Nouvelle génération

Deborah Unger, l'indignation comme moteur

Mardi 7 mai 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1043

A 26 ans à peine, Deborah Unger semble avoir déjà la tête bien sur les épaules. Cette avocate spécialisée en droit des étrangers et jeunesse dénonce l’attitude de la Belgique dans sa politique d’asile, mais pas seulement. L’art de mettre ses compétences au service des autres.

 

Cadette de deux grandes sœurs, Deborah Unger est née à Bruxelles en 1992. Son père a fui la Pologne avec sa famille alors qu’il était adolescent pour s’installer en Belgique. Leopold Unger, le grand-père paternel, journaliste à Varsovie, a en effet été expulsé de son pays à la fin des années 60, « grande époque de la Pologne antisémite et anti-libre-exaministe », souligne Deborah. Il continuera à écrire depuis Bruxelles pour la Gazeta Wyborcza et fera carrière au Soir, sous le pseudonyme de Pol Mathil, couvrant l’actualité politique de l’Europe de l’Est jusqu’à son décès en 2012.Deborah débute sa scolarité à l’école Hamaide, ses grands-parents maternels, Juifs d’origine franco-belge, ont adhéré avant elle à l’enseignement libre. Elle échappera toutefois à la « tradition » de poursuivre ses secondaires à Decroly, en préférant le lycée Jacqmain, dont elle garde avec le recul un excellent souvenir.

Si la famille s’est habituée à plutôt célébrer Noël que Hanoucca, malgré « une éducation intellectuelle et culinaire judéo-polonaise », la fréquentation des mouvements de jeunesse de la communauté fera revenir le judaïsme à la maison. Deborah ira à la JJL pendant onze ans, devenant madriha, puis rosh ken. « En rhéto, je vivais véritablement au CCLJ ! », sourit-elle. C’est aussi au CCLJ qu’elle choisira de faire sa bat-mitzva. Une première dans la famille qui ne passe pas inaperçue, en particulier auprès de son père que Deborah finira par convaincre. « Sans être du tout pratiquants ni communautaires, nous avons toujours eu conscience de notre identité juive », confie celle qui reste marquée par les combats idéologiques de son grand-père. « Comment nier le fait d’être juif quand on a été juif en Pologne ? », relève-t-elle.

Deborah reconnaît avoir eu un déclic à ses 13 ans, lors de la polémique suscitée par la venue à la JJL d’une petite fille musulmane. « J’ai été scandalisée de constater la désapprobation de certains parents », raconte-t-elle. « Je pense que nous avons bien fait à l’époque d’en faire “toute une histoire” et notamment le thème de notre messiba “Le vilain petit canard” sur la tolérance. Cela a certainement été le premier éveil de ma conscience de principes à tenir ».

Assistance à personnes en danger

Deborah entame des études de droit à l’ULB, qui viennent renforcer ses convictions politiques et répondent à sa volonté d’avoir « un métier qui possède un impact » sur ce qui lui semble problématique dans la société. Elle découvre aussi l’Union des étudiants juifs de Belgique (UEJB) et se voit confrontée à une partie de la communauté qu’elle ne connaissait pas. « Avec des opinions très différentes des miennes, concernant le boycott notamment, et les actions du Comac sur le campus », se souvient-elle. « L’UEJB criait à l’antisémitisme, j’étais plus nuancée. Autant j’estime que le boycott académique est un non-sens, autant je pense qu’on peut discuter du boycott sur les colonies ». Sa tentative de « putsch » du président en place s’avérera vaine, et son passage à l’UEJB écourté. « Etudiante, j’avais l’impression que les Juifs de gauche de Belgique n’étaient pas représentés. Comme citoyenne, j’ai été rassurée de voir qu’il existait d’autres organisations ».

Après un master complémentaire en droits de l’homme aux Facultés Saint-Louis et un stage comme Project Manager pour l’ONG Plan Belgique, Deborah voyage quelques mois en Asie, avant de commencer le Barreau à Liège. L’occasion d’approfondir ses connaissances en droit des étrangers et en droit de la jeunesse, comme elle continue de le faire aujourd’hui à Bruxelles. En charge de l’accompagnement des demandeurs d’asile mineurs non accompagnés (Mena), elle ne cache pas sa position sur la politique d’asile de la Belgique : « Pour un grand nombre de nationalités, l’Office des étrangers émet un doute sur la minorité des Mena », déplore-t-elle. « Les cinq hôpitaux flamands qui déterminent l’âge de ces jeunes à partir du triple test osseux (poignet, clavicule, dents) se réfèrent à des analyses effectuées sur des populations caucasiennes et américaines, socio-économiquement favorisées, qui ne correspondent en rien au profil des demandeurs actuels. Curieusement, le doute ne leur profite pas. Il y a une réelle volonté d’écarter les mineurs, car les reconnaitre comme tels impliquerait des obligations et un coût pour l’Etat. Ce manque de prise de responsabilités me révolte et me donne l’envie de me battre pour qu’ils soient reconnus dans leurs droits ».

C’est la même indignation qui a poussé Deborah à s’investir comme bénévole dans la Ligue des droits humains, pour apporter son expertise et une vigilance sur le secteur jeunesse. A être également active dans l’association « Liaison antiprohibitionniste », pour la dépénalisation de l’usage de drogues qui ne présente selon elle que des avantages. Un autre débat sur lequel cette boulimique d’engagements se positionne avec détermination. Et une volonté contagieuse de faire bouger les lignes.


 
 

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