L'édito

Eyal Sivan, BDS tendance Harpo...

Mardi 6 mars 2018 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef
Publié dans Regards n°878 (1018)

Lors d’une conférence organisée le 19 février dernier à l’UPJB, le documentariste israélien Eyal Sivan s’est livré à un plaidoyer enflammé en faveur du boycott universitaire et culturel d’Israël prôné par BDS.

 
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    Bien qu’il ressemble à s’y méprendre au muet et attachant Harpo des Marx Brothers, il a surtout fait la démonstration inquiétante de la puissance de ses cordes vocales et de son incapacité à accepter la contradiction lors du débat face à Jean Vogel (professeur à l’ULB). Il a surtout traité de « pute » une femme essayant de lui dire que certains sites internet prônant le boycott d’Israël contiennent des propos antisémites. Cette manière ordurière de « ne pas céder au chantage de l’antisémitisme » a suscité l’embarras de la salle pourtant majoritairement acquise au boycott d’Israël.

    Sur le fond, que dit Eyal Sivan du boycott universitaire et culturel d’Israël qu’il défend virulemment ? Ayant observé que des conseillers en communication ont conçu des campagnes visant à présenter Israël comme un pays attractif, créatif et innovant afin de détourner l’attention de l’opinion mondiale du conflit, Eyal Sivan juge qu’il est impératif de boycotter les institutions culturelles et universitaires qui constituent « la vitrine dans laquelle Israël présente de lui-même une image démocratique, libérale et critique ». Cette vitrine culturelle et académique masquerait la réalité hideuse d’un pays où les artistes et les universitaires, loin d’être critiques, sont tous des agents aux ordres du gouvernement agissant en service commandé pour diffuser l’image positive d’Israël. Au mieux, ils ne seraient que des marionnettes manipulées par le gouvernement, au pire ils agiraient sciemment pour conforter la politique d’occupation d’un Etat raciste et colonialiste assimilé systématiquement à l’Afrique du Sud de l’Apartheid.

    Cette vision paranoïaque ne correspond en rien aux logiques du monde culturel et académique où seuls le talent, le génie et le sens de l’innovation peuvent influencer le choix du public et des universités. Si ces exigences ne sont pas rencontrées, le gouvernement israélien pourra aussitôt abandonner son plan machiavélique de propagande 2.0. Peut-on imaginer un seul instant que le succès planétaire de Sapiens : une brève histoire de l’humanité de l’historien israélien Youval Noah Harari soit le résultat de la main invisible du ministère des Affaires étrangères ? On voit mal l’auteur de cette somme iconoclaste sur l’histoire de l’humanité, du néolithique à Google, en agent de propagande du gouvernement israélien.

    En revanche, personne ne conteste qu’Israël exerce son Soft Power, c’est-à-dire sa capacité de séduire et de persuader sans recourir à la force. Et ce Soft Power repose sur son image positive, son prestige, ses capacités de communication, le degré d’ouverture de sa société, l’attractivité de sa culture, de ses idées et son rayonnement scientifique et technologique. Il n’existe pas un seul gouvernement au monde qui néglige son Soft Power. C’est même une pratique courante dans un monde hyper connecté.

    En écoutant Eyal Sivan, on prend conscience que sa haine d’Israël et de ses compatriotes, tous des auxiliaires de la domination des « blancs », l’emporte sur sa volonté de mettre fin à l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Il n’est pas étonnant qu’il soit un compagnon de route des Indigènes de la République, ce groupuscule obsédé par les Juifs dont la porte-parole a fait de la remise en cause de la légitimité de l’Etat le point cardinal de l’émancipation des « indigènes », qu’ils soient français issus de l’immigration africaine, Inuits des régions arctiques, Tibétains de Chine ou Dogons du Mali. Mais comme l’explique le philosophe Ivan Segré : « Il n’est pas sûr que les Inuits, les Dogons et les Tibétains jugent que la question de la légitimité de l’existence d’Israël soit décisive en dernière instance ». Et ils ont sûrement d’autres revendications que le boycott d’Israël. 


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Sheli - 7/03/2018 - 16:16

      Dans une interview que Libération lui avait un jour consacré fin des années 80, il y racontait que sa mère lui aurait dit "Si tu n'étais pas mon fils, je dirais que tu es un fils de pute". Elle avait bien raison
      (voir archives Libé)