Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

Humanisme, éducation, tolérance, pour contrer l'abject

Vendredi 18 janvier 2019 par Géraldine Kamps

Les audiences de ce vendredi étaient consacrées à la première audition des parties civiles. L’occasion de citer pour la première fois depuis le début du procès le nom des quatre victimes de la tuerie du 24 mai 2014, comme le déplorera lors de son audition, le président du Musée juif de Belgique, Philippe Blondin.

Le président du Musée juif de Belgique, Philippe Blondin aux côtés de son avocat Me Masset

C’est l’avocat général qui démarrera la séance en demandant à la présidente l’autorisation de visionner sept auditions du principal accusé Mehdi Nemmouche réalisées pendant sa garde à vue à Paris. « Des auditions d’autant plus importantes à voir qu’il invoque son droit au silence », justifie-t-il, les déclarant en outre particulièrement « interpellantes ». « On le voit prendre un air goguenard, faire de l’humour, se marrer parfois, comme s’il était au Club Med. Et parler des Juifs, pendant quelques minutes seulement, mais qui permettent immédiatement de se rendre compte de ce qu’il en pense. Ce serait également intéressant de soumettre ces enregistrements vidéo à un expert psychiatre, dans la mesure où il a refusé de se soumettre à l’expertise psychiatrique ». Une demande que l’avocat de Mehdi Nemmouche, Me Laquay, interprétera comme « un repli total du Parquet depuis qu’a été apportée la preuve d’une absence de son ADN sur la porte du Musée ».

Débutera ensuite l’audition attendue d’Annie Adam, la mère d’Alexandre Strens, ce jeune homme de 25 ans qui travaillait depuis quelques mois au Musée où il venait d’être engagé à contrat indéterminé, et qui n’a malheureusement pas survécu à ses blessures par balle.

« Une maman à qui on a coupé les ailes »

Lorsque cette mère de huit enfants (Alexandre était le septième), accompagnée de son fils aîné, prend la parole, Mehdi Nemmouche semble baisser le regard. Elle ne regardera jamais dans sa direction. « Alexandre était un garçon gentil, travailleur, généreux, qui aimait rendre service, dont le seul souhait était d’étudier. Alexandre était passionné d’histoire et de musique. Il avait été très sensibilisé par ce qu’il s’est passé à Auschwitz. Il terminait son mémoire en économie internationale et était très heureux de son travail au Musée juif. Sa vie s’est arrêtée le 24 mai 2014 ».

Ce sont probablement les mots ouverture, humanisme, éducation qui marqueront les déclarations de cette femme de 68 ans, qui avait décidé ce vendredi matin d’être forte, et de rendre hommage à son fils, en faisant confiance à la Justice. A la question de la présidente, « Comment vous sentez-vous ? » Elle répondra : « Comme une maman à qui on a coupé les ailes. Je ne regarde plus la télé. Tout ce que j’y vois me rend malade ». Annie Adam expliquera aussi les changements de noms et de prénoms qui avaient interpellé les enquêteurs, par la volonté d’une « meilleure intégration » de cette famille d’origine marocaine, dont tous les enfants sont nés en Belgique.

Un témoignage douloureux, après lequel Me Courtoy s’abstiendra de toute question, « le chagrin se respecte, on s’incline face à lui », lancera-t-il, sans s’empêcher de quelques commentaires abjects : « Alexandre Strens avait clairement une double identité. Il était notamment homosexuel. Cela nous a été confirmé par son petit ami dont nous avons demandé l’audition. Son père était lui fiché à la Sûreté de l’Etat pour des activités avec l’ambassade d’Iran… »

La nécessité de jeter des ponts

Après l’audition d’une artiste chilienne de 81 ans venue visiter le Musée le jour de l’attentat, restée très traumatisée par les faits et sous suivi psychologique, qui a immédiatement pu identifier les coups de feu en entendant les déflagrations, ayant été victime de la dictature dans son pays, le président du Musée juif de Belgique, Philippe Blondin, sera invité à prendre la parole.

Il tiendra à la lecture des statuts de son institution, pour illustrer ses objectifs culturels et tout à fait apolitiques, mentionnant par ailleurs que sur les 15 employés, quatre ou cinq sont juifs. « Nous n’avions jamais eu de menaces, pas un graffiti sur nos murs, ce qui est arrivé a été comme un éclat de tonnerre ! »

A la question de la présidente « Connaissiez-vous le couple Riva ? », sa réponse sonnera comme une mise au point adressée aux avocats de la défense : « Je ne les avais jamais vus. Le couple Riva était au Musée comme cette pauvre victime thaïlandaise au marché de Noël de Strasbourg. Les avocats de Nemmouche diront que c’est un complot ! »

Philippe Blondin expliquera également le fonctionnement des deux boutons placés sous le bureau de l’accueil permettant pour l’un la démagnétisation de la porte d’entrée, pour l’autre l’appel d’une société de sécurité reliée par téléphone. Il précisera enfin que « le Musée n’a pas été la 5e victime de l’attentat », ayant profité des quatre mois de fermeture pour préparer une nouvelle programmation et ajouter à ses missions l’ouverture aux autres cultures de la capitale, « la nécessité de jeter des ponts pour mieux se connaître ».

Me Courtoy une nouvelle fois ira de son commentaire, continuant dans sa logique d’un assassinat ciblé qui innocenterait son client. « Pourquoi un terroriste s’attaquerait-il à un Musée qui compte quatre visiteurs par jour, alors qu’une synagogue est tout près, avec beaucoup plus de monde ? » Sans préciser bien sûr que celle-ci était, à la différence du Musée, protégée par des militaires. Et d’ajouter : « Ce n’est pas moi qui ai parlé des agents du Mossad, mais le journal israélien très sérieux Haaretz ! » « Oubliant » que cette information a par la suite été démentie par le même journal.

Les audiences se termineront par le visionnage bouleversant des enregistrements vidéo par les caméras de surveillance du Musée, auquel les parties civiles auditionnées tiendront à assister. Un silence particulièrement pesant devant ces images noir et blanc, qui montrent clairement le couple Riva abattu froidement d'une balle dans la tête avant l'exécution des deux employés du Musée. Le tout en un peu plus d'une minute. La maman d'Alexandre Strens ne peut retenir ses larmes. Mehdi Nemmouche reste impassible. Comme depuis le début de ce procès.


 
 

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