Au CCLJ

"Dis, c'est quoi le féminisme ?"

Mercredi 26 avril 2017 par Nicolas Zomersztajn

Dans un dialogue avec sa fille adolescente, Nadia Geerts, militante laïque et maître-assistante en philosophie et en morale à la Haute Ecole de Bruxelles, aborde le féminisme et toutes les questions que cet engagement humaniste suscite aujourd’hui. Elle débattra de ce sujet avec Isabella Lenarduzzi, fondatrice et Manager de Jump, le jeudi 11 mai 2017 à 20h au CCLJ.

 
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    Votre engagement féministe est-il indissociable de vos combats laïque et antiraciste ?

    A mes yeux, ce sont en effet des concepts liés, si pas indissociables. Il y a dans la laïcité l’exigence que l’Etat traite chaque personne comme un citoyen, quelle que soit sa position au sein du clergé, et plus largement, quelle que soit son éventuelle confession. L’antiracisme exige pareillement que chacun soit traité à égalité, sans qu’il soit fait de distinction entre les individus en fonction de leur origine ethnique, couleur de peau, etc. Le féminisme s’inscrit dans la droite ligne de cette approche universaliste, en refusant toute réduction de l’individu à son sexe. Je vois dans la laïcité, dans l’antiracisme et dans le féminisme un fond commun de refus de toute assignation identitaire et de tout communautarisme. Un humanisme, en somme.

    Pourquoi avez-vous choisi de publier ce livre sous la forme d’un dialogue avec votre fille ? Les adolescents de cette décennie sont-ils moins sensibles à cette question ?

    La réponse à cette question est bien plus pratique : tout simplement, j’avais beaucoup apprécié le style d’écriture que nous avions adopté, Sam Touzani et moi, dans notre livre Je pense, donc je dis ? (éd. Renaissance du Livre). Nous avions alors choisi de nous adresser à des adolescents parce que nous traitions de la liberté d’expression après l’attentat contre Charlie Hebdo, et qu’il nous semblait indispensable de nous adresser prioritairement à cette jeunesse qui nous semblait parfois hésiter à dénoncer ces attentats avec toute la fermeté nécessaire. Cela dit, au-delà de cette question de style, il est vrai que, comme pour la liberté d’expression, je suis parfois inquiète du flou conceptuel qui entoure la notion de féminisme. Et que s’adresser aux jeunes est une manière d’essayer de rendre accessibles à tous des notions complexes.

    Quel regard portez-vous sur les remises en cause du féminisme par des groupes religieux qui lui opposent un féminisme d’inspiration culturelle ou religieuse, à l’instar du féminisme islamique ?

    Ce phénomène m’inquiète beaucoup, et contribue d’ailleurs à brouiller les cartes : il ne s’agit plus de défendre le féminisme, mais de défendre les femmes musulmanes, et en particulier leur prétendu « libre choix » de porter le voile, par exemple. On assiste, comme cela avait déjà été le cas après les attentats, à une communautarisation des combats, où ce qui compte n’est plus de défendre une idée, un concept, mais de témoigner de son indéfectible solidarité avec des individus pour ce qu’ils sont « secondairement » : à savoir des musulmans « insultés dans leur foi » ou des femmes, pour reprendre le sujet de mes deux derniers livres. Je prétends quant à moi que le combat féministe nécessite de pouvoir s’opposer aussi à certaines femmes. Toutes les femmes ne sont pas mes alliées du simple fait qu’elles sont femmes. Et il est inquiétant que ce qui semble aller tellement de soi lorsqu’on évoque Margaret Thatcher, Marine Le Pen ou Christine Boutin, soit soudain nettement moins évident lorsqu’il s’agit de ces tenantes du « féminisme islamique » qui tentent de faire passer pour des vessies féministes des lanternes obscurantistes. Car le féminisme islamique ne cherche pas à promouvoir une lecture moderne et contextualisée du Coran, afin de le rendre compatible avec l’égalité hommes/femmes -ce qui serait tout à son honneur-, mais au contraire à défendre une vision profondément religieuse du féminisme, fondée sur la complémentarité hommes/femmes bien plus que sur l’égalité. Il y a là un piège redoutablement efficace, puisque ce « féminisme » glorifie la femme pour ses qualités propres, ses soi-disant vertus de douceur, de modestie et de pudeur, mais en même temps l’enferme dans une assignation liée au genre et conditionne sa respectabilité au fait qu’elle tienne son rôle. De ce fait, le féminisme cesse d’être un humanisme -qui met l’appartenance commune au genre humain au-dessus de toute spécificité secondaire- pour en faire un communautarisme sexuel.

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou info@cclj.be


     
     

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