Congo/Feshi

Ecole Robert Maistriau : les premiers élèves de rhéto sont sortis!

Lundi 10 avril 2017 par Géraldine Kamps

L’événement mérite d’être salué : en juillet dernier, les premiers élèves de rhéto de l’Ecole Robert Maistriau de Bois Fleuri près de Feshi (Congo) sortaient diplômés. Un vrai défi quand on sait la précarité des conditions de vie et de scolarisation des jeunes de cette région. Reste aujourd’hui à leur trouver un travail, un nouvel objectif auquel s’emploie la Fondation Robert Maistriau, avec une motivation inchangée.

 
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    Neuf garçons et une fille sont sortis de l’Ecole Robert Maistriau il y a quelques mois, leur diplôme d’Etat en poche, équivalent du baccalauréat. « Un exploit quand on connait les conditions de dénuement dans lesquelles les professeurs travaillent », affirme Roland Schmid, président de la Fondation Robert Maistriau qui se bat jour après jour pour faire perdurer l’œuvre laissée par Robert Maistriau* au Congo, plus précisément à Bois Fleuri dans le territoire de Feshi.

    « L’idée de Robert Maistriau au départ était d’offrir un enseignement aux enfants des travailleurs de sa concession, devenue le plus grand acteur de reboisement dans la région », explique Roland Schmid. « Petit à petit, au vu du succès de l’école, les enfants des villages environnants ont eux aussi souhaité bénéficier de cet enseignement, et nous les avons bien sûr accueillis. Créée en 2005, l’Ecole Robert Maistriau a obtenu le statut d’école publique en 2011 et nous pensions que le paiement des enseignants par l’Etat suivrait, mais cela n’a pas été le cas. Depuis 2015, seuls six des 28 enseignants sont employés par l’Etat, les autres entièrement payés par la Fondation, avec un salaire malheureusement bien moins élevé, qu’ils ont accepté, faute de mieux », déplore-t-il.

    L’objectif actuel de la Fondation Robert Maistriau est non seulement de former les enfants et d’obtenir que les enseignants soient correctement rémunérés, mais aussi d’offrir des débouchés pour les diplômés, sans quoi ceux-ci quitteront la région pour tenter de trouver du travail à Kinshasa, Lubumbashi ou en Angola. « En dehors des Sœurs et des Abbés, nous sommes aujourd’hui dans le territoire de Feshi le seul employeur qui puisse leur proposer un avenir quelque peu stable », souligne Roland Schmid. Professeur à l’Université de Kinshasa, actuellement en train de réaliser un doctorat en science de la motricité à l’ULB, Félicien M’Lembakani (à gauche sur la photo) a bien connu Robert Maistriau, « considéré comme un bienfaiteur au Congo, et pas seulement à Feshi », témoigne-t-il. « Son œuvre s’est étendue et a incité les autres territoires à s’inspirer de son modèle. Le projet de Robert Maistriau sauve ceux qui se voient abandonnés par le pays lui-même. Les enseignants non payés, ce n’est d’ailleurs pas un cas particulier. Les priorités d’un pays doivent être l’éducation et la santé, ce n’est malheureusement pas le cas au Congo ».

    L’ouverture au monde

    La visite officielle dans le courant du mois de mars à Bruxelles de Gentil Bantu Mbabi (à droite sur la photo), coordinateur national de la Plate-forme d’Intégration des Techniques de l’Information et de la Communication en Education au ministère congolais de la Formation professionnelle, Métiers et Artisanat est tombée à point nommé. Elle visait à trouver avec la Fondation Robert Maistriau les possibilités pour œuvrer en commun, afin de satisfaire les besoins désormais indispensables sur le terrain, notamment en matière de nouvelles technologies de la communication pour les élèves congolais. « Aujourd’hui, le Congo est un pays qui se veut émergeant, mais il ne peut émerger sans la technologie, comme outil de développement et d’échange des cultures », affirme Gentil Bantu. « L’ouverture au monde peut servir au pays de manière très utile et ne doit pas être vue comme une arme d’opposition au gouvernement. Un système moderne de communication entre le Ministère et l’administration scolaire est un mécanisme que le Ministère s’emploie à mettre en œuvre en vue d’une gestion efficiente de son secteur. Et ceci ne peut être possible que si le Ministère et les gestionnaires des écoles sont dotés de matériels informatiques adéquats ». Il poursuit : « L’école à financement largement privé qu’est aujourd’hui l’Ecole Robert Maistriau, et qui compte presque 500 enfants de la 1ère primaire à la 6e secondaire, doit être transformée en une école réellement portée par l’Etat, avec comme conséquence la prise en charge financière de tous ses enseignants. L’investissement de l’Etat dans l’éducation est fondamental, et le Congo doit plutôt faciliter la tâche de ceux qui veulent lui apporter leur aide, parce qu’il en a besoin. Le gouvernement ne doit pas être un obstacle aux bonnes volontés ! », conclut-il.

    Roland Schmid confirme avoir perdu énormément de temps et d’énergie dans ce projet qu’il mène depuis une dizaine d’années maintenant, en raison du manque financier, des problèmes techniques et logistiques, avec un état des routes déplorable, mais aussi en raison de l’inertie administrative. « Mais nous sommes déjà en face d’une nouvelle génération politique prête à prendre la relève et à collaborer pour le bien social, en qui j’ai toute confiance », se réjouit-il.

    Pour assurer une meilleure communication à un territoire qui en a cruellement besoin, Roland Schmid espère bientôt pouvoir mettre à profit les trois antennes satellitaires que la Fondation a achetées il y a quelques années et qu’il conserve précieusement en Belgique, pour l’instant. « Cela nous permettrait d’offrir aux professeurs un accès à Internet et d’initier les enfants à l’informatique, pour relier Bos Fleuri et Feshi au monde moderne », insiste-t-il. « En mai 2013, on nous avait promis que cela tenait à quelques semaines… ». L’intérêt est de voir si ce matériel donne de meilleurs résultats que les opérateurs congolais locaux, actuellement plus chers et moins efficaces. « Si notre expérience pilote est concluante, nous pourrions proposer de l’étendre aux services administratifs et éducatifs dans toute la Province du Kwango », affirme-t-il. Une installation dont le coût total a été chiffré à environ 50.000€ et qui demanderait de l’énergie solaire pour être autonome, Gentil Bantu Mbabi est de son côté optimiste et envisage de s’adresser pour l’équipement solaire à une société israélienne, ayant pu observer les compétences de ce pays en la matière lors d’une récente mission centrée sur les énergies renouvelables.

    Une main-d’œuvre qualifiée

    Pour tenter de pallier au manque de main-d’œuvre qualifiée et d’une classe ouvrière moyenne inexistante, sept des dix diplômés de l’Ecole Robert Maistriau, option agronomie et vétérinaire, ont déjà été installés au sein des concessions de Bois Fleuri dans trois cases construites par la Fondation près de la rivière Kalombi, une zone agréable et disposant de plus de confort que l’école grâce à son accès direct à l’eau. Deux autres jeunes se sont vu offrir le minerval pour poursuivre pendant trois ans des études à l’Institut universitaire de Feshi. Engagés pour un contrat de six mois, les diplômés en agronomie ont dès lors pu commencer la plantation de champs d’oignons, dans cette région qui connait une relative pauvreté alimentaire, essentiellement limitée à la culture du manioc, du maïs et de haricots niébé. « Les oignons constituent une première étape pour envisager à terme la culture d’aubergines, de courgettes, de melons, d’épinards et d’épices, et diversifier les ressources », précise Roland Schmid, qui a également invité à rejoindre le projet une délégation de sept autres jeunes de la ville de Kikwit à 200 km, garçons et filles membres de la Dynamique de la Jeunesse féminine congolaise (DJFC), qui partageront pendant trois mois avec les nouveaux diplômés leurs compétences professionnelles et leur expérience. La DJFC vient en aide aux jeunes filles maltraitées et leur propose un avenir en les formant à la couture, la restauration et l’agriculture. La présence de jeunes agricultrices venant de la ville pourrait aussi encourager de jeunes villageoises de Bois Fleuri et environs à mener leur scolarité jusqu’à la fin. Une façon de résorber le  déséquilibre au sein des études entre les filles et les garçons, qui se retrouvent dans une proportion 50-50 au début de leur scolarité, pour atteindre à 12 ans 33 % contre 67, et ne plus représenter à la fin que 10% des élèves.

    En attendant, les élèves de l’Ecole Robert Maistriau poursuivent leur scolarité à Bois Fleuri. La première génération de diplômés en option menuiserie sortira, à côté des agronomes et des vétérinaires, au mois de juin.

    Plus d’infos : https://sites.google.com/site/fondationrobertmaistriau et boisfleuri.feshi@gmail.com - Vos dons sont les bienvenus sur le compte de la Fondation Robert Maistriau : BE50 0016 4954 5018

    * Robert Maistriau fait partie avec Jean Franklemon et Youra Livschitz des trois auteurs de l’attaque du 20e convoi le 19 avril 1943 à Boortmeerbeek. Porteur de nombreuses distinctions comme celle de « Juste parmi les nations » et Docteur honoris causa de l’ULB, les communes de Boortmeerbeek et de Woluwe-Saint-Lambert lui ont décerné le titre de Citoyen d’honneur en 2008. Cette dernière a rebaptisé l’école Parc Malou en école « Parc Malou-Robert Maistriau », pour honorer sa mémoire.


     
     

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