Documentaire/Négationnisme

Les faussaires de l'histoire

Vendredi 26 septembre 2014 par Propos recueillis par Nicolas Zomersztajn

Dans son dernier documentaire, Les Faussaires de l’histoire, Michaël Prazan s’intéresse au négationnisme. Il raconte l’itinéraire de ce discours antisémite en revenant sur ses origines, son histoire et ses figures qui l’ont porté et diffusé. Ce film sera diffusé ce dimanche 28 septembre 2014 à 22h25 sur France 5.

 

Quelle est la particularité de votre documentaire sur le négationnisme, sujet que vous avez déjà traité dans vos travaux sur Roger Garaudy ?

Michaël Prazan : Dans Les Faussaires de l’histoire, l’idée générale est de proposer une histoire du négationnisme de 1945 à nos jours en analysant ses métamorphoses successives et les nouveaux défis qu’il nous impose.

Quand apparaît le négationnisme ?

M. Prazan : Le négationnisme apparaît immédiatement après la guerre dans des réseaux néo-nazis. L’objectif est clair : il faut laver le nazisme de ses crimes pour le réhabiliter à un moment où il est très difficile de tenir ouvertement un discours antisémite. Le négationnisme apparaît donc comme un moyen détourné pour le faire en France, en Italie et en Grande-Bretagne. C’est en 1948 que Maurice Bardèche publie ses premiers écrits négationnistes et en 1950 que Paul Rassinier publie Le Mensonge d’Ulysse. Il est intéressant de voir que le négationnisme n’est pas l’apanage des bourreaux eux-mêmes. Ces derniers ne nient pas les crimes commis, même si dans le cadre de l’opération 1005, il était question d’effacer les traces des exécutions de masse effectuées pendant l’Aktion Reinhard (extermination des Juifs de Pologne entre 1942 et 1943). Le négationnisme ne s’inscrit pas dans la logique de l’opération 1005, même s'il profite de cet effacement des traces du génocide.

Quelles en sont les grandes étapes ?

M. Prazan : Fin des années 1960 et début des années 1970, des liens se nouent et des brochures sont publiées. Les auteurs négationnistes voyagent d’un pays à l’autre et de plus en plus de textes sont traduits. C’est ainsi que François Duprat, membre fondateur et idéologue du Front national, traduit en français la brochure anglaise Did Six Millions really die ? Le négationnisme est donc diffusé au sein de l’extrême droite française, mais le succès n’est pas encore au rendez-vous. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que le négationnisme explose véritablement avec Robert Faurisson.

Que se passe-t-il avec Faurisson ?

M. Prazan : On assiste à la diffusion du négationnisme auprès du grand public. Faurisson parvient à se révéler au grand public par un premier article publié par Le Matin de Paris le 1er novembre 1978, et surtout le 29 décembre 1978 avec la publication d'une tribune par le quotidien Le Monde, intitulée « Le Problème des chambres à gaz, ou la rumeur d'Auschwitz », version abrégée d’un long article négationniste publiée dans la revue d’extrême droite Défense de l'Occident. Très vite, il acquiert un succès de scandale et de curiosité. Les gens croient que c’est un savant qui parle. Ivan Levaï l’invite même à son émission de radio où le phénomène Faurisson explose.

Les années 1980 sont-elles marquées par l’internationalisation du négationnisme ?

M. Prazan : Oui. Les différentes chapelles commencent à se structurer, ce qui permet une plus grande circulation du discours négationniste. Il faut malgré tout nuancer et relativiser cette internationalisation : les négationnistes voyagent beaucoup mais, comme les sectes, en vase clos. Un public de convaincus suit et voyage en même temps que ses propagandistes. En termes d’influence, cela demeure donc négligeable.

Qu’est-ce qui va accroitre son influence ?

M. Prazan : Ce sera la revendication de ce discours par l’extrême gauche. Elle soutient Faurisson parce qu’il devient une forme d’emblème de la parole libérée contre les systèmes. La maison d’édition La Vieille taupe de Pierre Guillaume le publie et diffuse ses textes au sein de l’extrême gauche. Cela permet au négationnisme d’entrer dans des milieux où il ne devait jamais apparaître. D’où le soutien délirant de Noam Chomsky à Faurisson. C’est au nom de la liberté d’expression que Chomsky défend Faurisson et préface un de ses livres. On voit que la séduction des milieux libertaires intervient tant aux Etats-Unis qu’en Europe. Et la France est toujours à la pointe du combat négationniste.

Quelle est la phase suivante ?

M. Prazan : Il s’agit de l’exportation du discours négationniste vers le monde musulman à travers la figure de Roger Garaudy. Converti à l’islam, il est accueilli comme le grand penseur français opprimé par les lobbies juifs en France et en Europe. Le discours négationniste va alors se répandre dans le monde musulman comme une traînée de poudre.

Et aujourd’hui ?

M. Prazan : Le négationnisme revient aujourd’hui sur internet à travers des individus qui reprennent les marqueurs du négationnisme : l’antisémitisme et la provocation. Cela nous renvoie à des personnages comme Dieudonné et Alain Soral. 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ARABDIOU HAKIM - 28/12/2017 - 6:35

    Malheureusement, les extrêmes se nourrissent mutuellement. Les organisations sionistes principalement de droite et d'extrême font eux aussi exactement ce qu'ils reprochent aux révisionnistes et aux négationnistes de la Shoah à la grande joie des antisémites et des révisionnistes et des négationnistes de la Shoah. Cette ALAMGAME renforce ces derniers. Ils tentent aussi mais en vain d'assimiler antisionisme et antisémitisme, et de vouloir discréditer le soutien grandissant à la cause palestinienne en traitant toute la gauche d'antisémite. Ces accusations outre leur caractère crapuleux ne font que renforcer le camp des dextrémistes de chaque partie au détriment des forces de paix et la solution à deux Etats qu'Israël est le principal fossoyeur.

  • Par Tonton Mordechai - 29/12/2017 - 19:18

    Cher Hakim,
    je suis sioniste, oui j'avoue...ce qui semble dans votre bouche une insulte est pour moi un motif de fierté...Mais qu'appelez-vous au juste "sionisme" ? Moi, je suis un sioniste convaincu, comme je le suis du besoin impérieux de l'existence d'un état palestinien viable...Le "sionisme" n'est donc l'obstacle de rien pour qui essaie de ne pas s'accrocher aux mots...Donc, essayez d'expliquer en quoi le "sionisme" comme vous l'appelez vous pose un problème...Merci !

  • Par Yoram - 30/12/2017 - 18:30

    Tonton Mordechai, je trouve plaisant qu'on puisse tenir son adhésion au sionisme pour une source de fierté. Ne m'en veuillez pas mais je vous vois somme toute revendiquer haut et fort une source – peut-être unique chez vous – de bêtise. Car je continue à penser que le sionisme rend idiot, méchamment idiot ou bêtement idiot selon les cas ou les circonstances.

  • Par Tonton Mordechai - 31/12/2017 - 14:26

    Ah le Yoram-Ghys,
    celui qui persiste à prendre le persiflage pour une pensée, et qui pollue ce forum de manière régulière avec une jouissance que j'imagine...désespérée...Mais mon cher monsieur, le sionisme est accompli, réveillez-vous ! C'est fini, l'internationale chantée en choeur sous le drapeau marqué du marteau et de la faucille...choisissez la Corée du Nord, ils seront comme vous, dans un paradigme surréaliste, vous pourrez y soigner votre antisionisme à grands coups de chants patriotiques à la gloire du grand "Dirigeant bien aimé"...

  • Par Yoram - 1/01/2018 - 13:45

    Tonton Mordechai, le désespoir dont vous parlez se révèle dans votre tentative de me figurer chantant une Internationale que je n'ai jamais entonnée. Palestinien, je désespérerais sans doute mais j'ai, si l'on veut, la chance de ne pas l'être - même si je serais alors riche d'autre chose que vous ne soupçonnez même pas.

    Votre formule de "prendre le persiflage pour une pensée" est-elle une pensée ? Ou cherche-t-elle à en finir avec toute pensée ?

    D'ailleurs parler comme vous faites de "pollution de ce forum", relève idéologiquement de ce que vous ne manquez sans doute pas de prétendre combattre. Mais on peut être sioniste et avoir du goût pour l'anéantissement de l'autre, n'est-ce pas ? Et cela tout en clamant haut et fort l'horreur de l'anéantissement de l'autre. Le sionisme ne rend pas seulement idiot, il pousse encore à la tartuferie.

    Enfin pour vous parodier : Mais mon cher monsieur, le sionisme est toujours inaccompli, inabouti, réveillez-vous !

    Je le redis à tout hasard : ce serait, à mes yeux, faire trop d'honneur au sionisme que de me dire antisioniste.

  • Par claire - 2/01/2018 - 13:31

    Yoram

    Auriez vous le courage de vous identifier ?

    Claire Ribout

  • Par Yoram - 4/01/2018 - 11:47

    Claire, votre histoire de courage n'est que calembredaine de cour de récré. Comprenez-vous que l'ajout du nom de "Claire Ribout" n'ajoute rien aux indications que m'apporte votre intervention ? Tout est dans les quelques mots de votre intervention, dans les ficelles sur lesquelles vous vous promettez de jouer ou vous croyez déjà jouer, le tout tellement représentatif d'une tournure d'esprit, d'un mode de défense si souvent rencontrés. Que ce commentaire soit signé "Claire Ribout" n'y change rien et m'indiffère.