Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

L'homme venu en repérage au Musée juif et Nemmouche seraient la même personne

Lundi 28 janvier 2019 par Belge

Un homme en costume s'est rendu au Musée juif de Belgique la veille des faits, pratiquement à la même heure que l'auteur de l'attaque le 24 mai. De l'analyse des vidéos de surveillance du Musée et d'un commerce voisin, il ressort que cet homme, l'auteur des faits et Mehdi Nemmouche présentent de nombreuses similitudes, a affirmé ce lundi devant la cour d'assises un enquêteur de la police judiciaire fédérale.

A la demande du parquet, le police a opéré un revisionnage des images de sécurité des cinq caméras du Musée archivées entre le 25 avril et le 25 mai. Elle s'est également penchée sur des images de caméras de surveillance placées à proximité des lieux.

On y voit un homme en costume, portant vraisemblablement des lunettes (peut-être de soleil), entrer dans l'accueil du Musée et y rester, selon les recoupements, environ deux minutes. Il semble avoir un bref échange avec Alexandre Strens, qui y sera abattu le lendemain.

L'homme sur les images présente des traits communs avec Mehdi Nemmouche : l'implantation des cheveux, la couleur et la longueur de ceux-ci. Sa physionomie générale semble également correspondre, tout comme la chemise qu'il porte et que l'accusé portait lors de son arrestation.

Les images laissent également voir des tâches plus claires au niveau des talons, qui peuvent correspondre aux semelles des chaussures Calvin Klein de Mehdi Nemmouche.

Outre les similitudes physionomiques et d'habillement (lunettes de soleil, cravate rayée, chaussures aux semelles blanches...), la proximité des heures entre le passage de l'homme en costume et l'auteur des faits le lendemain peut se révéler être un modus spécifique « pour se rendre compte de la situation sur place à une heure donnée », estime l'enquêteur.

« Il semblerait que l'homme en costume, l'auteur des faits et Mehdi Nemmouche soient la même personne », en conclut-il.

« Un stress apparent »

Le début d’après-midi devant la Cour d’assises de Bruxelles avait été l’occasion de revenir sur les conditions de l’arrestation du principal accusé. Une arrestation qui s’est déroulée à Marseille le 30 mai 2014 à bord d'un bus de la compagnie Eurolines en provenance de Bruxelles.

« Mehdi Nemmouche essayait de contenir un stress apparent », a déclaré l'un des trois douaniers français qui ont l’arrêté. « Ça a commencé quand je l'ai questionné sur d'où il venait. Il s'est montré un peu moins serein qu'il l'avait montré quelques minutes avant »

« Oui, quand j'ai eu son passeport en main, j'ai senti qu'un stress était présent. Je l'ai à quelques reprises vu s'agiter, bouger, donner des coups de tête sur la gauche », a poursuivi le témoin ajoutant que « suite au menottage, il a été comme soulagé ».

En interpellant Mehdi Nemmouche, les agents de la brigade de surveillance des douanes ont découvert qu'il portait sur lui un revolver chargé. Ils avaient auparavant trouvé, dans un sac, une kalachnikov également chargée et qu'aucun passager n'avait revendiquée.

Au moment où son collègue lui tend le sac, la douanière qui est intervenue avec deux autres agents a « senti qu'il se passait quelque chose », a-t-elle témoigné devant la cour. « Je vois l'arme, j'observe les passagers, je me dis qu'il y a quelqu'un de dangereux dans le bus ».

Lors de la fouille des autres bagages de Mehdi Nemmouche, ce dernier avait lancé aux agents : « Vous ouvrez le sac comme ça ? Et s'il y avait une bombe dedans ? », une réflexion qui avait donné des sueurs froides aux douaniers, se sont-ils rappelé devant la cour.

Après expertise, il s'avérera que les deux armes retrouvées en possession de Mehdi Nemmouche, le revolver Llama et la kalachnikov, sont celles qui ont servi lors de l'attaque du Musée.

La kalachnikov dérobée par Bendrer serait celle retrouvée sur Nemmouche

Les experts seront aussi revenus quelques heures plus tôt ce lundi sur le fait que Nacer Bendrer avait clairement été en possession d’armes, fait qu'il a toujours nié, a souligné le chef d'enquête.

Nacer Bendrer disposait d'une kalachnikov au moment où Mehdi Nemmouche lui en a fait la demande en avril 2014, a-t-il affirmé devant la Cour d'assises. Le Marseillais a reconnu avoir été sollicité par l'accusé, mais nie avoir répondu à sa requête. Selon les enquêteurs, lorsque Mehdi Nemmouche a été arrêté à Marseille, il revenait en fait rendre l'arme prêtée à son co-accusé.

En 2006, Nacer Bendrer et un ami d'enfance, Abderrahman Friga, ont agressé un épicier, une intimidation qui finira par une condamnation à 3 ans de prison pour le premier et à 5 ans pour le second. Pendant sa détention, Nacer Bendrer applique la loi du silence, une attitude appréciée et récompensée par le clan Friga, dont fait partie Mehdi, un dealer influent de la cité Air Bel de Marseille. La reconnaissance de celui-ci ne semble pas suffisante à Nacer Bendrer, qui décide de se servir à sa sortie de prison, en 2011. Il dérobe alors un sac d'armes appartenant à Mehdi Friga.

Selon le frère de Mehdi Friga, Kamel, le sac volé contenait deux kalachnikovs, un pistolet Glock, un pistolet Colt 45, un fusil à pompe et des munitions, soit les armes retrouvées en possession de Nacer Bendrer lors de son arrestation en décembre 2014 dans un appartement à Ceyreste, à l'est de Marseille. La kalachnikov manquante de cet arsenal serait en fait celle saisie sur Mehdi Nemmouche au moment de son arrestation, selon les enquêteurs.

Nacer Bendrer est par ailleurs décrit comme un homme « hyper violent, radicalisé », capable de couper un doigt au sécateur à un adolescent qui avait manqué à son père et dont il a peur. Il restait très influent depuis la prison, comme en atteste une tentative d'intrusion à Lantin où il était détenu, ont relevé les enquêteurs.

Devant la juge d'instruction, Nacer Bendrer avait affirmé que s'il avait eu une kalachnikov en 2014, quand Mehdi Nemmouche lui en a demandé une, il la lui aurait remise.

Concernant le revolver utilisé par le tueur du Musée juif de Belgique, celui-ci aurait été acheté sous une fausse identité en Espagne. L’arme se trouvait chargée et opérationnelle dans la poche de Mehdi Nemmouche au moment de son arrestation.

Comme la kalachnikov, le revolver Llama est visible sur des photos et vidéos qui figuraient dans l'ordinateur portable que transportait l'accusé. Des images prises dans l'appartement occupé par Mehdi Nemmouche à Molenbeek.


 
 

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