La gauche à la recherche de son unité

Jeudi 10 avril 2003 par Merav Lipner

 

Le Parti travailliste est plongé dans ses problèmes internes, le Meretz traverse une crise majeure et le mouvement La Paix maintenant est peu entendu. La gauche aura besoin de beaucoup de temps pour présenter une alternative crédible.

Que reste-t-il de la gauche israélienne? Pas grand-chose à en croire les résultats des élections législatives du 28 janvier dernier et encore moins si l'on observe l'étonnant silence dont ses leaders font preuve depuis lors. Réduit à un groupe parlementaire de 19 députés au lieu de 25 (et de 50 il y a un quart de siècle), Avoda (le Parti travailliste) n'a quasiment plus rien à dire sur rien. Profondément divisé entre les partisans d'Amram Mitzna soutenant la thèse selon laquelle leur formation doit se requinquer dans l'opposition et ceux, tels Shimon Peres ou l'ex-ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer, qui désirent retrouver rapidement leur maroquin dans le cabinet d'Ariel Sharon, Avoda semble ne plus savoir où il va. Nous avons perdu les élections parce que nous sommes devenus plus «gauchistes» que le Meretz et que ses amis, répète inlassablement Ben Eliezer. Nous avons oublié qu’Avoda est un parti de centre-gauche et qu'il doit se comporter comme tel. De leur côté, Mitzna et ses proches rappellent que les «putschistes» ont soutenu la politique de Sharon pendant plus d'un an et que leur participation au gouvernement n'a jamais rien empêché malgré ce qu'ils avaient promis. L'ancienne direction du parti (Ben Eliezer, ndlr) est la principale responsable de la situation dans laquelle nous nous débattons actuellement, poursuivent-ils. Il faut avoir une vision claire de ce que nous voulons et ne pas coller au Likoud pour tenter de récolter quelques voix supplémentaires. Quoi qu'il en soit, fortement contesté par ceux qui sont pourtant censés le soutenir, Mitzna passe finalement plus de temps à tenter de calmer l’opposition interne du parti, emmenée par Ben Eliezer et par quelques autres ex-ministres tels Ephraïm Sneh et Weizman Chiri, qu'à renforcer son image d'alternative à Sharon. Recroquevillé sur lui même, incapable de soigner ses plaies, le Parti travailliste est donc totalement absent des grands débats nationaux alors que le ministre des Finances Benyamin Netanyahou présente un nouveau plan d'austérité frappant surtout les plus défavorisés et que les Etats-Unis annoncent la publication de leur «feuille de route», un plan de paix prévoyant notamment la création d'un Etat palestinien en 2005. En principe, en qualité de chef de l'opposition parlementaire, Mitzna devrait avoir son mot à dire à ce propos, mais ce n'est pas le cas. Au bureau politique, les camps s'observent, se comptent, et se neutralisent. Avoda n'a donc aucun avis sur rien, sauf sur le fait que les prochaines élections municipales prévues en novembre prochain seront sans doute aussi catastrophiques que les législatives. En fait, le Parti travailliste est tellement absent de la vie politique nationale que Sharon n'a même pas pris la peine, comme le veut la tradition, de convoquer son premier secrétaire lorsqu'il s'est agi de décider des mesures à prendre en cas de guerre avec l'Irak. La situation n'est cependant pas meilleure au Meretz, qui a perdu la moitié de son groupe parlementaire malgré le ralliement des dissidents travaillistes Yossi Beilin et Yael Dayan. En plein désarroi, ce parti dirigé par le député Yossi Beilin durant près de dix ans se cherche désormais un nouveau leader mais ce n'est pas facile. En tout cas, pour l'heure, Beilin ne semble pas intéressé. Du moins, pas tant que le Meretz restera ce qu'il est et qu'il ne se fondera pas dans un nouveau parti social-démocrate dont les premières bases avaient été jetées à l'autonome dernier mais dont la construction avait été interrompue en raison de la chute du gouvernement. Cela prendra bien sûr beaucoup de temps et quoi qu'en disent ses élus, l'opinion israélienne ne semble pas prête à soutenir une telle aventure. Car la poursuite des violences dans les Territoires, les alertes continuelles aux attentats-suicides et les soubresauts de la crise irakienne continuent d'alimenter ce vent de droite qui souffle sur le pays depuis plus de trente mois. Déconsidérés auprès d’une grande partie de l'opinion israélienne, les partisans des accords de paix d'Oslo n'ont plus, pour le moment, vraiment voix au chapitre. En tout cas, ils ont peu d’influence sur la majorité de la population.

La fin des violences palestiniennes?

Sur le terrain extra-parlementaire, la plus grande victime de cet état d'esprit est sans conteste le mouvement La Paix maintenant, qui a totalement disparu de la vie publique. Certes, ses bureaux multiplient les communiqués de presse destinés à maintenir la flamme de ses soutiens étrangers et l'on voit de temps de temps quelques-uns de ses sympathisants manifester aux petits rassemblements qui se tiennent encore ici ou là. Mais tout cela ne mène pas bien loin. En fait, à l'exception de quelques organisations très minoritaires telles Ta'ayush, les Femmes en noir, Gush Shalom, le Comité contre les démolitions ainsi que quelques autres, les organisations favorables à la reprise du dialogue avec les Palestiniens ont quasiment disparu de la rue. Bien sûr, une poignée de militants déterminés continuent d'organiser une veillée hebdomadaire devant le cabinet de Sharon, mais ces activités ne recueillent malheureusement que peu d’écho. Pourtant, un nouvel élément pourrait changer la donne internationale, affaiblir les mouvements terroristes et accélérer la reprise des négociations. Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), le nouveau Premier ministre de l'Autorité palestinienne, n'a jamais fait mystère de son hostilité à la «militarisation de l'intifada». Opposé à la poursuite des attentat-suicides en Israël, ce fidèle d’Arafat incarne la tendance pragmatique et modérée. Titulaire d'une thèse de doctorat soutenue à Moscou à la fin des années 1970 et consacrée aux relations secrètes entre les nazis et la direction du mouvement sioniste -dans laquelle il affirmait que cette dernière avait eu intérêt à gonfler le nombre des victimes de la Shoa pour arriver à ses fins-, il semble avoir renoncé depuis de nombreuses années à ses premières convictions révisionnistes. A l’époque de la guerre froide, il était plutôt, comme beaucoup de responsables révolutionnaires issus du Tiers-Monde, formé dans la plus pure tradition soviétique, qui avait massivement diffusé de la littérature antisioniste destinée à discréditer la moralité historique du sionisme et la légitimité de l’aspiration nationalitaire du peuple juif. Le procédé visait notamment à affirmer qu’il y aurait eu une alliance scellée entre les mouvements sionistes et le régime nazi. C’est dans ce contexte idéologique que Mahmoud Abbas dénonça dans sa thèse une prétendue déformation et instrumentalisation de la Shoa par le sionisme pour justifier la création d’un Etat juif au Proche-Orient. Ayant visiblement renoncé à cette vieille antienne de l’antisionisme, le Premier ministre palestinien a depuis clairement pris ses distances et s’est engagé sur une route beaucoup plus modérée en direction du compromis avec les Israéliens et de la réalisation d’une paix négociée, globale et définitive du conflit israélo-palestinien. Il fut notamment l’un des artisans des accords d’Oslo qui reconnaissaient la légitimité des deux Etats à coexister pacifiquement. Il se déclare partisan de la réouverture de pourparlers avec Israël. Y compris avec Ariel Sharon -qu’il a déjà rencontré à plusieurs reprises-, ou d'autres membres de son cabinet. Il lui faudrait donc prendre une série de mesures spectaculaires destinées à arrêter la violence pour que les négociations puissent reprendre. Bien sûr, ce ne sera pas facile puisque de son côté, l'opinion palestinienne n'est sans doute pas prête à accepter l'arrêt de l'intifada d'un simple claquement de doigts. Cependant, la situation n'est plus aussi bloquée que lorsque Yasser Arafat était seul à exercer le pouvoir, et cette possible évolution pourrait peut-être accroître la crédibilité des infatigables défenseurs d’une paix négociée.


 
 

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