Opinion

Le hidjab, cette arme de combat politique

Lundi 8 juillet 2019 par Willy Wolsztajn

Au fond, que le débat sur le voile islamique s’invite à la table des négociations du gouvernement bruxellois est bienvenu. Les masques tombent. Le dress code musulman, réservé aux femmes et à elles seules, apparaît pour ce qu’il est. Non l’expression d’une spiritualité, d’une intime élévation de l’âme à Dieu, mais celle d’un mouvement sociopolitique. La promotion d’un ordre social religieux, patriarcal, puritain, identitaire, totalitaire, opposé au sécularisme de l’Europe, à la laïcité, à l’humanisme et à l’universalité de ces valeurs fondatrices.

Un tract Ecolo avait allumé la dernière semaine de campagne électorale. Les candidats se voyaient interpellés par nos concitoyens musulmans. Le voile islamique devenait clairement ce que l’on savait déjà : un enjeu politique. Le quotidien Le Soir[1] a consacré deux pleines pages aux promoteurs du hidjab. On y retrouve la youtubeuse Sara Lou, Ihsane Haouach, Mahinur Özdemir, Hajib El Hajjaji, l’asbl Les Cannelles, le Collectif contre l’Islamophobie en Belgique.

Ce sont les mêmes visages, au demeurant peu nombreux, qui toujours apparaissent. Grâce aux opportunismes, aux complaisances voire aux complicités non musulmanes, avec leur look d’exotisme orientaliste, ils se sont frayé une place parmi les médias, les partis politiques, les assemblées représentatives, les cénacles intellectuels, académiques et associatifs. Ils gravitent dans la mouvance des Frères musulmans et de l’AKP du néo sultan Recep Tayyip Erdogan, des parangons de démocratie et de progressisme comme chacun sait.

Ils ressassent une posture victimaire. On mêle habilement discriminations réelles, basées sur le genre ou l’origine ethnique et prétendues discriminations anti-musulmanes. On accuse surtout les règlements interdisant les signes convictionnels ostentatoires. On omet de dire que contrairement au genre, au faciès ou à la peau, un hidjab peut toujours s’ôter. L’abus de langage constitue une marque de fabrique de l’islam militant.

Ihsane Haouach se plaint d’avoir dû renoncer à des études de droit, faute de pouvoir plaider couverte de son voile. Elle a opté pour la faculté Solvay. Entre les professions d’avocate et de manager, elle ne peut guère invoquer un déclassement social. Par contre, ce choix révèle son échelle des valeurs. Pour elle, la loi de Dieu prime sur la loi des humains.

Ihsane Haouach a lancé l’association Les Cannelles, où milite avec elle Mahinur Özdemir, déjà évoquée dans ces colonnes.[2] Les Cannelles se posent en féministes. Elles émanent de la campagne vidéo « Bruxelloise et voilée[3] » à laquelle participe Malika Hamidi, théoricienne du « féminisme musulman » et égérie du très peu féministe Tariq Ramadan. Pour celle-ci, le voile « est porté (…) comme un acte sociopolitique (…) en cachant les atours du corps féminin, en supprimant le corps comme atour, [il] pose enfin la femme comme intelligence et comme esprit. (…) Une nouvelle forme de militantisme religieux émerge (…) qui combine l’univers de référence islamique et la modernité. Les féministes musulmanes couvertes de leurs foulards se considèrent comme résolument modernes (…) tout en refusant ce qu’elles nomment la permissivité de l’Occident.[4] »

Quant au prédicateur Hassan Iquioussen, lui aussi proche des Frères musulmans français ainsi que de l’antisémite Alain Soral : « Chez nous, musulmans, (…) la foi et la pudeur sont deux sœurs siamoises. On ne peut pas les séparer. Sinon elles meurent. (…) Quand l’être humain n’a pas de pudeur (…) il va se comporter comme un animal. (…) On [ne] doit pas faire l’étalage de nos atours. (…) Les hommes sont des prédateurs. (…) Alors, pour protéger la femme, (…) Dieu nous dit : « Cachez votre beauté. » Parce que, il y a des loups affamés. Et ça va vous coûter très cher, vous les femmes, si jamais vous exposez votre beauté en public. Parce qu’ils sont sans pitié les hommes.[5] » Le prêcheur cumule 17 millions de vues depuis six ans. Ainsi se forme l’opinion publique musulmane.

L’islam, qui emprunte beaucoup au judaïsme (circoncision, interdits alimentaires…), est lui aussi une orthopraxie. Les croyants doivent conformer leur comportement à la Loi. Comme en islam sunnite n’existe aucune autorité canonique, la voix du plus fort dicte son interprétation de la loi. D’où l’enjeu du dress code islamique. Quand un quartier se peuple massivement de femmes en hidjab, il s’islamise massivement. Quand une entreprise permet à ses salariées de travailler en hidjab, elle s’islamise. C’était l’objectif stratégique des agentes d’Actiris, l’office régional bruxellois du chômage, qui revendiquaient de pouvoir fonctionner en cette tenue. C’est aujourd’hui, en France, celui des commandos de militantes en burkini dans les piscines publiques.

Actiris a capitulé en rase campagne devant les tribunaux. Désormais, non seulement ses employées prestent de plus en plus nombreuses en hidjab, mais son patron Gregor Chapelle (PS) recourt à la youtubeuse enfoulardée Sara Lou pour la communication Facebook de sa boîte. Actiris est devenu un vecteur de prosélytisme islamiste.

Sara Lou s’énerve quand on prétend qu’avec son voile elle est opprimée. La Molenbeekoise a même produit un clip de propagande sur ce thème.[6] Il a recueilli 714.937 vues en deux mois et demi. Pour ma part, je ne cherche jamais à « libérer » les femmes du hidjab, même si je pense que cet accessoire nuit gravement à leur condition. De même, je ne cherche pas davantage à « libérer » les militantes catho intégristes anti-avortement. Je les combats. Je combats le voilement des femmes[7] parce qu’il incarne un ordre social qui me révulse.

Ordre social néanmoins « résolument moderne, » comme le revendique Malika Hamidi. Machiste, patriarcal, puritain, bigot, cet ordre social moderne porte en lui la haine du corps des femmes ainsi que la peur et la haine entre hommes et femmes, entre musulmans et non-musulmans. Hypocrite et rétrograde, il s’oppose à plus d’un siècle d’émancipation et de transformations anthropologiques en Europe, contre les carcans religieux et cléricaux, contre la répression sexuelle, pour la libération des mœurs, pour l’égalité entre les genres, pour l’autonomie et l’épanouissement des personnes. Rejetons-le avec la même détermination que nous rejetons celui rêvé par l’extrême droite.


[1] Le Soir – 28.06.2019.

[4] Malika HAMIDI – Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? – Editions de l’Aube – 2017 – Pages 116-117.

[5] Verbatim – https://www.youtube.com/watch?v=H5TdMprN0HE - Relevé le 30.06.2019.

[6] Sara Lou – Balance ton quoi • Angèle [reprise-cover] - https://www.youtube.com/watch?v=7Xs-EkCW7Ik

[7] Fatiha AGAG-BOUDJAHLAT – Combattre le voilement – Les éditions du Cerf – 2019.


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Grunchard - 8/07/2019 - 14:58

    Merci Willy pour cet argumentaire bienvenu.
    J’ajouterai 2 références historiques :

    https://www.lalibre.be/debats/opinions/pour-se-proteger-de-la-femme-objet-de-desirs-51b886eae4b0de6db9ab2bb2

    http://culture.uliege.be/jcms/prod_1426150/fr/la-voix-feministe-laique-de-wassyla-tamzali

  • Par Pierre Lefebvre - 8/07/2019 - 17:35

    Une analyse de la situation vécue tout à fait juste. L’exemple de cette islamiste qui dit avoir dû renoncer à devenir avocate car elle n’aurait pas pu plaider voilée est tellement probant! Le même discours victimaire est entendu Ad nauseam ici même au Québec, signe que ces visées politiques se propagent à travers le monde et qu’il faut sans cesse veiller aux grains, les combattre.

  • Par Marc Somville - 9/07/2019 - 9:30

    Ton article est parfait. Continue ce combat avec détermination. Courage.

  • Par Haci - 9/07/2019 - 19:00

    J'aimerais savoir pourquoi vous avez tant la haine de l'islam.N'est ce pas les Ottomans qui vous ont préservé de l anéantissement en Espagne.Pourquoi êtes vous comme ça. Pourquoi êtes vous si méprisant. Qu' Allah vous donne la foi.

  • Par Van Laer Steve - 10/07/2019 - 8:44

    Les islamistes n'ont tout de même pas inventé le voile ni l'imposition de la pudeur en société qui date au moins depuis l'antiquité romaine. Au moyen-âge les hommes comme les femmes ne sortaient pas de chez eux sans se couvrir la tête, et la reine de Belgique se couvre encore aujourd'hui d'une mantille pour rendre visite au pape.

    Les islamistes ont bien fait du voile une arme de combat, mais pourquoi le port du voile ne serait plus un droit religieux ? Si c'est un droit religieux ce n'est plus une arme de combat, ou alors un droit religieux peut être instrumentalisé à des fins politiques. Mais réduire le port du voile à ce que les islamistes en ont fait c'est amalgamer toutes celles qui le portent avec les femmes citées dans cet article.

  • Par Willy Wolsztajn - 11/07/2019 - 16:55

    @ M. Haci. Je me demande où vous lisez dans cet article une quelconque manifestation de haine et de mépris envers l’islam. Comme vous aurez pu le constater au dernier paragraphe, je condamne l’ordre social voulu par les islamistes précisément parce qu’il attise peur et haine entre musulmans et non musulmans. Je vous remercie de vous préoccuper du salut de mon âme. Mais au risque de vous décevoir, je ne crois ni en Dieu, ni en Shaïtan, ni au paradis, ni à l’enfer, ni au péché. Pour moi, la mort n’est rien. Vu mon âge, je crains que vous arriviez trop tard pour me faire changer d’avis sur ces matières, certes dignes d’intérêt sur un plan intellectuel.

    @ M. Van Laere. Je peux partager vos hypothèses sur les origines historiques du voile. Reste que, pour les trois monothéismes, le voilement des femmes est attaché à l’idée de leur impureté, de leur nature de pécheresses tentatrices de la concupiscence mâle. Aux femmes la pudeur, à elles de dissimuler leur corps, à commencer par leurs cheveux, bizarre fétichisme. Aux hommes la liberté. Tout cela est détestable et hypocrite.

    Je n’éprouve aucune objection à ce que la reine de Belgique, catholique pratiquante, se couvre d’une mantille lors d’une audience papale, pour autant que cette audience reste privée et se déroule à l’abri des médias. Par contre, je rejette l’expression des convictions religieuses de la famille royale considérée comme institution de l’Etat. Avec pour manifestation la plus spectaculaire « l’interruption volontaire de règne » du roi Baudouin lors de la ratification de la loi sur la dépénalisation partielle de l’avortement.

    Idem pour le voilement des musulmanes. Si exécrable trouvé-je cette pratique, il convient en effet de la considérer comme un droit religieux et uniquement comme tel. Raison pour laquelle, contrairement à ce que colporte une malveillante propagande islamiste, il n’est pas question de l’interdire en rue. Nos démocraties séculières ne vont pas instaurer une police du vêtement comme celles qui sévissent en Arabie saoudite ou en Iran. Par contre, il s’agit de contrer la pression visant à islamiser la société, et avant tout les institutions publiques garantes de la neutralité de l’Etat. Les pratique particulières n'ouvrent pas de droits particuliers.

  • Par Van Laer Steve - 12/07/2019 - 12:56

    Il est vrai que la nature de la femme dans les trois monothéismes est une incomplétude qui ne prend sa perfection que sous la tutelle d'un homme. "L'homme ne doit pas se couvrir la tête, parce qu'il est l'image de la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme." - 1 Cor. 11:7

    Mais je ne pense pas que ces mêmes monothéismes vont jusqu'à déclarer la femme impure par nature. Paul fait du voile "un signe de sujétion.[1 Cor. 11:10]" de la femme à un homme. Cela dit l'apôtre Paul ne préconise le voile pour la femme que dans l'exercice du culte, mais le moins que l'on puisse constater c'est que le fait religieux est souvent réfractaire au principe de l'égalité.

    Le fait religieux n'est pas égalitaire, c'est certain. Et si le voile est en effet le signe de la sujétion de la femme qui le porte à un homme c'est qu'elle est une victime de l'homme qui le lui impose ou de ses propres convictions si elle le porte d'elle-même. Mais il me semble qu'il y a encore de la marge pour accorder au port du voile dans l'espace public le sens d'un choix purement volontaire, même si ce choix volontaire exprime en effet une inégalité qui n'est pas dans nos valeurs constitutionnelles.

    Mais faut-il juger du fait religieux à partir de l'égalité si ce fait religieux ne contrevient à aucune loi positive sinon contre l'esprit de notre Constitution ?

    Vous savez sans doute que nombre de loges maçonniques ne sont accessibles qu'aux hommes même s'il en existe de mixtes, si le principe de l'égalité devait trouver à s'appliquer à chaque aspect de la vie sociale il n'y aurait plus de salon de coiffure réservé aux dames ou aux hommes.

    Je comprends bien la nécessité de lutter contre un projet politique visant à soumettre nos institutions démocratiques à une quelconque loi divine, mais porter un voile ne signifie pas de facto que la femme qui le porte vise à islamiser la société dans laquelle elle vit. Le voile est un instrument de combat pour les islamistes dans leur projet d'islamisation de la société occidentale, mais ce n'est pas nécessairement le cas pour toutes les femmes qui le portent.

    C'est l'absence de nuance dans la charge portée contre l'instrumentalisation du voile par les islamistes que je n'ai pas compris dans cet article, même s'il garde toute sa pertinence contre le projet défendu par les personnes qui y ont été citées.