Opinion

L'esprit Frères musulmans, ennemi de la démocratie

Jeudi 23 août 2018 par Willy Wolsztajn

Suite à deux articles de la journaliste Marie-Cécile Royen parus dans Le Vif et consacrés au vice-président du Collectif contre l’Islamophobie en Belgique (CCIB) Hajib El Hajjaji, candidat Ecolo à Verviers aux communales d’octobre, ce dernier a publié un droit de réponse. Il dépose plainte devant le Conseil de déontologie journalistique (CDJ). Intimider le journalisme d’investigation pour générer l’autocensure, tactique coutumière de l’islam politique.

L’essentiel de son droit de réponse tient en un long plaidoyer pour lui-même. Tout qui connaît Hajib El Hajjaji sait combien il est un garçon aimable, souriant, courtois, calme. Mais il ne s’agit pas de cela. Le rapport de la NEFA Foundation (2008) sur les Frères musulmans en Belgique place Hajib El Hajjaji au centre du dispositif de la confrérie dans notre pays.

Pour Hajib El Hajjaji, la NEFA Foundation se révèle « être un lobby néoconservateur américain proche des milieux ultra sécuritaires et d’extrême droite » dont l’auteur « écrivait sous couvert d’un faux nom ». A vrai dire, peu importent les commanditaires du rapport et le nom de l’auteur, Steve Merley, pseudonyme ou pas. Par contre, ce document, disponible sur Internet, est long de 24 pages. Son appareil de références compte plus de 160 notes. Gage de sérieux, il énonce certaines de ses affirmations au conditionnel. Y figurent les photos d’immeubles banals, identifiés comme des locaux Frères musulmans. Tout indique une recherche solide doublée d’une enquête de terrain. Felice Dassetto, dans L’iris et le croissant (2011), cite le rapport dans une note. Plus que le contenu, il en conteste l’approche, jugée policière, et souligne les problèmes déontologiques que pose sa publication. Steve Merley anime une newsletter, The Global Muslim Brotherhood Daily Watch. Il y mentionne Hajib El Hajjaji en 2013 et 2015, comme « un leader des Frères musulmans belges ». On y apprend que le CCIB est partenaire du FEMYSO, une fédération européenne de jeunes et d’étudiants musulmans liée à la confrérie.

Stratégie et tactiques de terrorisme intellectuel

Au-delà des affiliations, avérées ou non, examinons la méthode. En 2017, le CCIB et son fidèle allié le MRAX taxent le quotidien L’Echo d’islamophobie pour avoir qualifié l’islam de « religion conquérante » dont les adeptes « ne sont pas tous des enfants de chœur », cela sous le titre « Doigté et fermeté face à l’islam ». Ils menacent de signaler le journal auprès du CDJ et d’UNIA, le centre fédéral de lutte contre le racisme. Plus tôt dans l’année, le CCIB s’en prend à l’ex-bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur pour avoir déclaré « toutes les mosquées sont entre les mains des salafistes. » Ici encore, accusation d’islamophobie, de racisme, signalement à UNIA, interpellation du président socialiste Di Rupo pour exclure le fautif du parti.

En 2015 le CCIB avait traîné Marie-Cécile Royen et Le Vif devant le CDJ pour leur dossier sur les Frères musulmans en Belgique. Il avait été rejoint par l’Association belge des Professionnels musulmans, dont Hajib El Hajjaji a été administrateur et travailleur, ainsi que par Empowering Belgian Muslims, présidé par Fatima Zibouh, figure intellectuelle proche des Frères musulmans et vice présidé par Michaël Privot, que le rapport NEFA identifie lui aussi comme leader de la confrérie en Belgique.

S’étaient joint à eux Vigilance musulmane (VM), prétendu think tank fondé et animé par Abdelghani Ben Moussa et Mehmet Saygin, ce dernier militant islamiste de la mouvance AKP, parti du dictateur néo ottoman Recep Tayyip Erdogan*. En 2010, VM dépose plainte auprès de la ministre compétente contre l’enseignante Nadia Geerts parce que, lors d’une conférence tenue dans un athénée provincial, elle se déclare opposée au port du voile à l’école. En 2011, VM attaque devant le Centre pour l’Egalité des Chances le sociologue Mark Elchardus pour avoir affirmé que « l’antisémitisme chez les élèves a une inspiration théologique et (qu’)il y a un lien direct entre le fait d’être musulman et celui d’éprouver des sentiments antisémites ». En 2012, le documentariste Frédéric Deborsu (RTBF) subit les foudres de VM devant le CDJ pour un reportage sur l’islam. En 2013 VM attrait devant le tribunal civil la commune de Verviers pour son règlement d’ordre intérieur proscrivant les signes convictionnels ostentatoires.

Faire taire les voix dérangeantes

Ces faits dépassent les seuls CCIB et Hajib El Hajjaji. Ils dessinent la stratégie et les tactiques de l’islam politique. Les procédés sont toujours similaires. Ils font système. On agite un cocktail d’accusations de haine des musulmans et de racisme, fallacieuses et diffamatoires, assorties d’annonces de sanctions auprès d’instances diverses, tribunal, ministre de tutelle, CDJ, UNIA, chef de parti, etc. Parfois on passe à l’acte, parfois non. On suscite une ambiance d’angoisse, de peur, de terrorisme intellectuel. On vise à tuer tout débat et toute critique sur l’islam. Plus que l’adhésion à une structure, toujours contestable pour une confrérie qui cultive le secret, ces agissements révèlent l’esprit et la vraie nature des Frères musulmans. Un esprit ennemi de la démocratie.

Et Ecolo ? Ses co-présidents Patrick Dupriez et Zakia Khattabi soutiennent leur poulain dans un communiqué selon lequel « Marie-Cécile Royen s’autorise, de façon aussi insistante qu’insidieuse, à sous-entendre l’existence d’un lien entre Hajib El Hajjaji et les Frères musulmans. » Ils menacent de saisir le CDJ. S’en étonnera-t-on ? En 2015, l’échevine Ecolo schaerbeekoise Tamimount Essaïdi s’était jointe aux plaignants contre la journaliste du Vif. Zakia Khattabi avait entamé sa campagne à la coprésidence du parti auprès de Frank Amin Hensch, imam à la mosquée Assahaba de Verviers (M Belgique, 27.03.2015), un important centre Frères musulmans en Belgique. De 2010 à 2014 Hajib El Hajjaji en fut administrateur avec, entre autres, Frank Amin Hensch et Michaël Privot. Difficile de se trouver plus près de la confrérie. Ecolo adore jouer les chevaliers verts. Mais son vert chlorophylle se teinte quelque peu de vert islamiste.

De Varsovie à Washington, de Budapest à Jérusalem, de Vienne à Rome, souffle sur les démocraties un vent mauvais d’illibéralisme. Il déteste les journalistes en général et ceux qui appuient où cela fait mal en particulier. L’esprit Frères musulmans s’inscrit dans ce mouvement bien de notre époque.

Dans le domaine francophone belge, Marie-Cécile Royen est quasiment la seule journaliste à enquêter sur la confrérie. Aussi faut-il la faire taire. Comme il est difficile de la coincer sur un plan judiciaire, on va harceler afin de décourager, démotiver, isoler. Espérons que Marie-Cécile Royen tienne bon et que son journal persiste à la soutenir comme jusqu’ici. Et que d’autres journalistes, et d’autres chercheurs la rejoignent dans ses nécessaires efforts.

* http://www.cclj.be/actu/politique-societe/mehmet-saygin-agent-influence-turque-en-belgique


 

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