L'humeur de Joël Kotek

Georges B. et les déni-oui-oui

Mardi 7 mars 2017 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°857

Nul besoin de souligner en quoi le monde arabo-musulman, de ses territoires d’origine à ses banlieues éloignées, est aujourd’hui la terre de mission, par excellence, de l’antisémitisme contemporain. Pour reprendre Pierre-André Taguieff, l’islamisation de la judéophobie est assurément le phénomène marquant de la période post-Shoah.

S’agissant du monde arabo-musulman, le phénomène est pourtant relativement récent, si l’on accepte de définir l’antisémitisme comme cette croyance qui pose les Juifs en « responsables des malheurs du monde » et qui définit le judaïsme en terme de complot universel. Jusqu’à la fin du 19e siècle, les Juifs d’Orient sont davantage méprisés que les Juifs d’Occident craints et diabolisés depuis 12e siècle. Dans la Cité musulmane classique, la condition juive ne résulte pas tant de l’antisémitisme mais plutôt d’un antijudaïsme, à tout le moins primordial, fondateur et référentiel.

L’antijudaïsme musulman se nourrit, en effet, dès l’origine de l’islam du déni de ses racines juives. C’est bien le refus des Juifs de Médine de le reconnaître comme dernier prophète de la révélation, qui poussa Mahomet à les expulser de la péninsule arabique et proscrire leur livre sacré. S’il est évident que le réflexe naturel de toute religion est de s’en prendre au legs scripturaire de ses rivales, ce réflexe fut d’autant plus accentué dans l’islam que les récits du Coran et des Hadiths étaient en large divergence avec ceux de la Torah et des Evangiles, rédigés des siècles auparavant. A suivre la tradition musulmane, la victime propitiatoire d’Abraham fut Ismaël et non Isaac ; la figure de Jésus (Issa) prophétique et non divine. Ces contradictions apparurent assez tôt insurmontables. D’où la mise en œuvre par les Pères de l’islam d’une « théologie de la falsification », selon laquelle les Juifs et les chrétiens auraient trafiqué leur Livre saint qui annonçait en réalité  la venue du prophète Mahomet.

Si le courant majoritaire de l’islam réserve aux Juifs comme aux chrétiens le statut de « Peuple du Livre », la théologie de la falsification ne doit pas être considérée comme un postulat religieux marginal puisqu’elle pose les Juifs (Torah) comme les Chrétiens (Bible) en falsificateurs de l’histoire (sainte). C’est ainsi qu’en mars 2008, tandis qu’il inaugurait, à Kampala, la plus grande mosquée d’Afrique subsaharienne, construite avec l’aide de son pays, le dictateur libyen Mouammar Kadhafi entendait rappeler une fois encore que la Bible avait été « falsifiée » : les passages mentionnant le prophète Mahomet, le fondateur de l’islam, ayant été volontairement balayés : « La Bible que nous avons maintenant n’est pas celle qui a été révélée à Issa (Jésus) et l’Ancien Testament n’est pas celui qui a été révélé à Moussa (Moïse). Mahomet est mentionné dans les deux (versions originales), mais (dans) la Torah et la Bible que nous avons maintenant, aucune mention de lui n’est faite ».

Le véritable problème de cette thèse, défendue de l’Arabie Saoudite à la Palestine, réside dans son usage éminemment politique. Celle-ci se trouve mobilisée par de nombreux oulémas, prédicateurs, journalistes et intellectuels du monde arabe pour disqualifier tout autant les « Juifs » et le « judaïsme » que les « Israéliens » et les « sionistes ». La théologie de la falsification de la Torah permet de s’en prendre aussi bien aux « Juifs d’aujourd’hui » qu’aux « mensonges » et « crimes sionistes ».

Aux quatre coins du monde arabe la presse résonne d’appels contre « les falsificateurs sionistes », à l’instar de cet article « La fin-du-peuple-d’Israël, une vérité coranique », posté sur Alterinfo.net, le site français « antisioniste », un certain Cheikh Abou’l-Walid El-Ansari, en vient à prédire l’anéantissement du peuple juif. Ses allers-retours entre le passé et l’avenir font froid dans le dos : « … Cependant, Allah a indiqué dans plusieurs de ses versets que les Juifs avaient désobéi en refusant de croire au Messager [Mahomet], en cachant ses caractéristiques qui étaient mentionnées dans leurs livres, (…). Si vous récidivez, Nous récidiverons [comme à] Khaybar où les Juifs furent massacrés, capturés et expulsés, et ceux qui restèrent dans l’obligation de payer la Djizyah, donc démunis et humiliés. (…) La phrase du Prophète, “Vous combattrez les Juifs” s’adresse à ses compagnons; cependant, d’après le contexte nous pouvons déduire qu’elle désigne aussi leurs descendants. Le hadith mentionné plus haut et d’autres encore confirme qu’il y aura une bataille avec les Juifs (…)  Et par la suite le peuple juif périra ».

Sans poser ce penseur de l’apocalypse comme représentatif de l’islam, force est de reconnaître la réalité d’un antisémitisme dérivé des sources islamiques traditionnelles et donc largement culturel, comme le rappela tout récemment et à ses dépens, l’historien français Georges Bensoussan au micro de France-Culture.  


 

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  • Par starc - 14/03/2017 - 18:04

    OK et alors qu'est-ce qu'on fait?

  • Par Joël KOTEK - 14/03/2017 - 21:11

    Et alors ? On défend pied à pied les Georges B. contre les "déni oui-oui" et on emporte la mise. N'a-t-il pas été relaxé ?

  • Par Jocelyne Rajnch... - 14/03/2017 - 21:33

    Au lieu de raconter des contre-vérités historiques sous couvert d'un vernis pseudo-savant et pseudo-informé, et de faire de votre billet un pamphlet antimusulman s'appuyant sur quelques exemples pas si nombreux, vous devriez un peu revoir l'histoire des relations entre musulmans et juifs, certes parfois tumultueuses mais aussi oh combien fécondes. A ce propos, je vous conseille l'ouvrage "Histoire des relations entre juifs et musulmans, des origines à nos jours", sous la direction de Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, paru chez Albin-Michel.
    Si un musulman (ou non) écrivait comme vous un article du style "Nul besoin de souligner en quoi Israël et le monde juif sont aujourd'hui terre de mission, par excellence, du racisme antimusulman... " ou disait comme votre cher Georges, que" les juifs tètent la haine des arabes au sein de leur mère", sûr que vous n'hésiteriez pas à le traiter, à juste titre, de raciste et d'antisémite et à lui intenter un procès.

  • Par BOAZ - 23/03/2017 - 10:58

    J'apprends incidemment que le parquet a fait appel de la relaxe de Georges Bensoussan.

    C'est une chose de requérir dans l'intérêt de l'ordre public. C'en est une autre de joindre son appel à celui du CCIF, qui n'est autre qu'un gang d'intimidation.

    Le "magistrat" qui a déposé cet appel ne mérite pas de porter la robe de sa fonction, mais le gilet rayé d'un domestique. C'est une personne à qui je ne serrerais pas la main si je venais à le rencontrer.