibany, Merah et autre Nemmouche, parmi lesquels trois enfants en bas âge, s’expliquent par la sollicitude dont jouissent les Juifs. Je le cite : « Enfin, puis-je ajouter, qu'en tant que Juif, j'en ai assez de cette lourde sollicitude qui prétend nous protéger de tous les côtés comme de petites choses fragiles. Je ne veux pas être assimilé au chouchou de la maîtresse qui, dans toutes les cours de récréation du monde, finit par être détesté et persécuté par ses propres condisciples ». S’il faut considérer Myriam Monsonégo, 8 ans, assassinée par Merah comme un « chouchou de la maîtresse », de qui, de quoi Ilan Halimi, Mireille Knoll, Yohan Cohen, Sarah Halimi seraient-ils les chouchous : de la Shoah, de la téléphonie mobile, de la grande distribution ? Il est manifeste qu’un redéploiement du rejet pathologique de soi s’opère, aujourd’hui, sous couvert d’antisionisme et d’anti-colonialisme perverti. Elections : piège à cons !


 
 

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  • Par Yvette Rauwers - 3/04/2019 - 14:35

    Rappeler qu'au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et l'Hypercasher, HG avait estimé urgent d'organiser une manifestation contre l'islamophobie, sans mentionner l'antisémitisme. Par une curieuse inversion, ce sont les musulmans qui sont devenues les victimes à protéger.