L'humeur de Joël Kotek

Les feuilles galantes

Mercredi 1 novembre 2017 par Joël Kotek, Directeur de publication
Publié dans Regards n°871 (1011)

Il y a des peuples et des causes qui attirent les médias comme le miel, l’ours. La Palestine est de celles-ci. Dans notre plat pays, aucune autre cause ne semble à ce point rencontrer et satisfaire tous les publics, des Wallons aux Flamands, des militants de la FGTB aux lauréats de la quenelle d’or, des laïques aux cathos. Pas un jour sans une activité, un événement, une manifestation pro-palestinienne.

Le hasard de mes tribulations m’a conduit à visiter l’Eglise St Rémy à Braine-le-Château. Et quelle ne fut pas ma surprise de trouver parmi les rares tracts, brochures, feuillets destinés aux fidèles, le bulletin de l’Association belgo-palestinienne. Ce qui retint surtout mon attention fut bien moins le 148.674e éditorial anti-israélien de Pierre Galand que l’illustration de couverture. Une magnifique jeune fille palestinienne tout en majesté mariale. Pour nos camarades antisionistes, rien n’est jamais innocent, surtout pas les figures de Marie et du Christ, posées, plus qu’à leur tour, en martyrs… palestiniens. Cette thèse fait florès dans les milieux pro-palestiniens, comme en témoignent les caricatures du Brésilien Carlos Latuff ou encore les étonnants courriers et tweets adressés ici et là par l’écrivaine palestinienne de confession chrétienne Sussan Abulhawa.

C’est ainsi qu’en mars 2008, elle écrivit au journal Libération pour s’indigner de ce que les organisateurs du Salon du Livre de Paris voulaient « faire comme si la Palestine et les Palestiniens n’existaient pas, n’avaient jamais existé ». Ne savaient-ils pas que « Jésus était palestinien et que la généalogie de nombreux chrétiens palestiniens remonte au 1er siècle » ? En décembre 2015, toujours dans la même veine, notre passionaria récidiva dans un tweet : « Jésus était un militant palestinien persécuté par les autorités juives et exécuté par l’Etat parce qu’il luttait pour les opprimés. Joyeux Noël » !

Faire de Jésus un Palestinien participe de la thèse selon laquelle les Juifs seraient décidément étrangers au Moyen-Orient. Affirmation éminemment curieuse si l’on songe que les récits bibliques qui inspirent les Evangiles et le Coran se concentrent exclusivement au Moyen-Orient et nullement entre la Prusse et la Lituanie. Le Temple dont Jésus chassa les marchands est bien celui de Jérusalem. Les douze premiers apôtres et sans doute les 72 qui suivirent étaient tous juifs. Avant d’être islamisés à leur insu, les prophètes que célèbre le Coran, étaient tous tribalement hébreux ou juifs. Quant au Mohamed des premiers prêches, il se crut lui-même à ce point juif, spirituellement parlant s’entend, qu’il ne digéra pas le refus des enfants d’Israël à se joindre à lui. Les docteurs de la foi chrétienne et les ulémas devraient être sinon tous sionistes, en tout cas avertis des ambitions sionistes. 

Ce ne fut qu’un siècle après le martyre de Jésus que l’Empereur romain Hadrien décida de nommer « Palestine » la région qui comprenait notamment la Judée et la Galilée. Irrité par les révoltes incessantes de ce peuple décidément fanatique, l’Empereur entendit ni plus ni moins supprimer toute relation des Juifs à leur terre en lui conférant le nom du peuple ennemi par excellence des Hébreux, les Philistins, ce peuple de la mer vraisemblablement d’origine crétoise et non arabe.

Ce point d’histoire n’obère en rien le droit des Palestiniens à l’autodétermination, pleine et entière, sur la partie majeure de ce que fut précisément cette Judée où naquit le peuple juif. Mon propos est juste de rappeler que la Palestine ne préexiste pas plus à la Judée que la Turquie à l’Empire byzantin, bref que Jésus ne fut pas plus palestinien que Constantin le Grand… Grand turc. Ces évidences n’empêchent nullement de très nombreux laïques -assurément d’éducation chrétienne pré-Vatican II- à s’engager contre Israël au nom du Christ palestinien. Il me souvient d’une conférence œcuménique qui, réunie à Beyrouth vers 1968, proclama son soutien au Christ Palestine ! Comment nier que le refus obsessionnel d’accorder le moindre droit au retour des Juifs dans leur Judée natale est bien moins d’ordre politique que théologique. De quoi le retour des Juifs à Sion est-il le nom, sinon de l’inanité de la malédiction dont ils auraient été victimes pour avoir trahi le Christ (mythe du Juif errant) ! C’est bien ce dilemme théologique qui explique pourquoi le Vatican fut le dernier Etat européen à reconnaître l’Etat d’Israël.

Cette décision n’a manifestement pas été comprise ou acceptée par bon nombre de nos concitoyens ; d’où leur acharnement suspect à ne jamais s’intéresser qu’aux Palestiniens et jamais aux autres minorités martyres du Moyen et Proche-Orient : Araméens, Arméniens, Yézidis, Mandéens, Kurdes.  Et pourtant, s’il est aujourd’hui un peuple laissé pour compte et trahi sur cette terre de sang de l’Orient arabo-musulman, ce sont bien les Kurdes. Ce peuple antique est aujourd’hui le grand oublié de l’histoire, et ce, malgré le sacrifice consenti par ses fils et ses filles de Mossoul à Rakka. Il est bien regrettable que les Kurdes n’aient pas les Juifs pour adversaires, car les ennemis de mes ennemis ne sont-ils pas toujours mes amis ? La galanterie pourrait-elle enfin s’ouvrir au monde ? 


 

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  • Par Willy Lermer - 8/11/2017 - 9:23

    Joël Korek, pressent, ressent, comprend la réalité européenne, mais n'ose pas encore le dire en face, car c'est dur d'accepter qu'il n'est belge ou européen, que par sa volonté et non par son acceptation comme égal dans une belgique ét Europe génétiquement antisemite depuis que l'empire romain est devenu chretien il y a 1700 ans. La cause palestinienne n'en est pas une pour les belges ( ou européens)) ils s'en tapent comme de leur première culotte : c'est juste un prétexte pour pouvoir continuer à assouvir leur antisemitisme, même après nous avoir massacre 6000000 des nôtres....!

  • Par kalisz - 8/11/2017 - 10:13

    La gauche intellectuelle et artistique en Belgique est pro-palestinienne de manière très unilatérale. Cette pensée peu critique et victimiste gangrène jusqu'au Théâtre National. Informez vous quant à son prochain spectacle de février 2018 qui abonde dans l'action de BDS. Le titre: "L'impossible neutralité".