Polémique

"S'il le faut, je peux être pire que Cruella... et même qu'Adolf Hitler"

Jeudi 23 mars 2017 par Perla Brener

L’histoire date d’il y a déjà un mois, mais si le temps passe vite, l’incompréhension demeure chez ces quelques élèves de 1ère secondaire de l’Ecole active, qui attendent toujours des excuses de leur professeur.

 

Les faits se sont produits avant les congés de Carnaval. La titulaire d’une classe de 1ère secondaire, visiblement excédée par la turbulence de ses élèves, en serait venue à cet avertissement surprenant : « J’ai dit à vos parents en réunion collective que j’étais quelqu’un de gentil, mais s’il le faut, je peux être pire que Cruella… ». Ses propos malheureusement ne s’arrêtent pas là. « Elle s’est alors adressée plus précisément à nos enfants qui viennent de Beth Aviv en ajoutant : "et même qu’Adolf Hitler !" », soutiennent les parents d’Ethan, 12 ans. « D’autres enfants de la classe les ont même regardés en étant choqués », ajoute-t-il.

Le jeune garçon ne raconte rien en rentrant de l'école. C’est le père d’une camarade, elle aussi visée, qui appellera ses parents. « On a alors questionné Ethan », poursuit sa mère. « « C’est possible d’être pire qu’Hitler ? » nous a-t-il demandé, déjà bien conscient de son histoire familale. Je lui ai dit qu’il s’agissait sans doute de paroles en l’air, mais très déplacées, et j’ai contacté l’école pour en parler au directeur encore avant les vacances. Il ne m’a pas rappelée ».

L’incident avec cette titulaire, également professeur de français, n’est semble-t-il pas le premier. « Elle s’était déjà adressée plusieurs fois à ces mêmes élèves en les stigmatisant », rapporte le père d’Ethan, « en leur disant qu’à Beth Aviv, on n’apprenait visiblement pas à lever le doigt, à être solidaires… ». En décembre, l’un d’eux a décidé de quitter l’école pour rejoindre l’Athénée Ganenou. Après les vacances de Carnaval, une deuxième prenait la même décision « pour propos antisémites », affirme le père d’Ethan. « La direction s’est contentée de prendre acte ».

Toujours sans nouvelles de celle-ci, les parents d’Ethan contactent Joël Rubinfeld, président de la Ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA). La rencontre avec la direction se déroulera finalement un mois après les faits, ce lundi 20 mars. « Joël Rubinfeld et son avocat nous ont accompagnés », explique le père d'Ethan. « Le directeur a admis un problème de communication dans son établissement qui justifiait qu’il nous rencontre aussi tard. Il a reconnu la gravité des propos en affirmant qu’ils n’avaient pas été tenus dans l’intention de blesser les Juifs. Quand on lui a demandé ce qu’il comptait faire, il nous a répondu qu’aucune décision n’avait été prise, qu’ils en reparleraient au CA qui se tient après Pâques ! »

Nous avons nous-mêmes contacté le directeur qui ne souhaite pas faire plus de commentaires et parle d’une différence d’interprétations, affirmant qu’il soutient l’enseignante, mais reste ouvert à toute nouvelle demande de rencontre des parents.

A défaut de sanction, les parents d’Ethan s’attendaient au minimum à des excuses. « L’école joue les arbitres sans se positionner, au lieu de prendre ses responsabilités », déplore le papa d’Ethan. « Les faits sont là, il ne peuvent être niés. La professeur les a reconnus devant ses élèves en disant qu’elle avait juste voulu leur faire peur, car ils étaient turbulents, et que ses propos avaient été mal interprétés, sans exprimer le moindre regret... ». Depuis la rentrée de février, leur fils est sous certificat médical et espère pouvoir encore changer d’école avant la fin de l’année. Il suit chaque jour des cours particuliers pour ne pas accumuler plus de retard.

Sans forcément crier à l’antisémitisme, mais peut-être à la bêtise, il est certain que ce type de réaction d’un enseignant à l’égard de ses élèves, qu’ils soient juifs ou de toute autre origine, n’est pas de nature à apaiser le climat actuel. On aurait cru à plus d’écoute, de compréhension et surtout de réactivité de la part d’une école connue pour sa vigilance constante envers le vivre-ensemble.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Manfred BENJAMIN - 24/03/2017 - 20:45

    Le directeur de l'établissement est aussi responsable que l'enseignante puisqu'il ne réagit pas.
    Les deux doivent subir une sanction importante et le directeur devrait être démis pour incompétence.

  • Par roekaerts - 24/03/2017 - 21:04

    et si en fait la phrase avait été: "vous ne ferez pas de moi cruella d 'enfer ou pourquoi pas adolf hitler" quelques mots de différents mais un sens totalement opposé... on verrai apparaitre une école en difficulté par rapport a sont cadre "en retait" qu'elle essaye d'installer. vous savez le cadre en retrait c'est une facon de faire autorité sans sanctions véritable, mais un dialogue qui tient adroitement compte des excès des ados sans les punir directement. ce n'est pas facile et la parole est souvent la meilleur façon de tenir tête au ados.
    C'est un beau défi que se propose cette école un peu différente, le papa d'Etan ne semble pas se rendre compte que si la résistance des adolescents dans un modèle traditionnel est punie par une punition dans un modèle où le cadre est en question comme à l'école active, c'est la parole du professeur qui fait limite. stéphane r

  • Par Arik - 25/03/2017 - 1:06

    Bizarre... quand nous avons décidé de quitter l'Ecole Active en octobre (pour des raisons pédagogiques), le directeur nous a fixé un RV le lendemain car il était important d'avoir un échange très rapidement.
    Question de priorité je suppose.

  • Par Charles Xavier - 26/03/2017 - 23:13

    Version alternative simplifiée.
    "
    Une p'tite prof bleue (promise à la buse) perds les boules en ne sachant pas gérer une classe de 40, dont:
    - 20 enfants lui jettent des crayons et des gomme sur le dos
    - 20 enfants dorment en ronflant bruyamment au fond de la classe

    Elle perds les plombs en jetant une invective qui NOUS choque.

    Le Professeur CCLJ (doctorum ultrim veritas sed lex dura lex ex optmum) de la Haute Ecole de Morale ramène ses pantoufles et lui fait la leçon suivante "Combien de clients perdrez vous si nous faisons un drama public ?"

    Le bleu (un nul, c'est sa troisième sess) ne réponds pas... (il se demande "je dois défendre MON prof ou défendre LE prof ? les deux sont tout aussi nuls que moi...")

    Et voila que le Professeur CCLJ nous jette les résultats au tableau public qu'est internet ! Et ça cote sec. Et tout le monde râge !

    Bienvenue dans le monde formidable de l'éducation.

  • Par RAPHI - 27/03/2017 - 22:12

    Heureusement que Monsieur Rubinfeld est là pour nous défendre.
    Voilà ma conclusion à la lecture de votre article. Je suppose que les parents d'Ethan savaient pourquoi s'adresser à lui et non aux incompétents et endormis du CCOJB ou du Consistoire qui n'auraient pas bougé le petit doigt. Faudrait pas se mettre à mal avec quelqu'un, non surtout pas. Surtout soyons silencieux et ne faisons pas parler de nous tels semblent être leurs leitmotiv.

    Quant à votre conclusion, je ne puis que marquer mon accord avec vos propos.

  • Par bruno wajskop - 29/03/2017 - 3:18

    Ma fille a été témoin de commentaires antisémites… de la part d'une élève de cette école, dont il ressort que les élèves issus d'autres écoles "progressistes" stigmatisent les élèves Juifs de l'école active.

  • Par candide - 5/04/2017 - 12:04

    C'est en effet interpelant mais significatif car, alors que Cruella est un personnage inventé incarnant ...la cruauté, Hitler a bel et bien existé et incarnait avant tout le dévoiement idéologique de la race supérieure des Ubermensch et celle des autres Untermensch, les juifs et les tziganes ne faisant partie ni de l'une ni de l'autre car soustraits de la "race" humaine.
    L'enseignante qui a proféré ces propos se distingue par un manque de discernement, un emploi de formules bateau qu'elle croit spectaculaires et un manque de connaissance troublant et qui en dit long sur ses capacités d'enseignante et de gardienne d'une discipline indispensable à l'acquisition d'un peu d'instruction.
    Si elle voulait absolument citer des personnages réels et non virtuels il n'y avait que l'embarras du choix, même de nos jours: Hafez et Bachar El Hassad, Saddam Hussein, Khaddafi etc...mais on pourrait lui objecter que c'est de l'islamophobie! Elle aurait pu citer aussi Habyarimana, le génocide Rwandais et burundais, Hissène Habré, le Darfour, le Sud Soudan ...mais alors on aurait pu lui objecter que ce sont toujours les africains qu sont visés. Mais il y a toujours l'embarras du choix: Milosevic, les troupes de néerlandaises de l'ONU à Srebrenica...
    Trop compliqué tout cela allons restons dans l'irréel Cruella, le Joker de Batman, etc...
    Cependant ce ne sont pas les excuses qui suffiront. Il faudrait qu'elle prenne le temps de lire un peu et de venir devant la classe en faisant un cours sur: "pourquoi est-il nécessaire de ne pas chahuter au cours?" "quelle est la réelle portée de l'idéologie raciste d'un HItler et de tous les autres sinistres individus cités plus haut de nos jours sur le merveilleux "vivre ensemble" etc...etc...
    Voilà ce qu'on est en droit d'attendre de la réputation de l'Ecole active et qu'il faudrait suggérer à leurs dirigeants plutôt que des dénégations, des excuses assez plates et ...pas beaucoup d'activité.

    Mon petit-fils se tâte pour poursuivre en secondaire entre l'Ecole Active et Decroly ...Pour le moment cela semble être Decroly 1 - Ecole Active 0.

    N.B: J'engage aussi les commentateurs et en particulier Charles Xavier dont les citations latines sont approximatives et qui joue les présidents de tribunal auto-proclamés de mal observer les règles grammaticales du français (pluriels sansq "s", pas de "s" à la 3e personne du singulier indicatif présent...etc...). Eh oui, cela aiderait peut-être à la discipline et on imagine assez mal les gamins du Maccabi (et de n'importe quel club de foot-tennis- basket- hockety- volley ball...) contester les décisions du coach-arbitre alors que l'on peut chahuter sans vergogne n'importe quel instit. car cela serait dommage de sanctionner les élèves, n'est-ce pas?

    Beurk!beurk!beurk!

  • Par ROSENBERG - 6/04/2017 - 17:46

    En 1949, j'étais élève en secondaire dans un athénée bruxellois de très bonne réputation. Ayant subi les affres de l'occupation nazie durant le second conflit mondial, je n'étais pas un "excellent sujet" du seul fait d'un évident retard scolaire. Un jour où j'avais été quelque peu indiscipliné, je fus appelé au bureau du directeur pour y recevoir ce que je pensais être une sérieuse réprimande mais contre toute attente, ce personnage qui en imposait à tous les élèves par son style du type commandant militaire, se mit à m'invectiver par des propos tels que "que faites vous en Belgique, pourquoi ne retournez-vous pas chez VOUS" (à l'époque j'étais apatride,réfugié sous l'égide de l'O.N.U.) "Vous savez que vous coûtez cher à l'Etat belge", "des gens comme vous, cela nuit à la réputation de notre établissement" et j'en passe... Je ne conterai pas ici ce que fut ma réaction mais il en résulta mon expulsion immédiate et irréversible de l'école. Lorsque je contai la chose à mon père, détenteur entre autres de plusieurs décorations pour hauts faits rendus par un étranger à la Belgique, il ne s'abaissa pas à rendre visite à l'auteur des susdits propos mais demanda directement audience à celui qui était alors le ministre de l'éducation nationale avec comme résultat que dans les jours qui suivirent, le directeur suivait le même chemin que moi et faisait ses adieux aux lieux où il se croyait sur un trône inamovible. Avec le recul du temps, pareils faits n'auraient certes plus aujourd'hui les mêmes répercussions mais qu'on se le dise néanmoins...