Diplomatie

Les Etats-Unis et Israël se retirent de l'Unesco

Vendredi 13 octobre 2017 par AFP

Les Etats-Unis, suivis d'Israël, ont annoncé jeudi leur retrait de l'Unesco, l'accusant d'être anti-israélienne, au moment même où l'institution, en perte de vitesse et à la recherche d'un second souffle, s'apprête à élire son prochain directeur général.

 

L'actuelle directrice générale de l’Unesco, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, Irina Bokova, a dit « regretter profondément » cette décision, à ses yeux préjudiciable au multilatéralisme.

"Nous avons besoin d'une Amérique qui reste engagée dans les affaires du monde", a réagi l'ambassadeur français aux Nations unies, François Delattre.

"L'universalité est essentielle à la mission de l'Unesco pour construire la paix et la sécurité internationales face à la haine et à la violence, par la défense des droits de l'homme et de la dignité humaine", a déclaré dans un communiqué Mme Bokova.

Le feu couve depuis des années sur fond de positions controversées de l'Unesco sur Jérusalem et Hébron, défendues par les pays arabes. En 2011, l'admission de la Palestine au sein de l'Unesco a accentué la crise et entraîné la suspension des contributions financières d'Israël et des États-Unis - qui fournissaient plus de 20% du budget de l'agence.

En juillet dernier, ces derniers avaient d'ailleurs prévenu qu'ils réexaminaient leurs liens avec l'Unesco, qualifiant d'"affront à l'histoire" la décision de l'organisation de déclarer la vieille ville de Hébron, en Cisjordanie occupée, "zone protégée" du patrimoine mondial. Une décision qualifiée de "délirante" par Israël.

Après son retrait, qui sera effectif seulement fin 2018 conformément aux statuts de l'Unesco, Washington souhaite conserver un statut d'observateur.

"Cette décision n'a pas été prise à la légère et reflète les inquiétudes des États-Unis concernant l'accumulation des arriérés à l'Unesco, la nécessité d'une réforme en profondeur de l'organisation et ses partis pris anti-israéliens persistants", a expliqué le Département d'État dans un communiqué.

Israël a salué jeudi l'annonce du retrait des Etats-Unis de l'Unesco comme le début d'une "nouvelle ère" aux Nations unies et la preuve qu'il y avait "un prix" à payer pour ses positions anti-israéliennes.

"Nous entrons dans une nouvelle ère aux Nations unies: celle où, quand on pratique la discrimination contre Israël, il faut en payer le prix", a dit dans un communiqué Danny Danon, ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies.

"L'Unesco est devenue un champ de bataille pour dénigrer Israël, négligeant son rôle et son propos véritables. La décision prise aujourd'hui (par les Etats-Unis) marque un tournant pour l'Unesco: les résolutions absurdes et honteuses adoptées par cette organisation contre Israël ont des conséquences", a-t-il ajouté.

Un tel retrait n'est pas inédit: il y eut un précédent en 1984, sous Ronald Reagan, alors motivé par l'inutilité supposée et les débordements budgétaires de l'Unesco. Ce n'est qu'en 2002 que les États-Unis avaient réintégré l'organisation.

L'annonce américaine intervient alors que l'élection hautement politique du successeur d'Irina Bokova entre dans une phase décisive, cristallisant d'autres tensions diplomatiques.

Les 58 pays membres du conseil exécutif désigneront jeudi soir deux finalistes, voire le prochain leader de cette organisation en mal de réformes, de dépolitisation et de consensus. Et qui doit faire en outre avec les arriérés de contribution de ses membres.

Or, depuis le début du scrutin lundi, un des vainqueurs potentiels est le candidat qatari Hamad bin Abdoulaziz Al-Kawari, qui ne fait pas l'unanimité.

Les pays arabes qui ont rompu cette année leurs relations diplomatiques avec Doha, dont l'Égypte et l'Arabie saoudite, s'en inquiètent même s'ils ont largement revendiqué le poste pour leur groupe, qui ne l'a jamais occupé.

En outre, de vieux soupçons d'antisémitisme à son encontre ont resurgi ces derniers jours, relayés notamment par le Centre Simon Wiesenthal Europe et la Ligue Anti-diffamation aux États-Unis.

Il lui est en particulier reproché un silence présumé face à la présence de livres antisémites lors de foires du livre alors qu'il était ministre de la Culture.

M. Al-Kawari est opposé notamment à la Française Audrey Azoulay, 45 ans, ancienne ministre de la Culture qui a recueilli autant de voix que lui mercredi - 18 sur les 30 nécessaires pour être élu - comblant l'écart qui les séparait encore la veille.

Ce scénario inédit a contraint l'Unesco, dont le siège est à Paris, à organiser une sorte de vote intermédiaire pour départager les deux candidates.

La bataille fait rage pour savoir qui prendra le leadership d'une organisation déjà fragilisée par ses dissensions et ses difficultés économiques, et à laquelle les Etats-Unis et Israël ont porté "un coup dur" en annonçant jeudi leur départ, selon la directrice générale sortante de l'organisation, la Bulgare Irina Bokova.


 
 

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  • Par Jacky - 13/10/2017 - 23:38

    C'est Azoulay, la fille du conseiller juif du Roi du Maroc, qui est élue présidente !