Nouvelle génération

Gérald Goldstein ou l'art du jeu intelligent

Mardi 3 octobre 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°869 (1009)

Plutôt discret dans la vie, Gérald Goldstein est en revanche bien connu de la City londonienne. Son application « Peak », rachetée depuis peu par le groupe français Hachette, a déjà été téléchargée par quelque 25 millions d’utilisateurs. Portrait d’un trentenaire qui réalise ses rêves.

Gérald Goldstein

Fils cadet de la famille Goldstein, Gérald a grandi à Bruxelles, scolarisé à l’école Beth Aviv, puis à l’Athénée Maimonide. Un mélange de tendances à l’image d’une famille partagée entre des grands-parents juifs religieux côté maternel, et laïques, co-fondateurs du CCLJ, côté paternel. « J’ai reçu une éducation plutôt laïque, avec une identité juive profondément ancrée, transmise par la célébration des fêtes et un attachement naturel à Israël. J’ai été totalement bercé dans le monde juif jusqu’à mes 18 ans », confie Gérald Goldstein. De l’Hashomer qu’il fréquente assidûment et où il terminera comme Rosh Ken, il retient ses « meilleures années ». « On se donnait à 100%, on se voyait toute la semaine et le week-end, c’était le centre de notre vie. Quand ça s’arrête, après s’être tellement investi pour de bonnes choses, ça crée un sérieux vide », reconnait celui qui a conservé le même groupe d’amis trente ans plus tard.

Alors qu’il entame des études en Polytech à l’ULB, sur les pas de son père, Gérald Goldstein est élu président de l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB), mais n’y trouve pas l’engouement et l’enthousiasme du mouvement de jeunesse. Doué en sciences, il poursuit par une thèse en physique, sans pour autant se projeter dans le monde professionnel. « J’ai finalement réalisé que le milieu académique et scientifique n’était pas pour moi et que je ne continuerais pas dans la recherche », note Gérald, qui achève néanmoins sa thèse, avant de retourner vers sa passion d’enfance, l’informatique. Celui qui à 10 ans déjà s’amusait à démonter les ordinateurs pour en recomposer de nouveaux, travaille dans un premier temps dans le développement de logiciels pour une banque. Conscient de la « bonne école », le jeune homme abandonne toutefois vite costume et cravate pour se lancer à son propre compte.

Il retrouve Itamar Lesuisse, son copain de toujours, installé à Londres. « On s’était promis qu’un jour, on créerait notre start-up », se souvient Gérald Goldstein. Le rêve d’adolescent devient réalité. Après un premier projet de planificateur de voyages qui ne décolle pas comme prévu, les deux amis repartent d’une page blanche. Ils s’associent à un Israélien qui a travaillé chez Google à Londres, et un Français, spécialisé dans le domaine du jeu, et se lancent dans le smartgaming, des jeux intelligents pour adultes.

Succès immédiat

Testée en Australie pour plus de discrétion avant le lancement officiel, la plateforme « Peak » (« le sommet » à atteindre) voit le jour en 2014. « Nous avons fait appel à un chercheur en neuro-science et créé un partenariat avec l’Université de Cambridge », souligne Gérald Goldstein, « pour démontrer scientifiquement que notre jeu pouvait avoir des effets bénéfiques sur les qualités cognitives, en entretenant la mémoire et la forme cérébrale. Avec comme conséquence d’apporter à l’utilisateur satisfaction personnelle et bien-être ». Jeux de chiffres, jeux de lettres, labyrinthes associant concentration, logique et raisonnement, une quarantaine de jeux sont imaginés progressivement, avec un succès immédiat auprès des utilisateurs, dont le nombre franchit rapidement la barre
du million. Du côté des  professionnels, Peak est classé « meilleure nouvelle appli » par Apple dès son lancement, il fera partie du « Best of » d’Apple fin 2014 et de Google fin 2015, adapté aux Androïd. Peak sera également associé par Apple à sa campagne WWF, avec des jeux créés pour l’occasion et le reversement d’un pourcentage à l’organisation.

Traduite en une quinzaine de langues, téléchargée par 25 millions d’utilisateurs* en trois ans d’existence, Peak faisait il y a peu la une des médias, rachetée à grands bruits par le groupe français Hachette. Un actionnaire majoritaire « qui ne nous empêche pas de travailler de façon indépendante », précise Gérald Goldstein, directeur technique, qui continue de diriger la société avec ses trois associés. Les bureaux londoniens, aménagés en open space avec table de billard et play station, emploient désormais pas moins de 40 personnes, entre developpers, designers, product managers, département marketing et clientèle. « Notre start-up constitue aujourd’hui un vivier de jeunes hautement qualifiés venus de toute l’Europe et désireux de se lancer avec nous dans l’aventure », se félicite Gérald Goldstein.

Début septembre naissait une deuxième appli très prometteuse, « Bloom », un jeu de coloriage par touches visant une nouvelle fois le bien-être des adultes. Avec cette particularité de pouvoir participer à des défis quotidiens pour retrouver une série de couleurs dans le monde réel, « bien plus coloré qu’on ne le croit », conclut Gérald Goldstein, qui n’a assurément pas fini de faire parler de lui.

*L’application peut être téléchargée et utilisée gratuitement pour une sélection de jeux, l’ensemble de la plateforme est accessible grâce à plusieurs formules d’abonnement payant. Infos : www.peak.net


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/