Procès de l'attentat du Musée juif de Belgique

La grand-mère de Mehdi Nemmouche : "J'ai pleuré, mais pas pour lui, pour les victimes"

Vendredi 15 Février 2019 par G.K. et Belga

L’audition des derniers témoins, proches des deux accusés, était attendue ce vendredi avant les plaidoiries qui débuteront lundi. La grand-mère et l’ami de Mehdi Nemmouche ayant tous deux présenté un certificat médical, ce sont leurs dépositions qui ont été lues aux jurés. Des témoignages « très importants » de l’avis de Me Hirsch, représentant le CCOJB.

La défense se bat, mais ne convainc pas

« Une honte », « un déshonneur », « il a sali notre nom de famille, je le renie »… c’est en ses termes que la grand-mère de Mehdi Nemmouche a parlé de son petit-fils, lorsqu’elle a été interrogée par les enquêteurs en 2014 et 2016. Le principal accusé de la tuerie du Musée juif de Belgique qui, depuis le début du procès, dit vouloir la protéger pour expliquer son droit au silence.

Cette grand-mère, chez qui il avait été placée à sa demande depuis l’âge de 16 ans jusqu’à ses 22 ans, a également confié avoir « fondu en larmes » en apprenant que son petit-fils était suspecté d’avoir commis l’attentat du 24 mai. « Quand j’ai vu qu’il avait de nouveau fait des bêtises, j’ai failli m’évanouir, j’ai pleuré, mais pas pour lui, uniquement pour les victimes », avant de déclarer qu’elle ne pourrait lui pardonner ce qu’il a fait, « ni à lui, ni à ceux qui lui ont pollué la tête ».

Des propos que son avocat Me Courtoy a repris comme à son habitude pour dénigrer l’enquête de ces quatre dernières années. « Forcément, quand on vous dit que votre petit-fils est le soi-disant auteur d’un tel fait, ce genre de réaction est normal ! », a-t-il asséné en guise de commentaires. En relevant encore que la personnalité de son client, évoqué par tous comme quelqu’un de renfermé, s’explique une fois encore : personne de sa famille n’est venu témoigner pour lui.

Son seul ami connu est revenu quant à lui, apprend-on à la lecture de sa déposition, sur « la volonté de Mehdi Nemmouche de partir faire le Djihad en Syrie, pour imposer un Etat islamique et faire appliquer la Charia ». Il s’était d’ailleurs dit interpellé par le fait que lorsqu’il était venu le chercher à sa sortie de prison en 2012, Mehdi Nemmouche avait crié « Allah Akbar » ! « Il m’avait dit hésiter entre ouvrir une librairie musulmane et partir en Syrie, j’ai insisté pour qu’il ouvre plutôt une librairie », souligne celui qui confirmera le caractère « solitaire, introverti et débrouillard » de l’accusé. Avant d’ajouter : « Il ne compte que sur lui à tous points de vue et s’il a décidé de faire quelque chose, il le fait à fond. Si j’avais connu ses intentions, j’aurais évidemment prévenu les autorités. C'est un acte ignoble et lâche ». Invité à se prononcer sur les images des caméras de surveillance, l’ami de Mehdi Nemmouche a encore reconnu « une certaine ressemblance notamment de profil » avec le tueur, sans pouvoir être formel à 100%.

Un témoignage « très important » de l’avis de Me Hirsch par les éléments qu’il a apportés sur le périple en Syrie de Mehdi Nemmouche et qui recoupe celui des journalistes ex-otages français. L’avocate relèvera également qu’en 2006, Mehdi Nemmouche a participé à un vol en étant cagoulé et ganté, un élément à prendre en compte quand on sait l’importance du port de gants dans cette affaire. Celui-ci continue en effet de poser question, aucune trace ADN de Mehdi Nemmouche n’ayant été relevée sur la porte du bureau d’accueil qu’il a touchée comme le pointent régulièrement ses avocats. Même si les experts ont expliqué qu’il ne suffit pas de toucher un support pour y laisser des traces…

La seule témoin présente ce vendredi aura été la mère de Nacer Bendrer. Interrogée par la présidente de la Cour, elle a assuré que son fils aîné, accusé d’avoir fourni les armes de la tuerie, « n'a rien à voir avec cette histoire », et souhaite « que ceux qui ont fait ça paient ». Elle a décrit Nacer Bendrer comme quelqu'un de « dynamique, qui aime la vie, sortir avec ses copains, aller au cinéma ou au restaurant, avec une attitude protectrice envers ses frères et sœurs, dur, mais très respectueux et serviable ». Avec une nouvelle tentative pour Me Courtoy d’émouvoir le jury : « La mère de Mehdi Nemmouche, elle, n'est pas là parce qu'elle n'a jamais protégé son fils. Il n'a jamais eu de relation affective. Parce qu’il avait peur une nouvelle fois d’être abandonné évidemment ! ». La défense continue de se battre, sans pour autant convaincre.

Les prochaines semaines consacrées aux plaidoiries

La journée de lundi débutera à 9h par la plaidoirie du conseil de la famille d'Alexandre Strens.
Après la pause, ce sont les avocats de la famille de Dominique Sabrier qui auront la parole. Ceux-ci ont réclamé six heures et termineront donc leur plaidoirie mardi matin.
A l'issue de celle-ci, ce sera au tour des représentants de la famille Riva. L'après-midi reprendra avec Me Lurquin, le conseil d'une femme qui visitait le Musée au moment de la tuerie.
Les avocats du Musée juif et du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) auront successivement la parole mercredi matin. Les représentants de l'Association française des victimes du terrorisme plaideront dans l'après-midi.
La dernière partie civile à s'exprimer sera le centre pour l'égalité des chances Unia, jeudi à 10h30.
Le procès reprendra la semaine suivante avec le réquisitoire du ministère public, prévu sur deux jours, lundi et mardi.
Enfin, les plaidoiries des avocats de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont fixées respectivement au jeudi et au vendredi.
Le lundi suivant sera consacré aux répliques. Le jury entrera en délibération le lendemain.

 
 

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