Fraternité 2018

Faut-il rêver d'une autre école ?

Lundi 19 novembre 2018 par Véronique Lemberg

Confrontée aujourd’hui à de nombreux défis complexes, l’école n’a pas d’autre choix que de changer et de se réformer en profondeur. Si tout le monde partage unanimement ce constat, il est en revanche très difficile de se mettre d’accord sur les modifications concrètes à mettre en œuvre. C’est cette problématique que l’édition 2018 de Fraternité abordera le 27 novembre dès 18h au LOCI-Bruxelles.

Sur le même sujet

    Tout le monde reconnaît que le système éducatif en Wallonie et à Bruxelles doit changer. Il a besoin d’être réformé en profondeur pour faire face aux défis de demain. Il est vrai qu’une école qui n’a pas changé de logiciel depuis une cinquantaine d’années n’est pas en mesure de se confronter à une société qui a fait pendant cette même période un bond en avant équivalent à plusieurs siècles. Dans ce contexte, la liste des missions confiées à l’école ne cesse de s’allonger : enseigner correctement les savoirs fondamentaux, fournir une formation professionnelle adéquate, transmettre une culture, éduquer au goût, au respect, à l’environnement, former les citoyens de demain, etc.

    La liste n’est évidemment pas exhaustive, mais il est vrai que la focalisation sur la citoyenneté domine le discours sur l’école. Sous-jacent à l'apprentissage de savoirs, il s'agit de former les citoyens de demain. Ce projet n’est pas neuf. C’est d’ailleurs à cette fin qu’a été notamment instaurée l’instruction gratuite, laïque et obligatoire. Non seulement l’école instruit, mais elle doit aussi permettre aux futurs citoyens de former des opinions et des jugements, ne serait-ce que pour préserver les libertés. Pour certains, cette tâche est essentielle, mais le cadre dans lequel les enseignants doivent former les élèves à la citoyenneté ne s’y prête pas. « On veut en faire le lieu par excellence de la citoyenneté alors que les conditions ne sont pas du tout réunies », estime Carine Potvin, ancienne coordinatrice de l’Université populaire de Laeken (UPopLa). « Comment expliquer par exemple que de nombreuses écoles n’ont pas de sanitaires convenables ? Cette question n’a rien de prosaïque. Dès lors que les besoins primaires des élèves ne peuvent être assouvis dans la dignité, nous ne pouvons pas parler sérieusement de citoyenneté. Dans ces conditions, ce n’est qu’une vue de l’esprit, un discours purement théorique ».

    Une école citoyenne

    Il n’empêche. Dans une société démocratique, l’école doit former les citoyens de demain. Il convient donc qu’elle soit elle-même citoyenne. L’enjeu éducationnel n’est pas seulement de placer l'élève dans de bonnes conditions pour développer un esprit critique. « La citoyenneté ne peut se réduire à la notion d’esprit critique », souligne Bruno Derbaix, sociologue et philosophe ayant publié Pour une école citoyenne (éd. Boîte de Pandore), un livre dans lequel il propose une réflexion sur l’école du 21e siècle. « Parler de manière non violente et respectueuse, résoudre un conflit, concevoir et réaliser un projet sont autant de comportements citoyens fondamentaux qui s’apprennent de manière progressive dès l’âge de 3 ans. Et en fait, bien souvent, le message de l’école est paradoxal : d’une part, elle dit aux jeunes qu’ils ne sont pas encore aptes à être des citoyens et d’autre part, elle attend d’eux qu’ils se comportent d’emblée comme des citoyens responsables dont on pointe de temps à autre les écarts. A l’inverse, l’enjeu est que l’école mette en place des espaces d’autonomie progressive permettant à l’élève de grandir et d’acquérir les capacités nécessaires pour devenir petit à petit un citoyen pleinement responsable ».

    L’enjeu de la citoyenneté à l’école est aujourd’hui de plus en plus lié à celui de la diversité. « Les principes de l’école citoyenne sont excellents pour faire face aux enjeux de la diversité », assure Bruno Derbaix. « En accompagnant les élèves dans des démarches de discussions et de projets, on peut en même temps accueillir les diversités et même avec un public socialement et culturellement plus homogène, je suis convaincu que l’école citoyenne est plus adaptée pour relever les enjeux actuels ». Jouer le jeu de la diversité et mettre son enfant dans une école marquée par la mixité sociale et culturelle suscite l’adhésion d’un grand nombre… en théorie. Mais dans la pratique, la mixité ne va pas de soi pour une majorité de parents progressistes qui n’hésitent pas à déployer les stratégies les plus sophistiquées pour contourner les règles établies par le décret « inscription » du ministère de l’Enseignement. « En termes de mixité, le décret inscription a mis la charrue avant les bœufs et en récolte les effets pervers », précise Bruno Derbaix qui est également accompagnateur d’équipes d’encadrement et de classes. « Si de nombreux parents ne veulent pas jouer le jeu de la mixité, c’est notamment parce que les écoles ont été contraintes de faire de la mixité sans y être préparées. Elles le font mal et la diversité devient une faiblesse. Soit les enseignants s’adaptent aux plus faibles et cela dissuade les parents élitistes d’y mettre leurs enfants. Soit ils s’adaptent aux plus forts et les élèves défavorisés se retrouvent rapidement relégués. En revanche, lorsqu’une école s’est préparée à accueillir et à gérer des publics différents, la mixité peut devenir une force. Une telle école peut être mixte et dispenser un enseignement de qualité. Non seulement les élèves y maîtriseront bien les savoirs fondamentaux, mais ils auront aussi un bagage culturel plus important ».

    Nostalgie stérile

    Si l’école citoyenne idéale se doit d’être en phase avec la diversité de la société, certains parents abordent cette question avec beaucoup de nostalgie en se disant « de mon temps, l’enseignement était meilleur » et en rêvant d’une école plus traditionnelle, voire complètement tournée vers le passé. La nostalgie déforme souvent le regard posé sur les choses : les enseignants en blouse grise n'étaient pas tous des saints et les enfants en uniforme n’étaient pas des plus épanouis. Il serait stérile de rêver au temps de La Gloire de mon père de Pagnol. Ce qui marchait autrefois n'est intelligible qu'avec les paramètres d'autrefois. Il faut plutôt s'inspirer de ce qui marche ailleurs et faire de vraies réformes, inscrites dans la durée.

    Ce qui conduit les parents à se tourner vers le passé réside peut-être dans la dévalorisation du statut de l’enseignant. Jadis, les enseignants étaient les bénéficiaires de l’autorité que l'institution elle-même exerçait sur la société. Ainsi, l’enseignant étant l'incarnation, le passeur d'une autorité supérieure symbole de raison et de puissance, il pouvait aisément objecter aux élèves indisciplinés : « Si tu ne me respectes pas, respecte ce que je représente ». Ce modèle s'est effondré et l'autorité de l'institution s'est épuisée et par voie de conséquence, le statut de l’enseignant a décliné. « On est passé du professeur incontesté à l’enseignant considéré comme un nul qui a raté sa vie », déplore Carine Potvin. « Et paradoxalement, aujourd’hui, on exige de plus en plus que l’enseignant assume de nombreuses tâches fondamentales, mais on ne le respecte pas. Cela ne peut pas fonctionner. Quand on entend ce qui se dit sur les enseignants, on a le sentiment que ceux qui exercent ce métier sont des nuls qui n’ont rien trouvé de mieux. Ajoutez à cela tous les préjugés qui circulent à leurs égards : fainéants, trop de congés, etc. ».

    Dans ce contexte, la question demeure : faut-il rêver d’une autre école ? Sûrement, mais si c’est un rêve, il doit nécessairement déboucher sur un projet concret, car il est question de l’avenir de notre société. « Les transformations à l’école n’appellent pas directement une réponse en termes de « plus » ou « moins » d’école », insiste François Dubet, sociologue français spécialiste de l’école et des questions d’inégalités. « Il importe d’abord de comprendre les mutations du système scolaire et d’envisager des changements dans la nature même de la scolarisation ». Loin d’isoler les jeunes des désordres et des passions du monde, l’école citoyenne de nos rêves doit surtout les rendre plus intelligents, pour comprendre le monde et y trouver une place à partir de raisonnements autonomes.

    « Les rencontres de la laïcité, l'égalité et de la mixité », en collaboration avec le Centre d'Action Laïque (CAL), le Comité Ni Putes Ni Soumises et UCL-Faculté d'architecture, d’ingénierie architecturale, d'urbanisme LOCI, vous proposent un atelier de discussion à 18h (sandwichs offerts), suivi d’une table ronde & débat à 20h.
    Intervenants : Marie-Martine Schyns, ministre de l'Education de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Charles Sohet, directeur de Singelijn second’air - Bruno Derbaix, Sociologue et philosophe, auteur de Pour une école citoyenne (éd. La boîte à pandore) -Hughes Bersini,  professeur d'informatique et de programmation aux facultés polytechnique et à l'école Solvay (ULB). Modérateur : Pascal Claude, journaliste (RTBF). John Pitseys, docteur en philosophie et licencié en droit, chargé de recherches au CRISP, assurera les conclusions de la soirée.

    OÙ : UCL-Faculté d'architecture, d’ingénierie architecturale, d'urbanisme LOCI Site de Bruxelles, 47-51 rue Wafelaerts, 1060 Bruxelles.
    Réservation obligatoire au 02/543.01.01 ou
    [email protected] - P.A.F. : 5 €, gratuit pour les étudiants & les enseignants.

     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par yonathan philips - 23/11/2018 - 15:53

      recreer une ecole juive authentique comme maimonide c'est sa la vraie ecole, vous voyez bien que beaucoup de juifs se ont agresser dans les ecoles laiques, il faut arreter de se voiler la face!!

      jusqu'en asie et en jordanie notre talmud est etudié!!! ALORS PK PAS NOUS?
      svp juif correspond a la sortie degypte et au don de la torah . Tout le monde entier le reconnait alors PK PAS NOUS?? faut debatre des vrais sujets alors que la laicité ne veut pas de nous on le voit bien les enfants juifs meme sans kippa se font agresser raketter.... OUVREZ LES YEUX