« Fraternité 2008 » : Résister et agir !

Mardi 2 décembre 2008 par Nicolas Zomersztajn

 

Des élèves contestent le cours de biologie. Des traditions archaïques remettent en cause l’exercice du corps médical. Comment réagir face à ces dérives ? Ces problématiques seront abordées lors de la 5e édition de « Fraternité, les rencontres de la laïcité, de l’égalité et de la mixité », le 17 décembre à 20h, au Centre culturel Jacques Franck.

Depuis que des enseignants du secondaire ont fait appel à l’Université libre de Bruxelles (ULB) pour les aider à répondre intelligemment aux élèves contestant le cours de biologie, le créationnisme n’est plus envisagé comme un objet d’études circonscrit aux Etats-Unis. Le phénomène est certes marginal en Belgique mais, grâce à internet, il peut exercer une influence de plus en plus grande sur des jeunes en crise identitaire. Il s’inscrit en fait dans un mouvement global de contestation de l’enseignement des sciences à l’école publique. Pour Guy Haarscher, professeur de philosophie à l’ULB, ce phénomène n’est pas neuf en Belgique : « Depuis que l’école publique existe, les parents catholiques ont toujours souhaité contrôler le contenu de l’enseignement dispensé à leurs enfants. Dans une société pluraliste et diverse comme la nôtre, chaque communauté est également tentée de contrôler si ce que l’on enseigne est conforme à ses propres valeurs religieuses ou culturelles. Si l’on veut éviter une recolonisation de l’espace scolaire, il faut que la liberté scientifique des enseignants soit respectée, mais il faut aussi leur permettre d’enseigner des matières qui heurtent nécessairement les convictions religieuses des parents ». La contestation de Darwin est-elle assimilable à une demande de certificat de virginité ? Ces deux phénomènes sont identiques, car ils participent d’un même mouvement de rejet des valeurs occidentales. En revanche, si on les prend ponctuellement, ces phénomènes sont différents. Pour la biologie darwinienne, il ne s’agit en rien d’un débat où des opinions s’affrontent. « La réponse à donner à ses contestataires est une théorie confirmée par la recherche scientifique » poursuit Guy Haarscher. « Il n’est pas question de comparer des travaux scientifiques à des textes religieux révélés, c’est ridicule. La question de l’intrusion des traditions dans les hôpitaux relève quant à elle de la problématique des valeurs. Il faut donc argumenter pour montrer que les libertés sont bafouées par ces intrusions. On doit donc réfuter des arguments qui ne sont pas nuls a priori, mais dont on considère les conséquences désastreuses ».

L’abrogation du pacte scolaire

A l’instar de ce que suggère le Réseau d’action pour la promotion d’un Etat laïque (RAPPEL), l’inscription de la laïcité politique dans la Constitution belge permettrait de fixer un véritable contrat social ayant le mérite de placer les institutions publiques à l’abri du fondamentalisme religieux et des traditions culturelles archaïques. Chemsi Chéref-Khan, président de l’Institut d’humanisme musulman, a apporté sa contribution au RAPPEL : « Je pense que la laïcité est nécessaire pour la Belgique. Elle offre un cadre juridique qui a pour vocation de protéger les religions d’elles-mêmes et des autres, des dérives extrémistes et des attaques intolérantes dont elles pourraient être victimes. Le principe de laïcité ne rime ni avec incroyance ni avec intolérance religieuse, encore moins avec hostilité à l’égard des autorités religieuses ». Cette confusion est malheureusement souvent entretenue par certains courants laïques estimant que la laïcité doit aujourd’hui se montrer plus souple face aux revendications des religieux dans l’espace public. Ces laïco-sceptiques considèrent en réalité qu’il n’est pas nécessaire de heurter des minorités religieuses dont les traditions n’ont pas encore saisi les bienfaits de la laïcité. C’est évidemment de l’islam dont il est question dans ces débats. Ce point de vue a le mérite de susciter la colère d’un musulman laïque comme Chemsi Chéref-Khan : « Ces raisonnements sont absurdes parce qu’ils ont tendance à essentialiser les citoyens belges d’origine musulmane en les réduisant exclusivement à une appartenance religieuse réelle ou supposée. Comme si les musulmans de Belgique formaient un groupe homogène, possédant les mêmes aspirations, poursuivant des objectifs identiques et parlant d’une même et unique voix, de préférence la plus conservatrice. Mais surtout, ces raisonnements sont méprisants car il supposent que les musulmans soient probablement incapables de comprendre la modernité, les valeurs universelles, les grands principes humanistes et les évolutions de notre monde ». Lorsqu’on mesure à quel point la méconnaissance suscite la confusion de notions aussi différentes que l’athéisme militant et la laïcité, on s’interroge inévitablement sur la nécessité d’introduire dans les écoles des cours sur les religions et les philosophies. Voire de substituer ceux-ci aux cours de religion en vigueur depuis le Pacte scolaire de 1958. Pour certains, l’instruction religieuse n’a pas sa place à l’école, dans la mesure où elle ne permet pas aux enfants de combler leur besoin énorme de débats sérieux sur de grandes questions existentielles. C’est le point de vue de Guy Haarscher : « Idéalement, cela signifie l’abrogation du Pacte scolaire de 1958. L’introduction des cours de religion et de morale laïque n’est pas gravée dans le marbre. On peut rechercher un nouveau pacte à la hauteur de la culture et de l’intelligence des élèves. Je suis conscient que cette idée ne passera jamais aujourd’hui, en raison des résistances multiples des cultes reconnus et du Centre d’Action Laïque. Dans cette configuration, ils perdraient tous des dotations financières et devraient licencier les professeurs de religion et de morale ». Peut-être est-ce le prix à payer pour que l’espace public ne soit pas fragmenté par des revendications communautaristes inconciliables avec une société plurielle et démocratique.

*** Démythifier le certificat de virginité Le Dr Jamila Si M’Hammed est psychiatre. De plus en plus de jeunes filles lui font part de leur détresse face aux exigences de virginité auxquelles elles doivent se soumettre. Quels problèmes posent au monde médical les demandes de certificats de virginité et de reconstitution d’hymen ?

Ces demandes sont généralement exigées par la famille. Elles remettent donc en cause le secret professionnel auquel le médecin est soumis. Mais cela place surtout le médecin face à sa conscience et face aux problèmes sociaux. Il est confronté à un dilemme : s’il se préoccupe de la détresse de la jeune fille qui se présente à lui, il accepte alors de satisfaire sa demande, et il perpétue une démarche patriarcale de contrôle social de la femme. Si en revanche, il défend l’idéal féministe d’émancipation, alors il refuse d’accorder ce certificat ou de pratiquer la reconstitution d’hymen. Dans ce cas, le médecin aggrave la détresse de la jeune fille qui se retrouve livrée à son propre sort.

Comment sortir de ce cercle vicieux ?

Ce qui est en fait recherché par ces demandes de certificats de virginité, c’est la valeur scientifique que les familles leur attribuent. En menant des recherches sur l’hymen, je me suis rendue compte qu’il peut avoir une multitude de formes non répertoriées et que 30 % d’hymens sont complaisants, ce qui signifie qu’on peut avoir une pénétration sans saignement pour différentes raisons physiologiques. Je m’étonne donc qu’on accorde autant d’importance à un certificat qui n’a pas la valeur scientifique escomptée quant à sa certitude. Il faut donc informer toutes ces femmes que ces certificats de virginité n’ont aucune valeur scientifique.

Est-ce suffisant ?

Ces femmes doivent également savoir ce qu’est l’hymen. Dans la pièce de théâtre Les monologues voilés, les actrices montrent différents types d’hymens grâce à un chewing-gum ! Elles ont raison. Il est nécessaire de visualiser ce à quoi on est soumis. Enfin et surtout, il faut créer des structures d’accompagnement pour ces femmes qui veulent échapper à leur milieu. Elles n’ont pas été éduquées pour être indépendantes. Elles veulent quitter leur milieu, mais il finit par les rattraper car elles se retrouvent seules alors qu’elles ont besoin de soutien.

Mercredi 17 décembre à 20h • Table ronde Fraternité 2008 ! : Les rencontres de la laïcité, de l’égalité et de la mixité. « Résister et agir ! »

Intervenants : Marco Pannella, député européen - Henri Pena-Ruiz, philosophe et essayiste - Guy Haarscher, philosophe (ULB) - Dr Jamila Si M’Hammed, docteur en médecine, spécialisée en psychiatrie - Chemsi Chéref-Khan, président de l’Institut d’humanisme musulman. Sous la présidence de Pierre Efratas, écrivain. Centre culturel Jacques Franck, chée de Waterloo 94, 1060 Bruxelles.


 
 

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